Archive du mois de octobre 2006

26 octobre 2006

Ventilation

Mon enfance fut acide d’une longue et douloureuse conscience du risque de grandir sans jamais séduire une fille qui deviendrait ma femme sexuelle quand on aurait 21 ans bien que j’aurais eu le droit de l’enculer de manière anticonceptionnelle dès 18 ans vu que dans ma famille, on était des catholiques pratiquants non-croyants. Toutes ces années de dimanches où, diable couvé sous la coupole, j’allais chanter pour le salut de l’âme des chiens de mon village (au cas où Dieu aurait quand même existé), je croyais qu’il me suffirait d’attendre pour devenir un summum de la beauté masculine comme les Bee Gees et faire pousser des femmes nues le long de mon torse évidemment velu. Hélas, mon râtelier lactique commençant à taquiner la petite souris, j’enterrai pour quelques pièces mon rêve d’avoir un sourire en clavier de piano comme les trois rétrécis du slip. L’âge de raison fut pour moi l’ère inaugurale du complexe.

Puis il y eut la mue, les tractions des poils de couilles, trois par trois, pour que ça touffe à foison, et les tractions de la bite pour qu’elle atteigne rapidos les 25 centimètres réglementaires sans quoi un homme ne peut scientifiquement espérer satisfaire une femme érotiquement libérée et financièrement autonome, il y eut une lancinante prise de conscience de l’absurdité de la vie et de l’imminence aléatoire de la mort, il y eut l’acné et les ségrégations adolescentes… Jusqu’au non-sens, chacun de mes malheurs ou désarrois ne put venir que de mon apparence.

Et si, d’âge en âge, ce complexe d’apparence subit réforme, lorsqu’à l’épreuve du rite amoureux je conçus enfin quelque succès, je constatai la fidélité irréductible de ce démon de poche. Etre aimé, séduire ni plaire, pas même éjaculer en chair conquise, n’éteindrait donc la douleur de me trouver laid.

En fait, non. A bien y réfléchir, je crois que je me trouvais encore moyen, mais j’ai souvent envisagé que les critères esthétiques des autres, de l’autRe avec une majuscule (vous vous la mettez où vous la voulez, la majuscule : c’est vous, l’autrE), du reste du monde quoi, j’ai toujours envisagé, donc, que les critères esthétiques des autres étaient à mille lieues des miens et obligatoirement incompatibles. Je me voyais assez bien en mec qui trouverait dans les filles de bal celle qui aurait l’air d’être un pou mais qu’une bonne douche et un brushing transformerait miraculeusement en danseuse du Moulin Rouge. Oui, moi seul pourrais découvrir la vraie beauté des filles enculables dès dix-huit ans mais aucune d’entre elles ne serait assez fine ou compatissante pour, tout éventuellement, me trouver fût-ce un petit attrait physique.

L’autre jour, en causant avec le type en chaise roulante qui me tapait 5 euros pour une opération Padbra-Patchocolat, je me suis rendu compte que le plus gros handicap de ma vie, à ce stade du dépouillement, ce fut en fin de compte de n’assumer que très tard l’essoufflement hors de la sphère intime. Jusqu’au jour d’après vingt ans où j’entrepris de m’adonner au Tango, nul ne m’eut vu reprendre mon souffle sans que lui eusse sévèrement réprimé les fesses à grands coups de bite. Ô combien je dus prendre sur moi de ralentir le pas pour tenir une danse de plus. Ô me maudis-je alors de m’être tant interdit de vivre pour ne jamais avoir l’air de manquer d’air.

Et voilà, je vous raconte mon pot-au-feu et vous, tout de suite, c’est des histoires de propre, de figuré et d’eau de boudin.

22 octobre 2006

Mon pain quotidien

30 minutes de corde 2×360 grammes,
12 minutes de rameur à 170 Watt,
30-50 minutes de muscu,
15 secondes de waow.

ICI : vidéo wmv 2Mo
ICI : vidéo mpg 17Mo
20 octobre 2006

Débat sans O

pHiLo : Tu me présentes ?
Sécotine : Ben, là, les glandeurs, tu les connais et ici, c’est des gars d’Ans que je fréquentais quand j’étais petite.
pHiLo : Et bien bonjour, glandeurs et des gars d’Ans.

