Vous vous souvenez des règles de cette série d’interviews ? Sachez que, pour une raison que j’ignore, un détail de la discussion liminaire a induit quelque tension dans l’entretien. Pas désagréable du tout, au demeurant, car –et je suis bien triste que cela ne soit pas reproductible dans cette transcription– sur le visage de Pierrette se déployait, à intervalles réguliers, un grand oiseau de pulpe rose, apaisant comme le matin quand le matin vous sourit.
Cette métaphore tricotée à la main en poil de cul de planche de chiotte de gare, est profilée pour vous gratouiller l’esprit tout au long de la lecture de cet entretien. Souvenez-vous donc, qu’après chaque phrase ou presque, Pierrette sourit large et doux et qu’elle est belle à se chier dans les chaussettes (vous, pas elle).
Houlà, la gaffe. 22 ? Bon, ben tu as l’air plus mûre que 22 on va dire. Ça rattrape ?
Non, hein, j’ai 26 ans, mais fallait dire 22.
Plus mûre que 26, aussi.
Bon, je ne dis pas mon âge, c’est tout.
Tu baises uniquement avec capote ?
Oui en théorie.
Et en pratique ?
Beeeeeeen…
Quand c’est sans, ça se discute ou bien c’est dans le feu de l’action ?
Non, je discute. Je lui demande s’il a fait un test récemment, s’il a baisé sans capote depuis le test.
Donc si le mec a fait un test mais qu’il a baisé sans capote depuis, c’est non ?
C’est non en théorie.
Et en pratique ?
Beeeeeeen… Hahhaha, hem !
Ton dernier test, c’était quand ?
Y’a trois, quatre mois, je crois.
Et la dernière fois que tu as baisé sans capote ?
Oh, dis, ça va. J’ai pas envie de stresser.
Tu te masturbes souvent ?
Souvent quand je suis amoureuse.
Raconte…
Haha, quand je suis amoureuse, ça me… haaan !
Et ?
Et ça fait du bien, quoi, normal.
C’est où que tu as fait l’amour la première fois ?
Chez ma tante.
C’était comment ?
Comment c’est chez ma tante ?
Non, la première fois…
Oui, ben j’avais compris. Ben, ça va, ça picote tout chaud mais ça va. C’est juste un peu… sec. C’était avec son locataire d’en-dessous.
Et pourquoi chez ta tante ?
Non, chez lui, mais c’est chez elle, la propriétaire…
Avec ou sans jouissance ?
Je ne sais plus. De toute façon ce n’est pas…
«…ce n’est pas le plus important. Nous les filles, on ne se focalise pas là-dessus»
Ben quoi…
Non, je voulais te provoquer, mais ça n’a pas marché.
Me provoquer sur quoi ?
Sur le côté «Je ne jouis pas, mais j’ai quand même du plaisir».
Ah… bon !
Bon, un coup dans l’eau. Tu as combien de positions pour te masturber ?
Une seule.
Tu me la décris ?
Tu veux ?
Si tu veux… Mais avec plein de détails alors.
Haha… Bon… Ben… il me faut ma couverture. Je fais une grosse boule avec et je me couche dessus…
Sur le d… ? Ah, non, sur le ventre !
Oui, comme ça.
Un peu comme pour une levrette.
Non, simplement couchée sur le ventre, avec mon bon p’tit cul qui remonte un peu à cause de la couverture. Et je reprends toujours un bout de la couverture pour me couvrir les fesses.
OK, je visualise. Cambrée ?
Oui, quand même.
Et tes mains ?
Les bras le long du corps, comme ça.
Et les mains ?
Ben… [elle fait le geste de poigner].
Tu poignes dans quoi ?
La couverture hein, pas moi. Je ne me ferais pas ça [repoigne] aussi fort. Non. Je fais plutôt… Ben… Ben, j’ai jamais parlé de ça et je crois que je suis un peu gênée. Pas gênant, je ne sais pas quoi.
Oh, une vierge de la confession. Tu vas voir, je vais y aller doucement, ça picotera pas tout chaud, comme tu dis. Y’aura pas de sang.
Haha, non mais bon. Et puis c’est enregistré, c’est pas… tu vois ?
Bon, je continue. Si tu dis «je passe», je change de sujet, ça va ?
D’accord, merci.
Bon, alors tu fais quoi avec tes mains ? Tu poignes dans la couverture et tu fais quoi ?
Je fais deux boudins et je fais comme ça, je masse.
Tu masses comment ?
Ben j’ai ce côté-là comme ça. Donc j’enroule un peu la couverture et je rapproche mes deux mains.
De quoi ?
De quoi ? Ben de quoi… d’elles-mêmes, quoi ! L’une de l’autre.
Et ta chatte dans tout ça ?
Ben, ma chatte… euh… comme tu dis…
…comment tu dis, toi ?
Non, rien, comme ça, mais c’est un mot que je ne prononce jamais.
