14 février 2006

Chatte et cochoncetés

À l’époque, je croyais que c’était im-pos-sible ! Une femme pouvait pas prendre la quette d’un mec en bouche, non, ça, c’était pas humain, pas la quette par ousqu’on pisse. Puis même si c’était quand même vrai, je trouvais ça plutôt répugnant, si je me souviens bien.

Moi, ce que je voulais, c’était de la chatte. Une belle brousse de poils avec ce machin rose au centre qu’on a du mal à appeler vagin, parce que vagin ça fait un peu ringard, mais qu’on n’appelle pas moule non plus, parce que moule, ça fait un peu vulgaire. Notez, je dis on mais ça vaut pour je : autour de moi, tout le monde disait moule.

Parmi mes potes, y’avait les partisans la moule à un trou, de la moule à deux trous et de la moule à trois trous.

Moi, j’hésitais entre deux et trois mais je penchais plutôt pour deux. Je voyais mal un gosse passer par le trou d’où les femmes pissent. Par ailleurs, je pressentais la nature économe. Un trou pour chier, baiser et donner la vie me semblait être un système multifonctions digne du mystère de la femme.

Un jour mon père, promenant Monsieur Yu dans sa grosse voiture rouge, cria «Enculée !» à l’adresse d’une cycliste. Ça m’a fait tilt, je ne sais pas pourquoi. Enculer, c’est baiser, donc baiser, c’est par le cul. Calcul simple : deux trous seulement.

De toute façon, dans ma bande, y’en a un qui disait qu’il l’avait déjà fait et qu’il n’y avait que deux trous. Et un autre qui l’avait soi-disant fait aussi et qui disait qu’il y en avait trois. Moi aussi, je disais que je l’avais déjà fait, mais je disais que quand on aime, on ne compte pas et que c’est à chacun de découvrir la vérité, qu’on ne parle pas de ces choses là, qu’il faut les vivre.

Je me foutais de ce que les mecs pensaient de mon mensonge. Je voulais juste que les filles m’entendent. Je ne disais pas moule, je ne disais pas trou, je mettais en valeur le mystère de la femme… je ne pouvais être qu’un gentleman, non ? Et à qui d’autre qu’un gentleman une jeune fille a-t-elle envie de montrer sa chatte bien noire et bien poilue pour lui offrir sa virginité ? Hm ?

Je crois que tous mes potes ont baisé avant moi. Je ne comprenais pas. Et vas-y que les filles venaient ensuite pleurnicher sur mon girond parce que Untel était un salaud ou un mauvais baiseur et que si elles avaient su, elles auraient baisé avec un mec super comme moi.

Ma première expérience sexuelle, ça a été de savoir tout ce que mes potes faisaient et qu’il ne fallait pas faire. Putain, ça réduisait la marge.

Je ne compte pas le nombre de mains que j’ai réussi à faire poser sur ma bite embraguettée à la seule force d’une convivialité polissonne. Mais diantre, que fallait-il pour qu’elle se foutent à poil et qu’elles me supplient de me planter dans leur chatte à trois trous (merci les planches anatomiques à calques superposables) ?

Je dois beaucoup à Nache. Nache, c’était une fille comme je les aime. Elle était pas belle de partout, juste de là où il faut : belle bouche, beaux yeux, beaux seins, beau cul. Moches tifs, moche pif.

Y’a eu cette fois, où elle m’a dit «J’ai envie de te sucer». Je me doutais bien qu’elle n’allait pas me sucer dans le 18 qui nous emmenait au Parc pour voir Zelig. Mais je savais désormais que je pouvais exciter une fille bien éduquée au point qu’elle ait envie de me faire un machin i-ni-ma-gin-nable ! Je veux dire : une fille normale, sans qu’on lui paye un milliard de dollars, pouvait donc avoir envie de sucer la quette d’un mec par ousqu’il pisse ?

Ma vie sexuelle allait être formidable !



17 commentaires

  1. Commentaire de Vicomte Raf :

    bon… vu combien j’ai adoré ce texte, je crois que — et c’est une question d’honneur — je te dois une dissertation sur le dessin, la bandaison et leurs liens de causalité :D

  2. Commentaire de ralphy :

    Tu me rappelles mes interrogations restées longtemps sans réponse lors d’une lecture imposée par l’école : LA GUERRE DES BOUTONS…

  3. Commentaire de Tolga :

    c’est génial… Ecris un livre, PhiloPecto, écris je t’en supplie… c’est encore meilleur que du Lanzmann ou du Cavanna…
    Cette note est belle à croquer…. Vraiment!

  4. Commentaire de sheepyr :

    “si elles avaient su, elles auraient baisé avec un mec super comme moi.” J’ai eu ma part aussi, marrant.

