Archive du mois de mai 2006

22 mai 2006

Lever la taque

Je viens de voir défiler 6 ans de ma vie avec un réalisme saisissant. Ô, ne croyez pas que je n’eus que de fières chevauchées de faïence. Je connus, moi aussi, comme tout le monde, la hite sifflante qui vous pèle la rose, la déchiquelette amère qui vous détartre l’antibouche, le décakage trop cuit qui vous fend la buse.

6 ans de ma vie revenus au jour par une lorgnette de 80 millimètres de diamètre.

C’est drôle, parfois, la vie, justement, quand on y pense. Vous croyez pendant des années que vous avez un tout-à-l’égoût et puis, un beau jour, vous vous rendez compte que vous avez une fosse septique et qu’elle est bétonnée par 280 litres de lingettes non biodégradables bien tassées.

20 mai 2006

Freud fraudait (le premier qui lacanise, je l’égonade)

En lisant les excellents cahiers d’une jeune femme de lettre, je me souviens que j’avais écrit en participation à un jeu de rôles un discours qui, lui aussi, commençait par secouer Freud. Mon rôle était celui d’un conférencier scientifisant à tendance hérétique incertaine avec un haut coefficient charismatique mais doté d’une cote de lourdeur assez pénalisante. Vous voilà prévenus.

Je ne crois pas à l’Inconscient freudien. Freud fraudait, manipulait, falsifiait, détournait. Vous me direz que Galilée en fit autant et que la terre tourne quand même bien autour du soleil.

Mais à bien y regarder, si Galilée pécha de ne pas livrer toutes les conclusions de ses études afin de ne pas finir en torche hérétique, Freud alluma quant à lui un bûcher sous notre civilisation en forçant le trait de ses constats sur l’Homme, en affirmant l’invérifié, en stabilisant l’incertain. La preuve de la manipulation ? Son résultat sur nous ! Plus de 100 ans après l’invention de la psychanalyse, on vous en enseigne encore les fondements sans la moindre critique de fond. Oui, on vous dit bien qu’il y a eu d’autres écoles, d’autres approches, mais dans le fond, Freud, tout le monde a envie d’y croire et c’est là qu’est l’os.

Prenons Einstein, le célèbre inventeur des T-shirts «E=mc²». Nonante ans après l’énonciation de la relativité générale, le premier chien avec un chapeau qui en aborde l’étude est averti sur le champ que tout ça c’est bien beau, mais que bon, de nos jours, ça grince comme une vieille charrette à l’échelle des quanta (qui, eux, ne regrettent pas Supertramp). Par contre, l’Inconscient freudien, niet ! Pas une ride, pas une brèche, frais du jour.

L’Inconscient freudien nous a été vendu comme un mythe (retenez bien ce mot), carrossé comme un plan marketing pour les 7-77 ans, profilé pour traverser les âges sans s’éroder. De fait, je prétends que d’avoir tant exploré la mythologie pour enrichir/illustrer/analyser/définir (dans une joyeuse mixité de fonctions) les modalités de l’Inconscient, Freud n’est finalement parvenu qu’à produire un mythe de plus. Le propre du mythe n’est-il pas d’éveiller en nous quelque chose qui nous rappelle à ce que nous sommes vraiment ? Et bien non ! Foutaises ! La «vraie» figure de nous-mêmes à laquelle nous renvoie le mythe est toujours suggérée par le mythe lui-même. Le mythe ne nous définit pas, il nous dit comment être. De même, l’Inconscient (et la clique des concepts y associés) nous définit comme la source de notre mythologie quand en fait nous n’en sommes que les destinataires abusés. Oui des gens ont écrit les mythes pour contraindre d’autres gens à leur perception du monde. D’autres ont écrit des bibles aux mêmes fins. D’autres encore des fables. Et Freud opta pour la psychanalyse.

Je crois beaucoup plus à l’allégorie quantique pour expliquer la mécanique de notre conscience. La psyché, comme les particules élémentaires, est selon moi constituée d’une soupe infinie d’états d’énergie variables en intensité et en nature, dont le mode de fonctionnement est beaucoup plus séquentiel que ne le prétend Freud, friand d’une construction de la conscience par strates, zones et volumes (disons à l’image physique du cerveau). Selon moi, la conscience fonctionne comme une paille qui sucerait un trait rectiligne hors des bouillonnements de notre soupe ego-quantique full options, et qui le décoderait, tel un fil de télex, selon un processus d’apprentissage par résonance à des principes naturels. Notre conscience est un avatar énergétique et n’a en fait qu’un pouvoir très limité sur elle-même. Il n’y a qu’à voir comme nous nous laissons abuser par les mathématiques qui semblent nous décrire un monde ordonné, sensé, alors qu’elles sont un outil créé par nous, à notre image, donc à l’image du monde qui nous entoure, donc en parfaite adéquation avec lui. Notre conscience se subit elle-même, imprégnée avant tout des lois de l’univers et pourtant en appel de formulations sur elle-même, par nécessité gravitationnelle. Tous les troubles de notre conscience sont dus à l’équilibre instable qui réside entre la gravité que nous exerçons sur nous-mêmes pour assurer notre propre cohésion et celle que nous exerçons sur /subissons de la part de notre environnement. Bref, laissez-moi encore une demi-heure et je vous peaufine une théorie absolument impossible à contredire, avec une foultitude d’exemples choisis absolument stupéfiants de véracité. Un truc à faire des adeptes.

Couillonnade de comptoir ? OK, j’dis pas. Mais je vous rappelle que les quelques (rares) expériences cliniques visant à établir l’existence de l’Inconscient sont toutes démontables avec une clef de 8 en carton et que la plus grande étude sur la psychanalyse jamais menée (genre 10-15 ans sur des centaines de cas, je retrouverai les sources) ne permet pas de distinguer les effets de la psychanalyse de l’effet placebo.