Tu vas voir, on va y arriver. Donc jusqu’ici tu passes ton temps à t’essuyer les mains dans ta couverture. OK. Et tu allais me dire qu’à un moment tu sors un gros gode triphasé qui est branché sur le pylône…
Hihihihi. Non, c’est ça l’astuce : je fais aller mes mains comme ça et ça me prend un peu ici.
Tout près du clito, ou bien large ?
Large, large. C’est vraiment ici.
Ben mets les, parce que comme ça, je ne sais pas si c’est en haut, en bas…
Ben, donc normalement, je suis sur le ventre et ça fait comme ça.
Ah, oui. Marrant. Comme les trucs pour le drainage lymphatique, là. Tu vois ce que je veux dire ? Un truc de télé-achat avec deux rouleaux qui te pincent la peau.
…
Tu regardes pas le télé-achat, c’est ça ?
Pffffft, hahaha.
Quoi ?
Non, rien. Hahahaha.
Tu as fait la danse classique ?
Non, pourquoi ?
C’est tes pieds, ta manière de les poser. C’est quoi tes fantasmes ?
J’en sais rien… Ben c’est vrai.
T’as pas de fantasme ?
Si, je crois, mais c’est des trucs que je ne saurais pas exprimer, c’est trop compliqué.
C’est quoi que tu ne saurais pas exprimer ?
Putain, justement…
Quoi, c’est trop cochon ? C’est trop comp…
Non, c’est pas cochon. C’est parce que je ne sais pas comment j’y pense. Je ne sais même pas si on peut appeler ça des fantasmes.
Bon, trouve les mots.
Ah la la, attends… Non, je ne sais pas, je ne sais pas.
Je peux essayer de poser des questions pour que tu trouves un moyen de me le dire ?
Ouuuuais ? Quoi, pas de l’hypnose, hein ? Hahaha…
Non, je vais juste repartir de plus loin. C’est quoi pour toi un fantasme ?
Et ben voilà, attends. Les gens qui ont des fantasmes, ils savent dire : je veux faire ceci ou ça avec, je sais pas moi, un acteur, dans tel endroit, avec plein de gens autour ou sous un cocotier. Moi, c’est pas des histoires. Je ne sais pas comment je ressens, mais c’est pas… c’est pas un truc de pensée.
Hé, intéressant… C’est pas un truc de pensée ?
Non. Je ressens quelque chose, je ne sais pas où, je ne sais pas comment et ça m’aide à aller plus loin.
Vers quoi ?
Je ne sais pas. La jouissance ? Je ne sais pas.
Donc le fantasme, enfin, toi, tes fantasmes, c’est du ressenti, pour aller plus loin, pour jouir…
[acquiesce avec l’air de dire que ce n’est pas exactement ça mais qu’on ne dira rien de mieux aujourd’hui]
Mais le fantasme, tu le ressens quand tu es dans le feu de l’action ou bien ça peut arriver quand tu rêvasses toute seule sur une chaise ?
Oui, non, dans l’action. Uniquement dans l’action.
Mais le… Plutôt… Laisse moi réfléchir. Tu choisis de fantasmer, ou bien ça te tombe dessus ?
Ben, je ne sais pas. Bon quand je fais… enfin, la chose avec ma couverture, hein, tu… Bon, et ben, là, ça va. J’appelle l’état de fantasme et il vient, si tu veux. Quand c’est à deux c’est plus compliqué. Il y a des mecs qui me font des choses qui m’empêchent de me mettre dans cet état là.
Qu’est-ce qu’ils font ?
C’est pas technique ou quoi. Non. C’est comment l’ambiance se met, au moment où on commence. Des fois ça part bien dès le début. Même s’il s’y prend comme un manche, je peux me mettre à fantasmer.
Le fantasme, ce serait pas un état d’abandon, de laisser-aller, pour toi ?
Oui, c’est quéqu’chose comme ça. C’est se dépouiller, chaque fois un peu plus, se dire que la prochaine respiration, tu seras un peu plus loin. Oui, un truc comme ça.
C’est quoi l’orgasme, pour toi ?
Putain, ça aussi, c’est compliqué.
Et bien, commence par me dire ce que c’est l’orgasme d’un mec.
Ben vous, c’est simple. L’orgasme, c’est aller chercher l’excitation et paf. C’est super visuel chez vous. Il suffit de voir pour être excité. Et puis quand vous jouissez, ça se voit.
Et vous ?
Ben moi en tout cas, c’est pas pareil. Il suffit pas de chercher l’excitation. Non, on peut la faire monter. Enfin, on doit la faire monter en nous, mais ça suffit pas. Faut encore déclancher quelque chose en plus. On peut monter… On… Moi je peux être super super super loin dans l’excitation et pas arriver à la jouissance.
Et tu peux aller pas très loin dans l’excitation et jouir quand même ?
Ouais. Pas… Faut quand même un peu, hein, quand même, mais la jouissance peut venir avec un petite excitation et aussi bien ne pas venir avec une grosse excitation. Enfin, pour moi. Je dis pas.
Et le fantasme, il intervient quand tu décides de ne plus aller plus loin dans l’excitation et de commencer à chercher la jouissance ?
