En lisant les excellents cahiers d’une jeune femme de lettre, je me souviens que j’avais écrit en participation à un jeu de rôles un discours qui, lui aussi, commençait par secouer Freud. Mon rôle était celui d’un conférencier scientifisant à tendance hérétique incertaine avec un haut coefficient charismatique mais doté d’une cote de lourdeur assez pénalisante. Vous voilà prévenus.
Je ne crois pas à l’Inconscient freudien. Freud fraudait, manipulait, falsifiait, détournait. Vous me direz que Galilée en fit autant et que la terre tourne quand même bien autour du soleil.
Mais à bien y regarder, si Galilée pécha de ne pas livrer toutes les conclusions de ses études afin de ne pas finir en torche hérétique, Freud alluma quant à lui un bûcher sous notre civilisation en forçant le trait de ses constats sur l’Homme, en affirmant l’invérifié, en stabilisant l’incertain. La preuve de la manipulation ? Son résultat sur nous ! Plus de 100 ans après l’invention de la psychanalyse, on vous en enseigne encore les fondements sans la moindre critique de fond. Oui, on vous dit bien qu’il y a eu d’autres écoles, d’autres approches, mais dans le fond, Freud, tout le monde a envie d’y croire et c’est là qu’est l’os.
Prenons Einstein, le célèbre inventeur des T-shirts «E=mc²». Nonante ans après l’énonciation de la relativité générale, le premier chien avec un chapeau qui en aborde l’étude est averti sur le champ que tout ça c’est bien beau, mais que bon, de nos jours, ça grince comme une vieille charrette à l’échelle des quanta (qui, eux, ne regrettent pas Supertramp). Par contre, l’Inconscient freudien, niet ! Pas une ride, pas une brèche, frais du jour.
L’Inconscient freudien nous a été vendu comme un mythe (retenez bien ce mot), carrossé comme un plan marketing pour les 7-77 ans, profilé pour traverser les âges sans s’éroder. De fait, je prétends que d’avoir tant exploré la mythologie pour enrichir/illustrer/analyser/définir (dans une joyeuse mixité de fonctions) les modalités de l’Inconscient, Freud n’est finalement parvenu qu’à produire un mythe de plus. Le propre du mythe n’est-il pas d’éveiller en nous quelque chose qui nous rappelle à ce que nous sommes vraiment ? Et bien non ! Foutaises ! La «vraie» figure de nous-mêmes à laquelle nous renvoie le mythe est toujours suggérée par le mythe lui-même. Le mythe ne nous définit pas, il nous dit comment être. De même, l’Inconscient (et la clique des concepts y associés) nous définit comme la source de notre mythologie quand en fait nous n’en sommes que les destinataires abusés. Oui des gens ont écrit les mythes pour contraindre d’autres gens à leur perception du monde. D’autres ont écrit des bibles aux mêmes fins. D’autres encore des fables. Et Freud opta pour la psychanalyse.
Je crois beaucoup plus à l’allégorie quantique pour expliquer la mécanique de notre conscience. La psyché, comme les particules élémentaires, est selon moi constituée d’une soupe infinie d’états d’énergie variables en intensité et en nature, dont le mode de fonctionnement est beaucoup plus séquentiel que ne le prétend Freud, friand d’une construction de la conscience par strates, zones et volumes (disons à l’image physique du cerveau). Selon moi, la conscience fonctionne comme une paille qui sucerait un trait rectiligne hors des bouillonnements de notre soupe ego-quantique full options, et qui le décoderait, tel un fil de télex, selon un processus d’apprentissage par résonance à des principes naturels. Notre conscience est un avatar énergétique et n’a en fait qu’un pouvoir très limité sur elle-même. Il n’y a qu’à voir comme nous nous laissons abuser par les mathématiques qui semblent nous décrire un monde ordonné, sensé, alors qu’elles sont un outil créé par nous, à notre image, donc à l’image du monde qui nous entoure, donc en parfaite adéquation avec lui. Notre conscience se subit elle-même, imprégnée avant tout des lois de l’univers et pourtant en appel de formulations sur elle-même, par nécessité gravitationnelle. Tous les troubles de notre conscience sont dus à l’équilibre instable qui réside entre la gravité que nous exerçons sur nous-mêmes pour assurer notre propre cohésion et celle que nous exerçons sur /subissons de la part de notre environnement. Bref, laissez-moi encore une demi-heure et je vous peaufine une théorie absolument impossible à contredire, avec une foultitude d’exemples choisis absolument stupéfiants de véracité. Un truc à faire des adeptes.
Couillonnade de comptoir ? OK, j’dis pas. Mais je vous rappelle que les quelques (rares) expériences cliniques visant à établir l’existence de l’Inconscient sont toutes démontables avec une clef de 8 en carton et que la plus grande étude sur la psychanalyse jamais menée (genre 10-15 ans sur des centaines de cas, je retrouverai les sources) ne permet pas de distinguer les effets de la psychanalyse de l’effet placebo.
Regardez avec moi le ciel. Dans le ciel, les étoiles se distribuent au gré des lois de l’univers. Tout ce que nous voyons est le résultat d’un processus régi par des principes complexes, imbriqués et incorruptibles. Prenez tout ou n’importe quoi, sous tout ou n’importe quel angle : il y a toujours un principe qui détermine chaque chose. Et si intriguant que soit le ciel dans son infinie causalité, il n’a pourtant aucun sens et ne répond à aucune logique. Ainsi allons-nous. En vous remerciant, bonsoir.