Archive du mois de décembre 2007

21 décembre 2007

Le pied en équin - constats au quart de ma peine

– Me plâtrer le pied alors que rien n’est cassé ? Vous voulez rire ! que je dis.
– Il y a soixante points de suture à l’intérieur, Monsieur, dans le muscle et dans les tendons. Si vous redressez votre pied avant six semaines, vous déchirez tout.

Trois heures plus tard, entre deux jolis seins qui s’arrondissent pour m’épancher les glandes, je gicle des lacrymales. Trois heures de bancalité m’eurent donc suffi à prendre la mesure de la misère qui m’attendrait ces prochaines semaines. La vie telle que je l’aime, ma vie à moi, elle tient pas sur un seul pied. Du tout, du tout, du tout. Et les béquilles, au fond, je me demande si c’est pour me soulager ou pour m’encombrer plus encore.

***

Je tourne en rond. Je me branle, je me rebranle, j’attends qu’on vienne m’aimer. Qu’on daigne. Jamais de ma vie je ne me suis senti aussi passif. Alors je vire cynique. Le cynisme c’est l’humour des gens qui n’ont plus la ressource de s’enfuir au cas où le rire tournerait mal.

***

Samedi passé, j’ai tâché d’aller décocher le sourire de Gwendoline dans sa cahute en bois. Quand je me suis trouvé à 5 minutes de là, je me suis rendu compte que tout le jus que j’avais dans ma tête pour lui élargir la bouche s’était évaporé à marcher sur mes deux bras. Gambader en béquilles, au-delà du kilomètre, ça vous tarit l’esprit. Alors avant que d’arriver, je suis reparti, vide. Triste même.

***

Je dois me piquer tous les jours dans le gras du bide pour enrichir beaucoup les laboratoires GlaxoSmithKline et éviter un peu les risques thrombo-amboliques liés à la broderie sous-cutanée.

Je souffre depuis toujours d’un délire singulier lié à l’injection. J’ai l’impression que tout ce qui me rentre sous la peau a pour effet secondaire de me booster la libido. Sitôt que ça pique, ça trique. Pis faut bien que ça passe. Alors j’astique. Et si j’ai de la visite, j’use, j’use, j’use les nerfs. Et parfois les muqueuses amicales.

***

J’vous ai pas dit comment c’est arrivé ? A la boxe, pendant un exercice tout à fait inoffensif, c’était mon tour de reculer. Y’avait ce haut miroir adossé au mur. Je l’ai croqué du pied, il s’est cassé en quelques gros morceaux et le plus haut m’est tombé en dague dans le jarret, sectionnant le muscle sur deux tiers de son épaisseur et quelques tendons au passage. La photo là-haut, c’est après dix jours, quand on m’a changé le plâtre.

18 décembre 2007

Toutes les photos de Laure Manaudou nue + la sextape de Laure Manaudou nue

Ou alors c’est moi à poil avec mes béquilles. Je ne sais plus. A vous de voir.

10 décembre 2007

Sur ta vulve

Sur ta vulve, avec application, j’écris du bout de ma langue en lettres déliées ces vers de Verlaine que tu m’as tellement dits et qui nous transportèrent si souvent vers des songes apaisés. Sur ta vulve, en rondes gracieuses à l’ancienne, j’épelle donc la Promenade Sentimentale et tu te déploies, grand nénuphar sur une eau calme.

Comment ! Tu te retiens de jouir ? Je recommence. En lettres gothiques cette fois.

3 décembre 2007

pHiLo contre le Wagabou de la Boxfabrik

Banlieue de Berlin ex-Est, fight-club anarchiste. Quartier froid, gris et cubique, peuplé de têtes minables, minabilisées, crétinisées par le manque-de. Tout cette zone respire le manque-de. N’y souffle nulle brise mais une sorte de misère épaisse. Même le panneau «Stop», hexagone aux angles abandonnés, cerclé d’un rouge qui ne s’ose pas, semble philosopher le désespoir genre « arrêtez tout et pendez-vous ». Je serais un oiseau, je m’arrêterais ici juste pour chier. Sur un passant.

