Archive du mois de juillet 2007

30 juillet 2007

Comment je zigouille les femmes #1

Je suis souffleur de verre. Alors après le travail, j’aspire au calme.

Si je déroule tous mes souvenirs, ça fait un fil pas plus long que de chez moi à l’usine, en passant par chez la coiffeuse. Elle aurait été cordonnière, la coiffeuse, j’aurais été bien chaussé, mais donc, je suis bien coiffé. A l’exception de maman, nulle autre femme que la coiffeuse n’a posé ses mains sur moi. Ah si, j’oubliais. Il y a eu cette fille de mon école, quand j’avais 15 ans mais ça a été très rapide et un peu sec, sur ma joue. Ça a fait un sacré clac ! C’est parce que j’avais soufflé très fort dans son cou, voir si ça pourrait faire bâiller son chemisier, que je lui voie ses dessous. J’étais quand même passé chez elle après la classe pour m’excuser. J’avais trouvé un beau déchet de cristal, gros comme une poire, à côté de l’usine. Je le lui ai offert en disant que c’était le plus gros diamant du monde. Elle l’a pris en souriant et m’a dit qu’elle me pardonnait. Je lui ai demandé si ses parents étaient déjà rentrés. Elle a secoué la tête pour dire non. Depuis, elle est devenue très dispersée, comme fille, sur une pelouse prévue à cet effet, à l’ombre des urnes du colombarium. Personne a jamais su qui a fait le coup. J’aurais bien aimé revenir, après l’incendie, voir si le cristal s’était ramolli, là où je l’avais foutu. Ç’aurait pu faire une belle pièce, le moulage en cristal de la prune d’une fille de quinze ans.

Je ne suis jamais allé dans une femme avec ma floche, on m’a toujours dit que c’était chaud. Ça doit être effroyable.

C’est pour ça que la coiffeuse, je préfère, comme plaisir. C’est tiède et cérébral : elle shampouine tellement bien que ça mousse des deux côtés du crâne, dessus et dedans.

Au fait, j’ai déjà des petits cheveux qui repoussent, dans ma nuque. Là, il serait temps qu’elle rouvre son salon, ça va faire presqu’une semaine, maintenant. C’est à cause de sa dernière apprentie.

C’est une fille, impossible de lui faire comprendre un truc simple. Par exemple, jeudi, justement le jour où on l’a retrouvée morte avec le bas de son ventre éclaté comme si elle s’était foutu une mine antichar à la place d’un Tampax, et bien je rentrais de l’usine et elle, elle finissait chez la coiffeuse. Et vu qu’elle habite sur mon chemin, on a marché de front et elle s’est mise à causer.

Tout de suite, je lui ai dit que j’avais pas à la tête à ce qu’on me parle, après le travail. Mais elle comprend rien cette fille. Et blablabla et blablabla, elle a continué. A la fin, j’ai dit «Ta gueule, mais ta gueule !».

Elle a dit un truc de femme de film comme quoi les gros mots, ça la chauffait. Moi, je m’en foutais, je voulais qu’elle la ferme, alors j’ai redit «Ta gueule, ta gueule, ta gueule, poufiasse». Et plus je lui disais ça, plus ses yeux devenaient grands. A cet âge là !

On est arrivés devant chez elle, et elle m’a fait signe de venir. Je lui ai dit que j’avais encore jamais trempé dans une femme, alors j’allais pas commencer avec de la gamine même pas bien poussée de partout. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais on est devenus comme deux choses attirées l’une par l’autre.

Elle a ouvert la porte, elle s’est couchée par terre, elle a retiré sa jupe et son slip et elle m’a dit de lui sucer sa moule. C’est plus comme de mon temps, les filles de quinze ans.

Elle m’a dit où je devais mettre ma langue. Elle ma dit ce que je devais faire avec. Puis elle a plus arrêté de dire des mots, plein, plein, plein de mots. J’ai répété avec insistance : «Ta gueule», mais ça percutait pas. Elle me disait de continuer, que ça l’excitait.

A un moment, elle m’a dit de la prendre, qu’elle était bouillante. Juste pour voir, j’ai soufflé dans sa moule. Et pour souffler, j’ai du métier. Ça a fait un sacré clac !

24 juillet 2007

Carnet de route

Le mois prochain, je casse ma toiture et j’y fais installer une plateforme pour mon télescope. Le mois suivant, je suivrai la première session de formation pour la licence de pilote privé. Déjà ce mois, je flotte au dessus de mes sandales.

***

Dans ma sacoche, y’a environ 6 chambres à air de rechange, deux pompes, un outil pour chaque boulon, des câbles de freins et de dérailleur. Paré, quoi. Chez Décathlon, si t’amoches pas la marchandise, ils la reprennent dans le mois sans discuter.

