Archive du mois de janvier 2006

29 janvier 2006

Ground zero

Mercredi.

Le Tondu m’envoie au parquet, paralysé pendant 45 secondes, d’un direct au plexus. L’impression est fabuleuse de contradiction : le choc provoque par réflexe un appel d’oxygène tandis que la douleur thoracique avorte toute tentative de respiration. La douleur, ça se négocie. Le manque d’oxygène aussi. La combinaison des deux, par contre, ça devient vite flippant. Je me doute bien que d’ici quelques dizaines de secondes, il sera moins suppliciant de solliciter ma poitrine pour reprendre une bonne bouffée d’air, mais aurai-je résisté à l’asphyxie d’ici là ? D’autant que je ne parviens pas à cracher mon protège-dents et que les édentés qui boxent avec moi ne se souviendront pas que je porte cet accessoire de gonzesse avant que de lire mon rapport d’autopsie dans le journal.

J’y vais à l’optimisme, je me laisse doucement glisser vers la suffocation en essayant de me calmer. Ironie suprême de l’Homo Gregarius, je sens que je dois lutter pour ne pas participer aux gloussements hilares qui montent autour de moi.

Tandis que cette joyeuse rumeur se fait de plus en plus sourde, mon corps choisit pour moi d’inspirer à travers tout. Y’a un crouic sourd qui tonne dans mon sternum. A cet instant, je crois que je gueule et ris et pleure à la fois : tout ce qui force l’admission d’air dans mes poumons se met en branle.

- Non mais, sans déconner, t’as eu vraiment mal ? demande le Tondu.

Moi, je regarde ces 45 secondes de pur délire anaérobique et je me dis que je viens d’apprendre un truc vital : la rigole entre les pectos qui colle du «Waow !» aux lèvres des filles, faut la protéger des mecs furieux !

- C’est du mal qui ne fait pas que mal, je réponds.

***

Samedi.

Je retrouve le Tondu face à moi. On se tapote les gants. C’est parti.

Après quelques bugnes de mise à distance, je m’incline comme pour lui retourner sa vacherie au plexus. Il se protège des coudes, je me redresse à la va-comme je-frémis et lui chope un mandibule sur un uppercut allongé sauce pHiLo. Gniuak ! que ça claque. A terre le Tondu, tout raide !

Un sentiment tout en contraste m’infiltre, fait de gravité, de jubilation et de compassion. Un mélange de chiennerie et de mièvrerie aussi inavouable l’une que l’autre.

- S’cuse moi, s’cuse moi, s’cuse moi, que je fais.
- Et en plus, il fait le malin parce qu’il est débutant, qu’il grogne, un peu vexonné (si j’ose ce raccourci).

Il paraît qu’il faut au moins trois mois de boxe pour cesser de s’excuser à chaque fois qu’on claque un adversaire un peu sèchement.

Avec ses sourcils qui râlent, son front qui perle et ses yeux qui tremblent, le Tondu, je le trouve magnifique.

23 janvier 2006

Aux gros

Dardanelle se réveilla avec une casquette de plomb. Moi, à vue de nez, ça faisait dix-dix minutes-minutes que j’hésitais entre sniffer une ligne d’Alcaïne-Selzeroïde et me plonger la tête sous la chasse des jocks pour récupérer l’usage non convergent de mes yeux.

- Aïïïe, merde, pHiLo ! Faut absolument que j’envoie mon mail avant 10 heures, tu veux pas me le finir ? C’est super important !
- Ça ne va pas aller, je suis à plat, là ! me désistai-je.
- Tant pis, lamine ! Je t’en supplie, il faut que ça parte avant 10 heures.

Elle dit «Outlook», elle grommela «brouillon» puis elle ajouta des sons qui tenaient du bug dans un soft de synthèse vocale, avant de retourner ronfler à bras raccourcis.