16 octobre 2006

Même pas appuyé

Le gars fait son amorce avec un slash du gauche puis enchaîne crochet du droit sur direct du droit. Dès qu’il le peut, il me rebalance cette séquence. Il a un temps d’avance sur moi pour le slash, un demi-temps pour le direct et je me recale sur son temps pour le crochet qu’il donne dans le vide. Ça t’en a peut-être pas l’air, comme ça, en arial corps 10, mais je mange sévère dans la gueule.

Aware, pHiLo, awaaaare, enculé ! T’espères lui faire mal aux mains avec ton nez ou quoi ? qu’il égosille, Banania Koukour.

Jusqu’au troisième round, j’en place pas une qui lui dévie le regard. Juste des petits pif-paf. Faut dire, il me reste entre les omoplates un méchant tiraillement choppé à l’entraînement. Le terrain est lourd.

Les phases de récupération entre les rounds, passées les premières, lorsque l’on n’est plus en état d’avoir mal pour les coups reçus ni le feu au cœur pour ceux donnés, ces pauses d’oxygénation et de reconditionnement, c’est un instant philosophique d’une intensité insoupçonnable. Il s’y passe parfois des trucs dingues. Tu sens se diluer un caillot dans ta lèvre, tu sens ton bras vaincre la tétanie centimètre par centimètre jusqu’au dernier, tu te sens pris en charge par une machinerie interne qui te dépasse et qui œuvre tantôt au service de ta sagesse, tantôt sur injonction de ta rage. Tu vois qui tu es par tes yeux, avec tes coudes posés sur tes genoux, le cul sur un tabouret, les mains dans tes douze onces de coton et de cuir : t’es un pauvre gars magnifique, rassemblé tout entier entre quatre cordes.

Au sixième round, je trouve sa faille : s’il en prend deux bonnes sous les coudes, il baisse la garde.

Abstraction faite des émotions, on boxe avec une seule idée en tête : trouver une entrée dans la garde de l’autre et prévoir une sortie en cas de pépin. L’élaboration d’un tel plan d’attaque prend entre une demi-seconde et deux secondes en fonction de la complication des enchaînements, et s’il n’est pas mis en oeuvre dans la seconde qui suit sa conception, il n’est plus valable. Or, chaque coup sur la tête reçu pendant la phase d’élaboration mentale d’un plan d’attaque brouille physiquement le cerveau, ce qui oblige à reprendre l’idée à zéro*.

Bref, au sixième round, chaque fois que je suis à une distance me permettant de penser à une entrée, ce con me remet le cerveau à zéro. Ça ne fait plus mal, juste ça m’énerve. Mais de la bonne rage, de la qui rend awaaaaare.

Je prends le temps de me refaire une jugeote et du souffle.

Dernier round, dernier quart, j’applique enfin. Je plonge sous son slash, direct au plexus du droit, je me pète le pouce. Uppercut sauté aux côtes du gauche. Le type est sur les talons et, avant qu’il fasse un pas en retrait, j’achève ma séquence avec un direct swingué à la mâchoire. C’est là que je me déchire l’épaule droite.

Le gars, il est gris. Moi, je suis paralysé. Non, c’est pas vrai, ô misère, ma douleur au pouce fendrait le marbre, elle est aiguë, suraiguë, stridente, obsessionnelle. Je penche ma tête pour essayer de coincer le nerf entre mes cervicales, mais rien n’y fait.

Banania me gueule :

- Gauche, gauche, il est mûr, il va se détacher !

Mais je n’entends plus que ma douleur. Je pose le genou au sol. Josiane l’arbitre me compte. A «sept», le gong retentit. Les règles sont strictes : « Won’t be saved by the bell ».

Lourd, le terrain ce samedi, je l’ai déjà dit peut-être ?

Mais ce que je n’ai pas encore dit c’est qu’à «six», le mec tombe sur son cul, les yeux tiltés, ranimé aussitôt aux vapeurs d’alcali volatil.

