La guirlande
– Tu reprends la même chose ? qu’elle demande.
J’y fais un regard tellement appuyé quelle manque basculer de son tabouret :
– Et si l’on passait à quelque chose qui fait vraiment tourner la tête ? que j’abats.
En une fraction de seconde, la moitié de son front disparaît, mangée par ses yeux qui flouffent comme des air-bags… Deux grands O sur son visage : Oui, Oui.
Tu penses à quoi ? s’assurent ses sourcils. Je pense à nos liqueurs intimes ! confirme mon menton. Là, maintenant ? minaudent ses paupières. Toudswitt’ ! fait ma main qui heppe le barman en quête d’addition.
Nous surfons sur Liège inondée. Il drache des gouttes blindées, les égouts de la place Saint-Lambert éjaculent à flux tendu des bouillons de la taille d’un homme et le passage sous les quais de la gare du Palais ressemble au rivage d’Ostende façon 1920, peuplé de gens –on dirait des familles– aux pieds immergés jusqu’à mi-mollet, pantalons retroussés, tenant leurs chaussures à la main.
Elle m’enlace en accolade :
– T’es plutôt large d’esprit comme mec ?
Je sonde ses grands yeux coquins… Mais ! Ma parole ! Cette poupée est déjà en train de baiser, elle prend de l’avance ! Nous traçons de grands V dans les couloirs flottés de la gare, il reste encore 20 minutes avant d’arriver chez elle et, à mon insu, nous baisons déjà, dans le film qu’elle se fait par anticipation !
Alors je sème pour son imaginaire :
– Devine…
Le train, enfin, nous wachote en tous sens, égoutte de nos habits ce que l’excitation n’a pas encore vaporisé. Tandis qu’elle dégonde la porte de son appartement, je la désape, me désape, on est à poil quand son chat vient roucouler pour dire boujour.
La fornication, vous connaissez ? Mais si, allez, cette activité sociale et récréative à caractère jubilatoire à laquelle l’on s’adonne avec passion et légèreté, puis que l’on relate avec la superfétatoire exhaustivité du géomètre. Et bien, soyez charitables, veuillez accepter ici et de confiance un [bon pour un récit de copulation d’honnête facture].
Je vous laisse visualiser…
Ça y est ? Je peux continuer ?
Se faufile alors entre nos corps fumants et souriants, la question, que dis-je, THE couèstchieunne : on remet le couvert ?
– «Large d’esprit» tu disais, pas vrai ? me remémore-t-elle, en guise de réponse, avec un petit sourire qui me laisse l’impression d’avoir signé sans lire l’annexe, au verso, tout en bas, en petits caractères pâles.
D’un saut d’un seul, elle m’enjambe, enjambe le lit, vole légère à travers la chambre et, fouraillant dans le tiroir de sa belle-de-jour :
– pHiLo, laisse-moi te présenter Peggy.
Elle extirpe ce qui m’apparaît de prime abord comme une… guirlande à trois godemichés. Puis elle dispose une lanière, en dénoue une autre, enfile une cuisse ici, puis une autre là… Oh ! La voilà qui se fourre un des godemichés dans la chatte ! Une petite dozette de lubrifiant et hop ! l’autre dans le cul, sapristi ! Tiens, tiens, tiens, elle boucle une boucle autour de sa taille, clipse une fermeture à pression, resserre une sangle ajustable… Mazette, cette guirlande n’est définitivement pas une guirlande et le troisième gode n’est manifestement pas pour elle.
– Agenouille-toi, mortel ! qu’elle m’intime, non sans enclencher les trois vibreurs de son engin intersidérovaginorectal à variotransfourneur asymptotique en phase dure.
Ainsi fus-je initié aux insondables délices de Peggy-la-ceinture-à-pegging, d’un bout à l’autre de ma largeur d’esprit… Et croyez-moi, il n’est besoin ni du Braille, ni du morse pour comprendre ce qu’il y a à comprendre de ces trois points de suspension : j’ai pris mon pied comme rarement, à grands coups de pilon dans le cul.