Le mail, c’était un truc du genre : «Madame, suite à l’annonce… futur magazine sur l’obésité… ma candidature… voir le billet d’humeur demandé en pièce jointe». En pièce jointe, l’œuvre à finir comprenait en tout et pour tout cinq mots bien recomptés : «Aux gros qui sont gros». Avec pour instruction de laminer, voici le billet d’humeur que j’envoyai.

« Aux gros qui sont gros parce qu’ils ont de gros os ;
Aux gros qui sont gros parce qu’ils ont un truc spécial qui fait que quand ils mangent un kilo, et ben ils en prennent deux ;
Aux gros qui sont gros parce que dans la famille tout le monde est gros, c’est génétique ;
Aux gros qui sont gros parce que leur tyroïde fait que ;
Aux gros qui sont gros parce qu’ils ont connu un grand traumatisme qu’on comprendrait pas même si on nous l’expliquait, tellement c’est compliqué ;
Aux gros qui sont gros parce qu’ils ont une maladie orpheline qui les rend gros ;
Aux gros qui sont gros parce que leur personnalité serait à l’étroit dans un corps mince ;
Aux gros qui sont gros parce que la vie est comme ça, qu’il faut des minces et des gros et que c’est tombé sur eux, pas de bol :

Hey ! je veux bien, moi. Mais tout le monde le sait que vous êtes gros parce que vous mangez trop. Et dans le fond, on s’en fout. D’ailleurs, moi, j’adore les gros, surtout quand ils doumdoument, tout rougeauds, pour attraper le bus : ça me fait marrer, vous pouvez pas savoir…

C’est pas parce que j’ai peur d’être grosse ;
C’est pas parce que je suis une grosse qui s’ignore ;
C’est pas parce qu’on a diabolisé les gros quand j’étais petite ;
C’est pas parce que notre société occidentale valorise un modèle unique de beauté ;
C’est pas parce que mon QI dépasserait à peine mon BMI…

C’est parce que je suis cruelle. Comme vous, même entre les repas.»

Lorsqu’elle lut ce billet signé de son nom, elle émit de sérieux doutes quant à son avenir dans la presse psycho-médico-diétético-opportuniste. Essayez voir, vous, de vous concentrer quand vous tapez sur un clavier AAZZEERRTTYY.

20 janvier 2006

Manipulation et demi [edit]

Voilà, vous le savez à présent : Brad-Pitt Deuchfalh, c’était moi… Je suis sûr que vous me pardonnerez ce tout petit mensonge.

[EDIT] Bon, allez, fini la rigolade ! Si vous lisez précisément ce qui précède en ne vous fiant qu’à la grammaire, vous comprendrez que JE NE SUIS PAS Brad-Pitt Deuchfalh : “mensonge”, vous savez lire, oui ou non ?

16 janvier 2006

Relents

Sécotine : Avec son haleine de mouton, il pourrait tricoter un pull.

15 janvier 2006

Déclaration cryptée

Le magnétron d’avant concluait la cuisson par un «tinnng», le même que celui des timbres d’hôtel. Il ne sonnait pas, il me sonnait, comme on sonne un valet. Celui-ci, il fait «bi’bi’bip», comme les thermomètres électroniques. Autant le «tinnng» me crispait de doutes, autant ce «bi’bi’bip» m’inspire l’appétit.

- Hmmm, c’était bon, ça m’a fait un bien fou ! proclame Sécotine.

Le fornicathon, l’heptacoïthlon, le quatre-fois-s’en-mettre, et toutes les disciplines olymgasmiques, je ne crache pas dessus. Mais qu’y a-t-il de mieux qu’un petit septième ciel fougueux bricolé dans les effluves d’un pousse-café ?

- Bi’bi’bip, fait le four.

J’en extrais 24 serviettes fumantes et parfumées au jasmin, format 20×20cm, que je déploie aussitôt sur le corps nu de Sécotine, en évitant le mont de Vénus.

