Sérumen
Elle : Ça ne cessera pas sans l’aide d’anti-histaminiques.
pHiLo : Ils luttent contre l’allergie, les dentistes à Munich ?
Elle : Ça ne cessera pas sans l’aide d’anti-histaminiques.
pHiLo : Ils luttent contre l’allergie, les dentistes à Munich ?
Trois heures du matin. Dans mon dos :
– pHiLo ?
– Oui.
– Y’a pas de cigales ici en Belgique, pas vrai ?
– Vrai.
– Alors mets-la-moi plutôt.
Une demi-heure. Je parviens à me mentir une demi-heure. Le temps que l’officiante picote au fin trident les contours du dessin, comme pour délimiter l’arène du supplice. Douze dards d’acier me hachent désormais le derme en micro-frites. Le mensonge décanté, reste la douleur, vive et fluide, gagnant par capillarité.
Je voulais que ça soit une femme qui me tatoue. C’est sérieux, une femme.
Je l’espionne dans le miroir, par-dessus mon épaule. Elle le sait.
La douleur monte, descend, se teinte, prend des postures. Qu’est-ce qui est insupportable ? Tantôt la douleur est nette et le seuil de tolérance est flou, tantôt c’est le contraire. Alors je fais le pari que la limite de ce qui est supportable flotte sur la douleur elle-même. J’ai mal, soit, mais avec optimisme.
Et plus la douleur fait sa cabote, plus les répits sont relaxants. Oh ! Voilà-t-y pas que me pète entre la glotte et les sinus, ce grotesque accès de fou rire qui me vient d’habitude –et jusqu’alors exclusivement– en réplique à l’orgasme et me secoue de frissons.
Ouh la la la la ! Comme je me crains, depuis.
pHiLo : Tu m’aimes ?
Sécotine : Toi et tes questions scientifiques !

Je quitte Ludwig Strass et m’engage sur les pelouses de l’Englischer Garten. Je fais à peine cent pas qu’une femme nue court vers moi, radieuse, réjouie, élastique. Précédée d’un frisbee en fin de vol.
Non loin, deux hommes nus couchés sur le dos, les jambes au ciel, cul à cul, ouvrent leurs jambes en V puis les redressent en II et poursuivent leur sémaphore heptaïque : VIIVIIVIIVII.
A l’ombre d’un saule, trois femmes nues et un homme nu (qui sait manifestement parler aux femmes nues) s’enivrent de cannabis en tétant à gros bouillons les tentacules d’un narghilé .
Derrière un talus, quelques surfeurs relativistes font défiler sous leur planche un ruisseau magique.
J’entends des cris, je me dévoie vers l’extérieur du parc. Une Mercedes noire longue comme un pont promène Justin Timberlake dans le piétonnier à travers des grappes de gamines qui mouillent leur mouchoir et, de toute évidence, leur fri-fri.
A l’angle, une mémé aux cuisses musculeuses emporte deux touristes dans son pousse-pousse.
Plus tard, dans le train vers le mémorial de Dachau, au terme d’un petit échange qui, j’en ai ma petite idée, ne vous laisserait pas indifférent –mais ne nous dispersons pas inutilement–, une mousmée constate à tâtons inspirés l’effet rigidifiant qu’ont sur moi les transports en commun.
A l’intérieur du camp de concentration, une employée du carmel me fait du gringue, rapport à mes mollets sexys.
Vraiment, je me dis que Derrick ne nous a pas tout dit sur les Teutons.