  5. Commentaire de Lang-de-Puth :

    bon, on la fait cette revue ?

  6. Commentaire de Tolga :

    Une revue? Une revue d’quoi? On léve la jambe ou on s’imprime nos coups de geule en couleurs?
    Une revue? C’est quoi? C’est qui? C’est où?

  7. Commentaire de julie :

    La note, comme (très) souvent, a provoqué ma bonne humeur…
    Sauf ce mot abominable (certainement voulu, je sais) : quette !
    Lorsque j’avais 13 / 14 ans, et que nous, jeunes potaches de la région, attendions le bus du matin, il y avait toujours cet horrible ado qui parlait trop fort, qui agressait tout le monde (surtout nous, les filles), en parlant de sa fameuse “quette”, entre chaque blague à 2 balles.
    Oui, sans doute ma grimace est-elle en grande partie due à ce mauvais souvenir (je vous soupçonne VRAIMENT de le faire exprès).
    Queue, zob, braquemart, saucisse… tout, mais pas…
    Enfin, ce que j’en dis, hein ! Je sais que vous vous en tamponnez le fondement avec moins d’application… que de délectation !

  8. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Vicomte>En BD alors…
    Ralphy>Et dans le fond, les questions sans réponses n’existent pas : on les fait les réponses qu’on a pas. Je m’étonne qu”il n’y ait pas d’encyclopédie de toutes les réponses fausses aux “questions sans réponses”, ce serait tordant.
    Sheepyr>Marrant, marrant… au passé seulement. Ne te souviens-tu pas du désarroi, à l’époque ?
    Tolga et Lang-de-Puth>Un livre ? Une revue ? Un de ces truc pour lesquels il faut travailler ? Puh !
    Julie>Oui, quette, c’est voulu, bien sûr. La quette, c’est le pendant de la moule : une terminologie dont on se débarrasse quand on finit par saisir la poésie de ce qu’elle désigne et le ridicule de ceux qui l’emploient.

  9. Commentaire de belette :

    Quequette, c’est plus mignon, non ? (sans l’apocope du “quette”)

  10. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Aphérèse, hein ! Pas robocop ;-)

  11. Commentaire de belette :

    ah, ces philologues, toujours en quête (sans aphérèse) du mot juste…

  12. Commentaire de Vincent :

    Moi je crois toujours que les femmes ont aucun plaisir à baiser.

    Que baiser c’est trop vulgaire et que les garçons sont tous cochons.

    Que le sexe c’est malsain.

    Et que la première cause de surdité chez les hommes, c’est la masturbation.

  13. Commentaire de Tolga :

    Vincent = Poursuivez vos efforts, vous êtes en bone voie… Vous progressez, c’est bien!

  14. Commentaire de Lady Guy :

    C’est fou, ça me rappelle mon premier amant! J’avais la même trouille, je ne pouvais croire qu’un mec puisse mettre sa bouche sur ma moule (drôle comme nom!), même si j’en rêvais. J’étais terrorisée à l’idée qu’il le fasse pour faire comme tout le monde mais qu’au fond, ça le dégoûte. Alors je refusais, même si je voulais, prétextant ma gêne pour prévenir la sienne - ce qu’on peut être conne à cet âge! Heureusement, il était terriblement gourmand, il insistait, c’était même devenu une obsession - et je me demande aujourd’hui s’il ne préférait pas cela à tout le reste… Ah. Soupir. Beau billet. Qui me donne envie de ce pas d’aller m’offrir en dessert.

  15. Commentaire de julie :

    Je ris toute seule.
    Mais non, je ne deviens pas (déjà) sénile… quoique !
    En lisant le com’ de Belette, je me dis : “ah, non non non, mais non !”
    Puis je lis votre rectification, Philo… et le sourire me vient.
    J’ai l’impression d’être dans l’amphi.
    C’est ma foi vrai que vous avez usé vos culottes sur sur ces bancs où, moi-même, je fatigue mes petites culottes !
    Juste l’art de la rectification, sans se prendre la tête.
    C ôssi hun ar (pour parler de façon claire).
    Et mes petites culottes se portent bien, merchi !
    Vous fendez pas d’une réponse sarcastique, ce n’est pas la peine.

  16. Commentaire de Vicomte Raf :

    En BD, je ne sais pas… D’origine, je suis plutôt un littéraire moi aussi, tu sais. :)

  17. Commentaire de F-G :

    Moule ? Vulgaire ? Ces belges sont bien délicats…

    Que pensez-vous de l’argot marseillais “pachole” ? (à côté duquel, d’après les autochtones dont je fais partie, la “moule” est le top de la délicatesse…)

    Le reste est assez interressant. Rien n’empêche quand même de payer un milliard de dollars à une fille normele hein, les cadeaux font toujours plaisir.

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