26 octobre 2005

Le ruban rose

- You don’t have something more…

Sécotine s’interrompt, tourne vers moi son sourire d’ingénue, me demande comment on dit «salope» en anglais puis reprend :

- You don’t have something more… «slut» ?

La vendeuse opine de toute sa blondeur batave et saisit dans le rayon une grande boîte en carton riche, cerclée d’un ruban rose. Lorsqu’elle qu’elle fait monter le cuir sur les mollets de Sécotine, celle-ci me glisse :

- T’as les dents qui se crispent, mon chou, la demi-lèvre que tu mords va ressembler à un vieux pneu.

* * *

La soupe gratinée aux oignons de chez Pieke Potloed à Maastricht, j’en ai parlé au tire-charrette qui vendait son bouillon infernal devant le zoo de Pékin, j’en ai parlé à la tenancière du Potach’ Club de Paris, j’en ai parlé au gérant de la Sopa Cabana d’Almeria, j’en ai parlé au gros poilu du Bar à Soupe de Bruges : pas une papille réceptive à l’extase cosmique d’une bonne soupe ne s’est trouvée sur mon chemin sans que je lui conte la magie du jus philosophal de chez Pieke Potloed.

- T’avais raison, dit Sécotine, cette soupe, c’est un aboutissement du genre humain.
- Ouiche, dis-je distraitement, un aboutissement…

Vous n’avez pas l’air de percuter. Hé, ho ! Ça vous écouillerait de fermer votre cession MSN avec LolaCam95c pendant que je vocalise ? Je suis en train de vous expliquer que je décante un consommé de You Koun-Koun aux côtés de la Reine de Saba et que j’ai la tête qui roule ailleurs.

Les nouvelles bottines de Sécotine sont là sur la banquette, dans leur écrin, à 114 centimètres de ma main. 112 à présent, devinez qui a fait le premier pas.

D’une brève inflexion de la tête désignant sa propre oreille, Sécotine, premier prix de nano-pantomime, me somme de justifier mon manque de répondant.

- Tu finis ta soupe, tu prends tes bottes et tu viens, que je chevrote. Tu vas comprendre.
- Mes fesses, qu’elle rétorque, je vais en prendre pour mon grade, plutôt !

* * *

Sont pas chiants les Hollandais, puis ils comptent en Euro comme nous. Une suite grand chic pour deux heures chrono, ils acceptent de négocier.

Sécosette fait son bestiau qu’on pousse à l’abattoir, voir si je me démantibule devant le groom. Mais je bourre franco : bouge de là, reste pas dans la porte, laisse passer le monsieur… Dès qu’il a le dos tourné, elle se lâche en clowneries. Je vous avoue honnêtement qu’à ce stade, je ne rigole plus : quand ma bite prend trop brutalement le commandement des opérations, mon flegme vole aux fers.

Le Spirou nous laisse à l’étage, fournit d’une paume bien plate la direction et la clef de la suite et rend à Sécotine la boi-boi, la boi-boi, la boi-boîte.

* * *

La porte fait swîîîpf et s’ouvre à 45 degrés.

- Palace ! qu’elle miaule, Sécotine.
- Mets-toi là, je règle le flash pour le contre-jour.
- La balance des couleurs sur une carte à moitié orange, ça promet, ironise-t-elle, qui en connaît un brin sur la synthèse additive des longueurs d’onde.
- Tais-toi et ôte ton chemisier, je te prie.

* * *

- A présent, tu quittes tes pompes et ton pantalon et tu enfiles les demoiselles noires.

* * *

Les scènes de cul, dans le fond, ça se raconte mal. Faut éviter à tout prix les rafales de superlatifs alors qu’en vrai, baiser, c’est justement ça : aligner des points d’orgue, les cycler, les rythmer, s’en assouvir par l’excès.

Sécotine a dansé où je lui ai dit de danser. Elle m’a chevauché comme je lui ai dit de me chevaucher. Elle a claqué son cul sur moi comme je lui ai dit de le faire. Et il me fallut passer par deux fois au yaourt avant que d’assurer un retour de galanterie.

Dans la baignoire, Sécotine écrasa son nez contre ma joue et me mâchonna le lobe en chuintant :

- Et ben ! On en reprendra de cette soupe !



23 commentaires

  1. Commentaire de Mac :

    J’en veux moi aussi! De cette Sécotine, pas de la soupe, dis tu partages? Hmmm… Et ces bottes de latex maintenant, je les mangerais, en soupe peut-être…

  2. Commentaire de Dwelsch :

    Elle a bon dos… la soupe.

  3. Commentaire de Prunelle verte :

    Putain, c’est la première fois qu’on la voit, la fameuse, la célèbre, l’illustre Sécotine.
    Les cheveux roses, j’imaginais pas.
    Les seins qui pointent et les bottes “slut”, si.

  4. Commentaire de Salinger :

    C’est d’un délectable…!!!

    J’adore!

    Tu racontes comme un chef, expédies comme un affamé, baises comme un vainqueur…

    Les bottes sont croquables.

