Archive du mois de novembre 2005

25 novembre 2005

“5 films érotiques”

Merci à Mactuitui de me refiler ce gangrèstionnaire que j’aurais envoyé péter sans ménagement s’il ne me donnait l’occasion de placer cette petite annonce :

-Je recherche tout Divx de porno antérieur à 1970 (ou postérieur mais en noir et blanc alors). Inutile de me dire où les chercher, je voudrais les recevoir de quelqu’un qui les a.
-Je recherche tout Divx de porno russe en v.o.
-Je recherche un film qui s’appelle Kung Fu Sexcrime, probablement tourné à Hong-Kong dans les années 80.

Tous à vos mains et à vos jus à présent :

Kung-Fu Cockfighter (1976)
Le joyau le plus rare de ma collection, en v.o. mandarin. Du kung-fu et du sexe avec la naïveté désopilante de l’expressionnisme hong-kongais des années 70. Pas bandant à proprement parler mais poilant et plein de bonnes idées. Je suis persuadé que Hulk, dont la série commença une année après la diffusion de ce film en est tout droit inspiré. La phase de transformation de Hulk est la réplique à peine améliorée de la phase d’érection de Kung-Fu Cockfighter. J’adore l’idée du mec qui craque son froc en bandant…
Super imaginatif :
- Pénétrations vues de l’intérieur de la chatte (trucage par maquette caverneuse en carton pâte ou un truc comme ça).
- Lors de la pénétration, la bite de KFCF envoie des éclairs et le tonnerre gronde, ça fait rêver.
- Ejaculation sous pression (trucage au tuyau d’arrosage ou un truc comme ça).
- Une chatte qui émet des signaux lumineux (trucage au godemiché-lampe de poche ou un truc comme ça).
- Une chatte qui lance des objets contondants (trucage par montage rapide).

Apple Knockers and the Coke Bottle (1949)
Film dont la populosphère se complait aujourd’hui encore à croire qu’il est le porno de Marilyn Monroe alors qu’il fut en fait interprété par Arline Hunter, qui devint playmate de Playboy quelques années plus tard. Il n’empêche que ce court film (un quart d’heure à tout casser) est particulièrement édifiant. Un gringalet rachitique qui n’a pas dû boire son huile de foie de morue quand il était petit est assis sur un divan. Une femme s’approche, se fout à poil. 69. Pénétration missionnaire. Levrette. Branlette espagnole. Ejaculation pectorale. Et enfin le mec la caresse. Ravie (je suppose), la femme s’en va chercher UNE boisson, qu’elle ramène sur un plateau, pour le mec. Le porno d’aujourd’hui n’a pas fondamentalement révolutionné le genre, pas vrai ?

Caligula (1979)
Peplum porno absolument exceptionnel. À montrer dans les écoles au cours de civilisation latine tellement le fait historique y est bien illustré et attrayant. Il s’agit donc de la véritable histoire du règne de Caesar Caius Caligula qui, entre autres joyeusetés qui attisèrent la colère du Sénat, se tapait toutes ses sœurs (quand il ne les prostituait pas à sa cour) et fit même de l’une d’elles, Drusilla, son épouse de fait, après l’avoir enlevée à son mari, Lucius Cassius Longinus. Et je vous passe sa passion pour la copulation hippogyne.

Deepthroat (1972)
Le premier vrai grand film porno (long métrage au format 35mm) avec diffusion internationale dans des salles commerciales classiques. En fait, il y en eût un autre avant mais qui se souvient de «Behind the green door» avec Marilyn Chambers ? Deepthroat fut à l’origine directe de nombreuses polémiques –sur le classement officiel des films, sur la censure, sur la moralité, sur la liberté d’expression, etc.– qui secouèrent le Sénat américain lors du passage de Ford à Carter. Les scènes d’engorgement profond ne sont pas scabreuses pour un poil (pas de vomissements, pas de forçage de la part du mec). Notez que Linda Lovelace a touché 1000 dollars pour ce film qui reste à l’heure actuelle, le film le plus profitable (gain/investissement) de toute l’histoire du cinéma mondial. Par ailleurs, après avoir revendiqué haut et fort le droit à la libération et à la pornographie, Linda Lovelace s’est complètement rétractée et a rejoint un mouvement féministe anti-porno, révélant qu’elle avait été exploitée et abusée pendant toute la période d’effervescence du film.