Y’avait justement deux gars qui avaient déjà assisté à une situation pareille. Selon le premier, qui gueulait le plus fort, je gagnais parce qu’un K.O. technique n’est pas aussi grave qu’un K.O. Selon le second, qui sentait l’ammoniaque, je perdais parce que dès l’instant qu’on compte un boxeur, on le finit lui et pas un autre et qu’en plus je perds aux points.

Plus tard, je dis à Banania Koukour :
– « K.O. technique pas aussi grave qu’un K.O. », c’est toi qui l’as inventée cette règle-là, hein oui ?
– Oui, Dieu m’excuse, il sait que je ne mens que pour le bien des miens, jamais pour moi.
– Et tu n’as jamais assisté à une situation pareille, hein, non ?
– Non… Dieu soit généreux avec moi. Et avec l’entraîneur de l’autre parce que lui non plus, il n’avait jamais vu ça avant.

Sur le carnet officiel des rencontres inter-club, ma défaite par K.O. technique est inscrite au crayon pâle, en attente de confirmation sur base des règlements par Josiane l’arbitre, qui remplace Mehmed qui pensait qu’on combattait à domicile.

En signant le carnet, Banania me dit :

– Tu vois champion, t’as perdu. Mais le gars, il a gagné K.O. et au crayon même pas appuyé.

* Vérifiez vous-même ce phénomène qui fera de vous le magicien des soirées chic : demandez à un cobaye pas trop balaise ou alors par rancunier du tout de calculer 1+2+3+4+5. Lorsqu’il arrive à +3, mettez lui un grand pain dans la gueule et vous verrez : il devra reprendre le calcul depuis le début. Merci qui ? Plus fort, y’en a que j’entends pas.

12 octobre 2006

Pis qu’épique école, aigre âme

DJ Sound Feeder s’est fait mordre-quéquette.

Moralité : La morsure-bite du nourri-son.

11 octobre 2006

La fermeture Éclair

Je luis dis que Dieu, dans son infinie inexistence, m’accorda le don absurde et dérisoire d’un bonheur à ciel ouvert. Par l’autorité de cette constitution, aussi doucement que si je le mimais, je saisis entre le pouce et l’index le lys argenté qui orne sa glissière.

Prenez de votre temps celui de faire quelqu’action qui vous plaise et, à la vérité du geste effectif, d’ajouter l’expression et la langueur du mime. Dans cette sage distance aux choses, accessible par seul l’artifice, réside la douce folie de notre nature.

S’ouvre un oiseau de chair au fin liseré métallique sous son cou. La soie, portée à l’apesanteur par un coussin d’air tiède, s’écoule vers ses épaules et, à mesure que s’abîme la tirette, il me paraît qu’un canöé fend une onde assoupie d’un sillon dentu. Il n’est plus belle joaillerie sur le corps d’une femme qu’une glissière aux dents fines et lourdes, toujours froides.

Et pourtant, le bonheur, en sa seule manifestation honorable –le plaisir–, ne saurait être affaire d’intellect. Cette distance qu’il convient d’installer entre vous et les choses ainsi que je le dis plus haut, point n’est besoin de la combler de votre savoir ou de quelque matière organisée d’entre vos tempes. Cette distance est à préserver comme telle. Car, combien vous vous tromperiez à croire que le détachement amorti les sens ou l’émotion ! Le détachement crée un vide tempétueux, aspirant par nature à la réduction, concentrant ainsi un court instant, dans quelque brèche dépressionnaire entre nous et le monde, nos fluides les plus fins. Toujours, qu’il vous importe de vous souvenir de ceci : le bonheur ne se gagne pas par conquête mais par capitulation. Le bonheur n’advient pas, il vient de vous et n’a pour déployer son prodige que l’espace que vous lui concédez entre les sens, les choses de l’âme ou les évènements, et vous. Quoi ? Et là-dessus, deux Pater nostrum et une branlette à l’italienne ? Vous déraisonnez, pauvres de vous, ressaisissez-vous.

Au fait, vous aviez noté que plus la fermeture Éclair a le «ziiip» aigu, plus la fille en dessous est bandante ?