L’individu décharné (mi-homme, mi-os) chargé de m’accueillir me demande tout à trac si je suis venu dans une voiture équipée de puces électroniques. J’y dis que non seulement je suis venu dans un engin truffé de processeurs divers mais qu’en plus, et je le tends à son adresse, je possède personnellement un… téléphone portable ! Bouh ! Le type fait un pas de retrait et affiche une mine qui tient du mépris autant que de l’effroi.

- Ces merdes te fileront le cancer, m’assène-t-il, en réveillant le bout rouge d’une clope qui sent l’asphalteuse d’autoroute.

Les anars anti-techno, c’est plus fort qu’eux, il suffit de tchoûquer sur le bouton et la machine à hippier se met aussitôt en marche : les ondes qui nous traversent, l’industrie agro-alchimentaire qui nique ta mère, l’électronique sous-cutanée qui nous pend au nez, etc. Sinistre paranoïa qui agite le spectre du contrôle des consciences aussi grotesquement qu’elle l’instaure elle-même.

L’on me fait visiter le squat.

L’espace de combat est un petit local cloacal dont on a abattu les cloisons à partir d’un mètre cinquante du sol afin que les spectateurs puissent mater depuis les pièces attenantes. Le démolisseur n’a pas dû manger toute sa soupe quand il était petit car il reste encore quelques molaires de béton cellulaire suspendues au plafond. Je n’aime pas trop ce sentiment de me trouver dans une grande bouche.

J’apprends que mon adversaire est un ancien de la Boxfabrik de Munich, usine à champions en boxe «officielle». L’on me dit qu’il fait 16 kilos de plus que moi. L’on me dit qu’il encaisse comme personne et qu’il use les nerfs au corps à corps. L’on me dit qu’il est agressif comme un chien polonais. L’on me dit mille choses qui pointent le sort en ma défaveur. Génial, j’ai les chocottes.

J’adore avoir les chocottes comme ça. Ça m’épargne l’échauffement cardio. Chaque minute de ce stress corrosif en vaut le double de saut à la corde. Je tente donc de reporter cela au soir car il me faut dormir quelques heures pour me préparer.

On m’offre une sorte de paillasson en guise de couche. Je dis que je vais trouver un hôtel. On me dit que je n’en trouverai pas avant Berlin intra-muros. Scheiße ! Finalement, un type me ramène chez ses parents et me propose un lit encore plus calamiteux que le premier. Tant pis, je m’y assoupis, m’y branle et y rêve d’un rêve savamment dirigé… ou comment vivre son angoisse comme si c’était celle de l’autre. Très, très, très stimulant !

La nuit tombe. L’est quoi, 15 heure 30 ? Quelle fosse ce faubourg ! Vite, une “douche” au squat puis je m’échauffe.

* * *

Mon adversaire, ressemble à un Wagabou… mais si, la Guerre du Feu, vous vous souvenez ? La tribu des à-peine-hominidés. Poilu, chevelu et, ce con, barbu. Puis il a pas mis de vaseline dans sa barbe : il doit avoir drôlement confiance en lui pour autoriser une telle accroche sur sa mâchoire. Sonnez trompettes.

* * *

Comme vous le constatez, au bout de trois astérisques voilà que les genoux du pithécanthrope se désarticulent, l’abandonnant à une assise en amazone. Ça ne pardonne pas, le menton qui s’en va d’un côté quand la tête s’enfuit de l’autre. Et malgré que ses yeux semblent compter les coureurs d’un peloton au sprint, il trouve la coordination nécessaire pour frapper le sol en signe d’abandon.

Avec mes gants de boxe en guise de lanterne, je cherche un homme en moi. Plus tard, avec ma bite en éclaireur, je cherche une femme sous les jupons.