20 décembre 2004

Atchoum tortilla

Sept fois qu’elle croque dans le même Mikado. Faut voir ça, elle retrousse les lèvres, tend les dents, place la langue comme jauge de profondeur, insère la tige et croque. Je peux compter trois crocodiles le temps qu’elle perce le chocolat, et cinq facile jusqu’à ce que ses incisives se rejoignent à travers le cure-dent en biscuit. Et puis ça mâche, je ne vous raconte pas. Comme si elle avait une demi-godasse bouillie en bouche.

Pendant la déglutition, elle tournicote son index en l’air comme pour continuer à dérouler le fil de la conversation, non sans distiller quelques petits “Hm !” d’un air d’une qui va recommencer à jacter dans la seconde.

L’opération de nano-ravitaillement terminée, elle fait un regard en double boucle piquée (une figure paupièrale qui enchaîne écarquillements, clins, et plissements, la note finale étant comptée en hertz ) et tient à nouveau le crachoir d’une main et ma jambe de l’autre.

Au moment où elle me demande mon avis sur le lien télépathique entre chiens et maîtres, j’ai une pile de 25 tortilla-chips en travers de la clape et j’en suis réduit à devoir lever la tête pour m’étendre le gosier si je veux respirer.

Putain ! “La fille au chien qui parle !”, que je me dis dans mon agonie.

Je me tourne vers Sécotine qui me confirme d’un rictus sardonique que c’est bien “Elle”.

Maudit sois-je ! Un jour, Sécotine m’avait parlé de ses désirs de dissection antémortem sur la personne de sa détestable voisine très en phase avec le genre canin. Allons, allons, que j’avais tempéré, on doit bien pouvoir lui trouver un petit côté baisable à cette nénette, non ? Non, qu’elle avait dit, un peu irritée.

Oh Seigneur, moi et ma grande gueule ! Justement, si je pouvais étouffer, là, d’une asphyxie chipsique tortilloïdale. Homer Simpson, à moi !

Avant que j’aie gobé le quart de mon boulet, Sécotine intervient :

- Dites, si on arrive à remboîter la mâchoire de pHiLo sans passer par les urgences, je propose que vous restiez tous les deux à dîner.

Pourquoi ne peut-on pas éternuer sur commande ?



7 commentaires

  1. Commentaire de chris :

    Dommage, pour le coup, on connaîtra pas ton avis sur le lien télépathique entre un chien et son maître.

  2. Commentaire de Vicomte Raf :

    Comme vous écrivez ! Dame ! Si j’avais le compliment facile, j’y perdrais ma chemise. Je reviendrai.

  3. Commentaire de prunelle_verte :

    Fichtre. C’est la première fois que je ne comprends pas un post. Que c’est vexant !

  4. Commentaire de charlesparle :

    Quel cauchemar ! «Elle», on ne croit pas que ça existe tant qu’on ne l’a pas rencontrée. Et une fois qu’elle est là, devant nous, on se rappelle bien pourquoi on n’y croyait pas. Mais telle horreur n’est qu’un pendant manichéen aux filles qui plaisent, si j’ose dire.

    Et t’es resté à dîner, finalement ? ! ?

  5. Commentaire de en Marge :

    C’est bien là mon portrait tout cracher, je te soupçonne toutefois d’avoir estompé quelques traits et pour compléter le tableau j’ajouterai : “une digestion lente rend mes journées courtes”.
    Quand à savoir si, il me reste un petit côté…hm ! Non décidément non. Entre-nous je m’en fous.
    Je resterai bien en marge à cocher tes lignes si tu m’y invites. J’ai sans doute du mal à mesurer l’arrogance de mes commentaires et je fais mes excuses à Sécotine.
    Les étoiles ont dévié leur trajectoire et je m’attarde encore dans ton univers.
    L’horizon soulève à peine une paupière, qu’Alleur et l’Ourthe passé, Luik dort d’un sommeil massif (de collinettes –si, si j’ai des références) laissant le spectacle de l’aube aux toutous. Plus loin, plus tard, le ciel BE fait sa B.A. et offre de bonne heure un rose, un rose pas permis.

  6. Commentaire de pHiLoGrApH :

    Chris>Mon avis ? N’est-il pas plus clair tu (de taire).
    Vicomte Raf>Je vous retourne le compliment franco de port (la tournée est pour moi), cher anaristocrate.
    prunelle_verte>Ou vous cherchez trop loin, ou c’est moi qui ne comprends pas votre commentaire.
    charlesparle>Ouip, grand mal m’en fut.
    Marge>Fichez vous de n’être point baisable où bon vous semble, mais pas entre nous : laissez donc cet espace vierge, peut-être y fondrais-je un autre avis que le vôtre, même si la sagesse m’incite à ne pas trop tenter de ranimer les fleurs fanées que les filles se jettent à elles-mêmes. Quant au rose de nos cieux en ces temps qui n’ont de journée que le nom (mais pas la durée), c’est en effet une bien immodeste compensation à la condamnation d’être Belge à cette latitude. Pour le reste, je vous y invite.

  7. Commentaire de en Marge :

    Hormis l’altitude nos pays ont quelques points communs, le chocolat, certains nombres, le multilinguisme, et un dicta-phone assommant. Je vous reconnais de la noblesse en plus.

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