Le bitoniot à remaillonner les chaînes de vélo, je l’avais regardé pendant facile trente secondes. Je m’étais dit «Mollo, c’est pas le Dakar à pédales», puis la chance me sourit toujours. Elle est comme ça, ma vie, vous comprenez ?

La deuxième journée commence par un long bief monotone. Nous sommes tous un peu sonnés.

Après 20 kilomètres, je casse ma chaîne. On est à 15 bornes du village suivant, on est en France, on est le 14 juillet, on est dans la merde.

J’arrête une pénichette qui remonte le cours. Sur le Canal du Midi, à la vitesse maxi, les bateaux, ils avancent comme toi quand tu marches à reculons. Résultat, c’est les autres qui m’attendent à l’écluse.

A peine je débarque, y’a un camping-car qui s’apprête à quitter la berge. Je le course en gesticulant. Une famille allemande. J’amène le père à l’arrière de sa cariole, désigne les vélos et propose cent euros pour qu’il me vende une chaîne. OK, qu’il fait.

Il détache la première bécane et la retourne en appui sur la selle et le guidon. Je débâte la mienne pour faire pareil. L’éclusier qui a suivi notre petit manège d’un œil distrait s’approche.

– Lui, c’est du 6.5 et vous, c’est du 9, qu’il dit.
– C’est-à-dire, que je fais ?
– C’est-à-dire que tous ses vélos ont 30 vitesses et que le vôtre en a 21, con ! Ses maillons sont trop étroits pour les dents de vos pignons, ça n’ira jamais.

Je me tourne alors vers le teuton. J’y dis dans un vague espéranto : «200 euros pour ta bécane et on n’en parle plus». Il sourit tout géné. Je dis 300. Il dit 1000, genre que c’est le prix qu’il a payé. J’y dis merde en montrant mes poches vides, ce qui est une traduction mimée un peu lâche, je vous l’accorde.

– Ce qu’il vous faut, c’est un maillon rapide ou un démonte-chaîne, rattaque l’éclusier.
– Et on trouve ça où, un jour de fête nationale ? que je fais.
– Tout est fermé. Votre seule chance, ce serait de tomber sur un passionné de vélo. Mais ils sont tous en train de regarder le Tour de France pour le moment.

Je vous passe le suspense qu’il m’a fait : il m’a requinqué ma chaîne en trois tours de bitoniot, il a regraissé celles de tout mon équipage et nous a filé de la confiote de vin rouge faite par sa femme en personne.

Magnifique, cet homme.

Juste, il «est» Front National et si on avait été arabes, il nous aurais crevé ou les pneus ou les yeux, il l’a dit. Et expliqué. En détails. Avec un S, comme dans nausée.

Tu fais quoi d’un gros connard qui sauve ta mise quand t’es dans la mouise la plus complète ?

Je lui ai serré chaleureusement la main de trois secousses rythmée sur ces trois syllabes, hurlées dans le silence de ma tête : « GROS CON-NARD ! ». Et j’ai dit merci, je suis un type poli.

Le soir, à Carcassone, au terme d’une rude étape de 87 km, nous regardons l’époustoufflant feu d’artifice du 14 juillet en dévorant au petit doigt louché, la meilleure confiture de vin rouge de la création.

Que sommes-nous prêts à accepter de ce monde ?

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Le concert ? Le plus beau de ma vie. Au début, j’ai cru qu’on s’était gourés. Juré, j’ai vraiment demandé. C’est bien ici ? C’est bien aujourd’hui ? Où c’est qu’il est ? Imagine. Tu vas voir la messe à Saint-Pierre le jour où c’est le pape qui la dit et pendant une demi-heure, c’est des curetons qui causent… Avoue que tu t’interroges.

Puis il est entré, nabot magistral, génialissime.

Prince en concert à Montreux, c’était… y’a pas de mots. Et je le prouve : ________

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Le Phœnix et Descartes
Le premier renaît de ses cendres, le second de son prénom.

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5 juillet 2007

Prendre le meilleur

Elle a souffert de l’amour, qu’elle dit. Avec de la souffrance, l’amour a toujours l’air sérieux. Et l’amour sérieux, pour moi, c’est de la névrose qui n’a pas les couilles de dire son nom. Je classe : névrosée. J’écoute. Puis je coupe d’une invite manuelle.
Ça danse bien, les filles névrosées. On danse bien quand on a des choses à se prouver.
Mais ça baise mal, les filles névrosées. On baise mal quand on a des choses à se prouver.
Aussi dansai-je avec elle jusqu’à ce que les bandonéonistes eurent les doigts engourdis. Pas con, moi : je prends le meilleur de chacun.