Je ne sais pas si c’est ça. C’est un peu… je sais pas. Moi je vois plutôt ça comme… Tu vois, c’est un peu comme quand tu fais un saut périlleux. Y’a un moment, tu montes, tu montes, puis il faut décider de faire la vrille au bon moment pour retomber au bon endroit.
Et l’orgasme, c’est le bon endroit ?
Ouais. Non. Non, c’est un peu le tout. Dès le moment où je décide de chercher la jouissance, si c’est le bon moment, c’est que ça commence déjà. C’est pour ça, ça peut être long la jouissance. Pas seulement le moment où ça y est, c’est aussi avant. Quand tu sens que tout va bien, que tu n’as pas à te faire de stress. Oui, c’est déjà un niveau supérieur par rapport à «Je suis toute excitée».
Combien tu as déjà eu d’orgasmes en une seule soirée ? Ton record…
Quatre je crois…
Et com…
… mais jamais à deux. A deux, ça me suffit d’un. Je suis pas… Je ne fais pas des records, je préfère que ce soit intense.
Pas abuser des bonnes choses ?
Non, mais c’est pas la même chose. Toute seule, c’est plus… C’est plus pour toi. A la rigueur, tu t’en fous un peu. A deux, je ne fais pas ça comme un jeu. Si, c’est aussi un jeu, c’est pas ça, mais je ne sais pas, à deux, ça a un sens, c’est plus un aboutissement, un truc à partager.
L’amour, c’est nécessaire ?
Pour faire l’amour ?
Oui.
Honnêtement, tu connais des filles qui savent faire l’amour sans être amoureuse ? A part des putes.
Euh, oui, mais je sens que c’est la question pour s’enliser. Je peux changer de sujet ?
Ben, c’est toi le chef.
Tiens, quand on fait l’amour, il y en a un qui est le chef ?
Ben, a priori, non.
Et a posteriori ?
Non, c’est mieux quand c’est 50-50. Si tu dois tout mener, c’est pas marrant. Il faut trouver l’équilibre, que ça soit un échange.
Tu as déjà simulé ?
Jamais. Alors là, jamais.
Hé, je suis pas ton mec, tu peux…
Mais non, je fais pas… Simuler pour quoi faire ? Je préfère discuter, ou bien juste passer un moment câlin mais… Non, jamais.
Tu as eu beaucoup de mecs ?
Non, je suis difficile et je prends mon temps.
Genre ?
Euh… (fait non de la tête).
Passe ?
Oui, j’aime pas. Compter ça, c’est vulgaire.
Oh, pardon. Tu m’excuses ?
Ca va, c’est pas toi, c’est moi.
Quand tu fais l’amour avec quelqu’un, tu t’aides un peu ?
Ça dépend.
De…
Ben si c’est… Si c’est rapide ou pas.
Je ne suis pas…
Si c’est… [elle tape énergiquement sa paume sur le rebords de la table]… là, oui.
Quand ça claque, quoi.
Haha, oui.
Et sinon, pas besoin ?
Non, quand c’est doux, je peux toujours trouver une position qui me va.
C’est quoi, tes positions préférées ?
Hmmm, j’aime bien quand je suis dessus. Couchée dessus, les mains qui me tiennent bien à la taille.
Ça t’arrive, pendant que tu fais l’amour, de t’arrêter, de sucer ton mec, puis de recommencer ?
[Fait non de la tête avec une mine ahurie]
Y’a co…
De toute façon, j’aime pas faire des pipes. Je ne fais ça que si le mec a une panne. Et si ça lui va pas, il peut aller se faire voir.
Wow ! Haha !
Ben oui. Je sais bien, mais voilà, j’aime pas, je vais pas me forcer pour être à la mode. Et puis ça oblige à avoir d’autres atouts.
Ma question suivante, vas-y…
Alors, mademoiselle, quels sont vos atouts, je vous prie. Alors mes atouts, monsieur, c’est que je fais tout le reste mieux que tout le monde. Hahaha.
Hahaha…
Mes atouts, pfff… Je passe.
Merde. Je peux pas savoir ?
Non, je dis ça comme ça. Puis tous les mecs sont pas obsédés par ça. Y’en a aussi des normaux qui aiment faire l’amour à deux, sans forcer l’autre à faire des trucs qu’elle veut pas faire.
T’es pas une emmerdeuse, au lit, quand même ?
Non. Je crois pas. On me l’a jamais dit. Mais toi, tu crois que tout le monde fait des trucs comme ça, parler de sexe avec des gens ? C’est pas… Je suppose que t’es un tordu, toi, de ce côté-là.
Tordu, c’est quoi ?
Si, hein, je parie que oui.
N’empêche que tu réponds, ceci dit. Et que tu as dit oui.
Quoi oui ?
Et ben, oui pour répondre à mes questions.
Moi, c’était juste pour voir, mais n’empêche, toi…
Bon, Ok, je suis tordu. J’allais te raconter ma vie sexuelle, mais puisque tu ne veux rien savoir…
Oh, oh, oh, ça, tu fais bien, je risquerais de partir…
Bon, ben je vais couper alors, ça te va ?
Moi c’est bon.