Toute la vague des remakes porno de films pas porno (fin 80’s)
Du genre RamboX, DallaX, Fucked with the wind, Some like it XXX… des trésors qui dorment en VHS dans les video-clubs en attendant qu’un érotomane passionné les balance sur internet.

Tous les pornos d’avant 1960
Après 14-18, les bordels de campagne s’étant disséminés et sédentarisés jusque dans les provinces, on a vu se développer une gamme importante de matériel à connotation érotique et notamment de courts extraits filmés de scènes de copulation destinés à divertir ces messieurs lors des soirées en maison close. Tous ces films sont empreints d’un caractère libertin bon enfant et d’un brin de subversion. Mais le genre est assurément né dès que le premier libertin (fortuné) eut une caméra dans les mains, c’est à dire dès les origines de l’image animée puisque l’on sait que bon nombre de systèmes cinématiques rudimentaires (avant le cinéma des frères Lumière - 1895) montraient déjà des actes sexuels explicites. Parfois on rencontre des perles d’imaginitativité tant du point de vue fantasmatique que dans la mise en scène. Je prétends d’ailleurs que le montage alterné convergent (juxtaposition de deux actions simultanées se tenant dans deux lieux différents et dont les protagonistes finissent par se retrouver en un même plan) n’a pas été inventé en 1901 dans “Stop the thief” (premier film de poursuites) puisqu’un film anonyme de 1900 montre une scène de copulation entrecoupée d’inserts dans lesquels on voit un mari qui rentre manifestement chez lui et qui finit par se retrouver là où sa femme baise. À signaler également qu’à cette époque, le schisme entre pornographie homo et hétéro n’avait pas encore opéré, ce qui permettait bien plus de figures artistiques qu’à présent.

Dans les modernes, il n’y en a que quelques uns qui retiennent mon attention pour leur caractère innovateur. Genre la série des College Fuck Fest. J’aime le concept de The Van aussi (repris par the Bang Bus) mais tous ces trucs virent toujours à porno bas de gamme sans imagination par emballement commercial… Le fantasme communicatif est finalement une sauce rare.

23 novembre 2005

Ma première leçon

- À la française, tu peux faire ceci.

J’esquive.

- À la thaï, tu peux faire ceci aussi.

J’esquive aussi.

- Mais tu vois, envoyer ta jambe valdinguer du côté de l’adversaire, c’est bon pour faire peur à un singe, ce n’est pas un mouvement instinctif. Il faut du temps pour installer ton coup et chaque parcelle d’énergie que tu envoies vers l’adversaire, tu dois la retrancher à l’opposé pour te rééquilibrer. Résultat, tu te gaspilles.

Il cause, il cause et je sens gros comme un étron barbelé accouché de mon cul au treuil à vêler qu’il me mijote un crochet du droit. Il va me bourrer dans le pif mine de rien mais je vais esquiver comme un chef, un peu en arrière, un peu sur le côté, puis je vais me remettre en station et lui travailler les côtes en collant ma tête sur son épaule.

- Par contre, qu’il poursuit, dans la boxe anglaise, tu glorifies le meilleur de ce que la nature t’a donné : la force et la vitesse, l’endurance et la précision, la noblesse du mouvement et l’instinct de l’esquive. C’est un art que tu sentiras prendre corps en toi, en apprenant. Et apprendre, c’est quelque chose de très humble. Rien à voir avec ton attitude depuis 15 secondes…

En champion mi-lourd de la mauvaise foi, je me tricote un sourcil en point d’interrogation et me bricole une moue de touriste japonais à qui l’on demande l’heure en bochiman.

