25 avril 2005

Au pays de Cockney Wankah

[EDIT : certains détails de ce minitrip ayant été omis pour ménager votre souci de rester terre à terre, quelqu'un a quand même cru bon de remettre les points sur les i (texte intitulé "Philippe", daté du 26 avril 05)]

- Putain, je ne vais jamais me le pardonner, que je me dis.

La conférencière est taillée en pur fantasme de garagiste et comme je n’ai rien contre l’idée de bander par solidarité intersectorielle, j’en suis encore à l’enculer sur un tonneau de cambouis, entre deux nuages, quand elle aborde ses conclusions.

Tout ce chemin pour me brancher sur ma queue que je connais déjà comme mes burnes, bonjour le gâchis. C’est sûr, avant qu’elle salue l’assemblée, je l’aurai remaquillée au foutre trois fois facile, cette bombasse lochée pour le coït à quatre. Combien de mâles sommes-nous, ici présents, à la baiser à l’abri de nos paupières alors qu’elle agite ses lèvres derrière le micro ? La montée d’hormones me pulse jusque dans la glotte, faut que je respire.

“;In case of fire do not use elevators unless otherwise instructed”;. Apparemment, ça ne vaut pas pour les feux de bite : le décompte lumineux s’emballe, libérant mes tripes, sur quelque étages, de la malédiction d’Isaac.

Le gourdin que je trimballe jusques-à-quand me sussure que ma sourde envie de pisser s’est définitivement distinguée du sentiment de dépaysement que j’avais en arrivant. Car oui, mes bonnes dames, sachez-le : la gaule et l’envie de pisser font un ménage paradoxal mais foutrement coriace. De fait, je n’obtiens la désérection qu’en me pissant sur le torse, sous la douche, à l’hôtel.

Un pécot, une branlette inspirée bombasse-Pirelli (ces choses vont et viennent, que voulez-vous !) et je fonds sur Denmark Street pour aller faire la fermeture des guitar-shops hype. Je voudrais qu’il soit marqué sur ma tête que je construis les plus belles guitares du monde mais que nenni, on me regarde tristement comme si j’étais n’importe qui. Vous par exemple. Et sauf votre respect dont je pourrais aller jusqu’à me passer pour l’occasion, ça ne me flatte guère. Le type du comptoir avec partout sa bête gueule encadrée aux côtés de Joe Satriani, de Steve Vai, de David Gilmour, de B.B. King, de Nuno Bettencourt et d’Eric Clapton pour ne citer que les plus jalousables, le type du comptoir, disais-je, j’ai juste envie de lui dire “Flouf !” et de le laisser deviner qu’il rate la chance de sa vie de rencontrer un mec qui s’y entend pour faire causer le bois dont on fait les riffs. Et puis non, même pas.

Dingue ! Un fast-african-food ! Me voilà bouffant tout seul, parmi la foule du soir et des clubs, une salade chaude de feuilles de manioc sur un pain de polenta grillée.

Rendez-vous en poussière d’or ensuite avec M., l’ami de ma vie, celui à qui je n’écris qu’en commençant par “M., my dear useless friend”, le seul individu que détecte mon âme lorsqu’elle sonde l’humanité sur ma fréquence.

Nous causons, causons, causons, en déroulant les décors et en grillant ses frais de taxi pour le mois. D’un coq à un âne, mon désir de lui montrer ce que le tango peut faire de moi nous ouvre grand les portes du Las Estrellas Club.

Je collimate d’emblée une longue silhouette tout en tendon. Son jarret noueux me projette sur des tangos au long pas. Je tends la main, elle y glisse sa taille, huit mesures passent, nous embarquons pour Buenos Aires, 1890.

Et tandis que je me laisse gagner par la tragédie de nos deux corps scellés cherchant à s’élever, je déguste sur nos ombres le regard aimant de mon inutile et merveilleux ami M.

Au petit matin, confirmant l’une de ces zinzin-théories qui égaient mon esprit de prédateur isolé lorsque je prends les transports en commun, une demoiselle aux jambes nues sous un imperméable lie-de-vin, démontre par l’exemple qu’elle est capable de prendre dans ses mains trente secondes de mon destin.

Chaque interrogation de la nature (la nôtre ou celle qui nous entoure), se fait par le truchement d’une expérience appropriée, c’est la base des savoirs fondés. Si l’on n’y met pas du sien, rien n’arrive qui nous aide à nous connaître. Le bonheur n’existe qu’en réponse aux expériences visant à le détecter. Qu’attendez-vous ?



13 commentaires

  1. Commentaire de Une petite souris :

    J’adoooooore ton petit déhanché trrrrrrès sexy. Puis quand on sait que derrière ça, il y a un petit cul tout musclé et tout rebondi… euh, non, non, non, je voulais juste dire que tu écris très bien, voila voila.

  2. Commentaire de Vicomte Raf :

    Bravo.

    Et tu place le destin à un drôle d’endroit… :)

  3. Commentaire de Marie :

    Vous.

  4. Commentaire de dek\ :

    Bon, évidemment, j’me le prends en pleine gueule ce post là. En passant : “Le bois dont on fait les riffs”, les fanas du dard apprécieront.

  5. Commentaire de Melie :

    Dites Philo, j’ai pensé à vous aujourd’hui. Je lis un bouquin, “Le poème pornographe” de Michael Turner (et je ne sais absolument pas si c’est connu, l’ayant acheté par hasard - ou presque - chez Gibert), et je me disais que si vous ne l’aviez pas lu, cela devrait vous plaire.
    Quelque chose dans la narration me fait penser à votre écriture.
    Voilà.

  6. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Une petite souris>En somme, si mon encaleçonnage se rapporte à mon gribouillage, je suis le phénix etc.
    Marie>Nul être ne manque au bonheur de nul autre, voyons ! Ce serait trop simple.
    Vicomte Raf>On m’aurait menti ? ;-)
    Dek\>Dans la g… ? Mais par où donc ?
    Melie>Vous piquez ma curiosité par le bout de l’égo ce qui n’est pas très fair-play : imaginez que je ne le trouve point, que fais-je ? Scannez-moi donc une page où cela est apparent que je me fasse une idée. Possible ?Grrrrrrr.

  7. Commentaire de Melie :

    Philo, mon scanner a rendu l’âme pendant mon déménagement.
    Mais j’ai regardé un peu sur la toile, et vous le trouverez aisément, il est manifestement assez diffusé.

    (et non, n’insistez pas, je ne taperai pas une page ;-)

  8. Commentaire de Ras :

    Planant ce Flying Porteur de Calbute…
    Par contre, c’est quoi la malédiction d’Isaac ? (j’aime m’instruire)

  9. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Isaac Newton a découvert quelques unes des propriétés universelles de la gravitation. La malédiction d’Isaac était donc une tentative loupée de désigner la gravité.

  10. Commentaire de ras :

    Pourquoi loupée ? L’obscur n’est il pas parfois le propre de l’Oeuvre au Noir ?

  11. Commentaire de Belette :

    Je viens de reconnaitre les sieges de la northern line, vous y etiez bien , en pays cockney. A ces dates ?
    Vilain.

  12. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Vous pratiquez décidément le doute comme un art martial ;-)

  13. Commentaire de Belette :

    Et vous l’humour comme un altherophile ;-)

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