Regardez avec moi le ciel. Dans le ciel, les étoiles se distribuent au gré des lois de l’univers. Tout ce que nous voyons est le résultat d’un processus régi par des principes complexes, imbriqués et incorruptibles. Prenez tout ou n’importe quoi, sous tout ou n’importe quel angle : il y a toujours un principe qui détermine chaque chose. Et si intriguant que soit le ciel dans son infinie causalité, il n’a pourtant aucun sens et ne répond à aucune logique. Ainsi allons-nous. En vous remerciant, bonsoir.

16 mai 2006

In memoriam

Ma mère chargea son regard et, la masse critique atteinte, l’abattit sur moi :

- Monsieur Philograph de La Rampe de L’Escalier de La Cave, mon cher fils, je crois qu’en pareille circonstance personne ne tient à connaître toutes les cochonneries qui ont fait leur nid dans ta tête.

Tante Meï se recomposa instantanément une tête d’enterrement. Ça l’amusait pourtant d’apprendre que les deux cent premières branlettes de ma vie furent presqu’exclusivement expalmées à la gloire de sa petite voisine et de ses mirobolants petits «seins». Je mets des guillemets parce que dans mes rêves, je voyais mes deux mains sur ses nichons et ses mains sur les miennes.

Tante Meï, veuve, tout le monde s’y attendait. Mais depuis si longtemps. Dans les faits, elle avait déjà consommé son deuil sur les dix ans qui précédèrent la mort d’Oncle Mia. Deux thromboses, ça peut transformer un ancien marathonien en un mec qui danse le Mia dès qu’il a une idée autre que pipi-caca…

Ma mère a toujours eu l’art de se dédouaner publiquement de mes perversions, z’avez noté ? N’empêche, à l’enterrement de je ne sais plus quelle colatérale qui avait fini diaconesse en Allemagne et néanmoins cirrhosée, j’avais quand même réussi à lui faire dire qu’elle n’aimait pas trop (sic) l’éjaculation faciale (chlick). Ça m’avait fait rire d’imaginer mon père chlickant mon complément, assis sur le girond de ma mère. La révélation ne manqua toutefois pas de susciter l’incompréhension d’une germaine de la défunte qui, d’une rafale palatale teutonne ânonna «Echakulatziaune faziale ?».

Mais revenons à tante Meï. Foutremol, si vous ne me recentrez pas sur mon sujet, n’allez pas encore chialer que ça dure des heures et que tout s’embrouille.

Elle attendit que ma mère s’en alla saluer d’autres consanguins et me glissa :
- Tu vois le beau jeune homme là ?
- Le vieux avec les cheveux gris ?
- Oui. Et bien tu vois sa femme à côté ?
- La brunette avec des petits seins ?
- Oui, pHiLo, comme tu dis, avec des mirobolants petits seins.

Dingue comme il avait bien carrelé ses chiottes, l’Oncle Mia. Rien n’avait bougé. J’ai quand même remis une couche. La deux-cent-et-unième.

11 mai 2006

En regardant “Day dream”

Sécotine : La voix de la fille est magnifique.
pHiLo : C’est parce que c’est un film érotique et pas porno.
Sécotine : Je ne vois pas le rapport.
pHiLo : Ça aussi, c’est parce que c’est un film érotique et pas porno.

8 mai 2006

Le poing de Mohammed Ali dans la gueule à pHiLo en trois bandes

Mohammed Ali affrontit Copmans, qui entraînit Le Bélier, qui m’envoyit son poing dans l’agole.

Et mon piercing y passut.

Et le premier qui dit qu’il l’avait bien dit, j’y reclape sa clape à coup de Bécherelle.

Puis je passe une radio dans quelques jours pour diazieuter mon grill costal afin de savoir pourquoi ça fait grouick jusqu’au bout de mes cheveux quand je ris/éternue/tousse/soupire/applaudis/baise à la missionnaire/en zo voort.

4 mai 2006

Danse avec les hommes

Boxer, cela commence une heure avant l’entraînement par une trouille bienfaisante qui, par abrasion chimique des viscères, lessive mon esprit et m’oxygène le sang.

Ça fouette dès le premier remous d’air, quand j’ouvre la porte, mais je sais qu’un peu de ce fumet est désormais le mien. Cela m’aide à gravir l’interminable escalier collé d’une moquette que le temps et l’air acide ont compressée en un épouvantable linoléum organique.

Banania Koukour m’accueille toujours d’un pouce relevé sous son sourire amovible en Vieux-Bruxelles… le pouce lobant mon regard vers l’horloge qui impose 100 sauts à la corde par minute de retard. Je l’aime ce rite de rigueur qui n’est utile que parce qu’il est non-négociable. La boxe est-elle autre chose que l’art de se propulser au-delà du négociable ?

J’oublie vite les tiraillements de la muscu, les appels en retrait dus à la fatigue, la rage de découvrir mes erreurs dans la douleur, car je boxe pour l’instant où boxer n’est plus un sport.

S’épuise le souffle, en revient un autre, magique et étourdissant. S’affaisse le muscle, la force du désir prend le relais, qui sublime le mouvement par l’économie. Vibre ce que je suis de civilisé, ma vérité nue, chenille au civil, ici papillonne.

Advient alors cet état d’abstraction totale où, prisonniers d’un carré de cordes, deux hommes se prennent mutuellement à témoin d’une course jusqu’au bout d’eux-mêmes. Deux hommes dansent, à qui fera le pas de plus sans tomber. Et l’un de ces hommes, c’est moi.