- J’ai réservé l’avant-dernière pour ton visage, dis-je.

Je pose la dernière sur mon majeur érigé, j’enfile une capote par-dessus et, d’une phalange délicate, je lui en pousse trois petits centimètres dans la chatte.

Sous le voile blanc collé à ses paupières, je vois en ombre ses yeux rouler à l’abandon.

Plus tard, emballée dans son peignoir en pilou, Sécotine aligne ses sourcils en un trait, pour s’empêcher de sourire :

- Tu es fier de ton coup, je le sais…

Je lui dis qu’aimer est un art baroque.

Et la voilà qui entonne un air d’Orfeo, de Monteverdi.

11 janvier 2006

Le diamant cathodique

Rien que pour cela, je la baiserais.

Je m’installe d’une fesse sur une pile de chaises branlante de sorte qu’à la question «Est-il assis ou debout ?», la réponse ne saurait être que «oui». Je croise une jambe comme pour aller craquer virilement une allumette contre ma semelle, sauf que je délace mon godillot.

Vous avez deux minutes ? Je me suis acheté une paire de Camel Active, des vraies pompes qui coûtent cher, même à 50% chez Pécasse pour cause de déménagement. C’est des pompes, tu te sens tout entier bien dedans alors que tu n’y mets que tes pieds. C’est marrant d’ailleurs, quand on y pense, ce qu’on peut se sentir bien de partout rien qu’en rentrant de petits bouts de nous aux bons endroits. Donc ces pompes, à l’intérieur, il y a une doublure matelassée d’un cuir fin comme les feuilles à pétard Riz La Croix Original. À la main, c’est juste doux. Au pied nu, itou. Mais dès que tu y mets ton pied en chaussette, ça te fait un massage prostatique du karma pédestre au niveau du vécu, un truc de science-fiction ! Tu regardes le trou de ta chaussure, il est inscrit en alphabet euclidien que ton pied n’y passera pas sans que Pi s’en prenne un grand coup dans l’R carré, tu approches ton pied et slurp ! la pompe te le phagocyte. C’est mieux qu’une seconde peau, c’est un baume sous-cutané. Imaginez-vous un gland de la taille d’un pied (je chausse du 43 et demi), avec la même résolution sensitive qu’un clitoris, sucé par un mammouth angora (complètement édenté) croisé ourobouros. Ben pour ces pompes, vous faites fois deux sur l’échelle de Richter.

Tandis que je délace mon second godillot (vous vous souvenez, la pile de chaises, la pose John Wayne, tout ça, ça y est ?), je vois ce petit brin de brunette qui se lèche un doigt pour en ôter un gros reflet en zirconium monté sur platine et parfaitement accordé à ses petites cernes de fille de 25 ans qui zappe jusqu’au télé-achat.

Une beauté de légende urbaine, cette fille. Trop belle. Le genre belle à connard, ça vous situe ? Pas qu’elle le cherchera elle-même, le connard. Il lui tombera dessus comme une tique, c’est sûr. Et je dis ça au futur parce que si c’était déjà fait, il serait là, encroqué à elle, douanant les œillades sur les 35 centimètres de cuisse blanche qu’elle dénude pour se résiller en Dim brun.

Passe ensuite le temps qu’il faut à deux regards inconnus pour tolérer de se mélanger aussi profondément que le souffle et la voilà qui accepte un tango plus compact. Il y a moyen de sortir tout son tango sur un mètre carré libre qui se déplace au hasard sur une piste. Et moi, le tango rassemblé, j’aime ça.

À l’instant où je scanne l’alentour afin de vérifier que nous pouvons déployer un peu de lyrisme, je note que la bague en diamant cathodique est désormais enfilée sur l’un de ses doigts de pied.

Et pour cela, bande de petits pâlots, rien que pour cela, je la baiserais.

8 janvier 2006

Ce soir, au-dessus de chez moi

…la lune fricote avec Mars.