  5. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Mac>Ce latex, fait en peau d’animal mort s’appelle du cuir ;-)
    Dwelsch>Certes elle abonde d’eau, mais elle a bon goût.
    Prunelle>Vive la poudre/teinture de carnaval qui s’en va des cheveux en UN SEUL shampoing au cours duquel tous les pigments migrent vers les épaules et le dos et y restent pendant une semaine au bas mot.
    Salinger>Ravi de t’avoir ouvert l’appétit.

  6. Commentaire de Mac :

    Pardonne ma stupidité, mon maître… Je ne recommencerai plus…

  7. Commentaire de Mac :

    Mah… Faut quand même avouer que ça fait vachement penser au latex… Non? Ça relui comme pas deux à vous crever les yeux, facile à confondre…

  8. Commentaire de pimpeleu :

    Ah? C’est donc ça des bottines de salope? Mais euh… c’est quoi une salope?

    [Dis donc si tu n'insistais pas encore avec la photo témoin de la carte entre tes doigts... le fantasme coûte rien, mais l'assouvir n'est pas à la portée de toutes les bourses si j'ose dire...]

  9. Commentaire de Mya Nez Rouge :

    Je somatise… stop beau profil les demoiselles…stop votre Ergotine… stop
    A diodon.

  10. Commentaire de Johannes :

    “Les scènes de cul, dans le fond, ça se raconte mal. Faut éviter à tout prix les rafales de superlatifs alors qu’en vrai, baiser, c’est justement ça : aligner des points d’orgue, les cycler, les rythmer, s’en assouvir par l’excès.”

    … parle pour toi !

    ;)

  11. Commentaire de Mac :

    Si j’avais pas laissé un message dans paradoxe je me serais permis d’argumenter là dessus…

  12. Commentaire de Carlo :

    Il y a des mots qui ne trompent pas !
    Nous sommes envoutés par les votres !
    “aligner des points d’orgue, les cycler, les rythmer, s’en assouvir par l’excès” de vos textes aussi !

  13. Commentaire de Ian :

    “Les scènes de cul, dans le fond, ça se raconte mal.”
    Sisi, je suis d’accord. Avec la suite aussi, d’ailleurs.
    Même si bon, en fait…hum.
    C’est quoi la soupe, déjà ? C’est pour une copine qui…

  14. Commentaire de Jer :

    Secotine semble avoir la gambette fine et élégante, et encore bien dorée pour la saison. Pour sûr une pareille paire mérite bien ce luisant écrin. Mais au vu de l’éclat fluo de sa tignasse, ce n’est plus Sécotine mais Leelo du cinquième élément, on perd tout nos repères ! :)

  15. Commentaire de Lapinos :

    C’est donc ça l’autre pays du potage, on se croirait dans une série américaine. Baiser dans du mobilier pareil, c’est méritoire, sûr.

  16. Commentaire de Salinger :

    “Vion”, comme dit ton clavier qui paresse sur les “ll”, est encore tout actuel, comme je le remarque… Même si les dés à coudre chez moi sont plutôt pathétiques, à mon avis… Quand je relis ces trucs de minet, je me dit : “C’est bien de relâcher la tension au niveau cervical, mais il ne faut tout de même pas tomber dans la médiocrité…”

    Je m’auto-juge bien…comme je m’auto-autre-chose aussi très bien…

    Ne jamais relâcher sa garde intellectuelle…je me le tiens pour dit.

  17. Commentaire de tienou :

    y’avait pas des ptites billes bleues dans ta soupe ?

  18. Commentaire de Salinger :

    France - Belgique…

    Vion - Villon… Même combat.

    Désolée…j’ai effectivement rectifier le tir…J’espère que ton [fragile?]honneur de Belge n’est pas trop baffouée… ;)

  19. Commentaire de pHiLoGrApH :

    La Belgique n’est qu’une fiction transitoire, bien mal placé serait l’honneur qui s’en revendique.

  20. Commentaire de Christine :

    Béat_ je te dois des excuses

  21. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Encore ? Mais quel drame se joue à mon insu ?

  22. Commentaire de djin :

    La déco d’intérieur (grand chic?) batave s’harmonise étrangement bien avec les relents de soupe à l’oignon… Décidement, un bord de Meuse n’est pas un bord de Maas.

  23. Commentaire de Emma :

    En raccrochant je jugeais que tester ainsi ma cote était une démarche puérile. Aussi quelle surprise ce fut de te voir devant ma porte sur ton trente et un (je mesure qu’en même un mètre septante ;-) les yeux pétillants. Je n’ai jamais autant détesté et aimé ma voix en cette instant. Un mot « Oui ! Euh ! Mais enfin !» Il faut dire que jusqu’à présent notre conversation c’était bornée à : cause toujours tu m’intéresses en attendant, on s’éclate, on s’explose (instinct de survie sans doute). Encore un pas et … et … et je me réveille. Sans romance, ni ROMAN. Mais un mot : osmose. Asta la vida! Philo

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