- Mortiquet ! qu’il poursuit. Tu nies, en plus ! Ça fait 15 secondes que tu te prépares à faire le malin en esquivant un crochet du droit que je n’avais même pas prévu de t’envoyer. Tu vois, ça, ce n’est pas une bonne manière pour apprendre. La preuve, c’est que je vais consentir à te l’envoyer et que tu vas quand même te la prendre. Ne sois pas étonné, ça va claquer très fort sur ta joue : les pattes d’ours que j’ai aux mains, normalement, c’est fait pour que tu frappes dedans, mais ça convient également pour administrer des gifles pédagogiques. Ça va te sonner un peu, tu vas sentir la moitié de ta tête qui pulse mais y’aura pas de dégâts, je te le promets. Vu ?

Je fais que vu. Il lance son crochet du droit.

Trouuufiooon ! J’ai le temps de me démaquiller avant de me déhancher : un petit coup de buste en arrière, un hochement à gauche et me voilà prêt à lui montrer de quelle nitro je me chauffe. Sauf que.

Y’a ce drôle de bruit qui me revient en écho des murs : CLLLAC-AC-Ac-ac, ça fait. Le plus étonnant, c’est le silence qui suit… et cette sensation qu’une moitié de ma gueule s’est transformée en pompe à migraine.

J’y avais bien pensé à la feinte du droit suivie du gauche, mais je vous assure qu’au moment où je l’ai prise dans le portrait, sa main gauche était toujours au repos, à un mètre au moins. Sans blague ! ça doit pouvoir s’expliquer : il y a bien des moutons à cinq pattes, pourquoi pas des profs de boxe à trois mains ? Une patte d’ours ne peut pas se trouver en même temps à un mètre de moi ET en compresse serrée sur mon profil, vous conviendrez ! Ou bien, il y a eu un phénomène d’ubiquité quantique conjointe des particules élémentaires de sa main. Je ne sais pas moi, je cherche une explication simple.

Je m’en vais rassembler mon équilibre dispersé aux quatre coins du parquet et me replante face à lui, débarrassé de cette tension qui m’animait, assuré qu’il est bel et bien le plus fort et que je désire lui confier le soin de percer en moi ce monde qui n’en peut plus d’être vierge.

Le tango m’appris à transcender le face-à-face, à discipliner mes attitudes, à prendre possession d’une rencontre, à me positionner pour deux dans un lieu. La muscu m’a appris l’ivresse bien ordonnée de l’effort sur moi-même et l’appel de mon corps à faire circuler l’oxygène.

La boxe, je m’en ferai ceci : un tango avec des kmfff-kmfff qui sortent du nez. Ce sera magnifique.

17 novembre 2005

Al agua pato

Dans la zone d’attraction de mon cœur gravitent quelques pas nettes. Il est ainsi l’une ou l’autre Vénus dont je connais l’équation du temps, les paramètres d’orbite, le taux d’excentricité et les tendances à l’obliquité. Et si d’aventure une comète passe sous ma ceinture de Kuiper pour venir s’éventer les glaces dans un virage serré, je ne conçois mon système solitaire que dans la variation équilibrée des distances à mes repères du crépuscule.
Je tiens, je vous l’avoue, ma sensualité pour l’énergie sombre de mon référentiel, ce poids qui se défile à ma pesée mathématique, manque à ma théorisation et pourtant me travaille jusqu’à la plus intime profondeur.

Ouipe. Je me disais ça, l’autre matin, en coinçant entre mes cuisses recroquevillées la trique qui me sert de sonnerie au clairon. Un autre truc que je me disais c’est que Kim est émouvamment jolie quand elle se lève et qu’elle me dit que tout compte fait, je peux la baiser quand je veux.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des filles qui ont la chair de poule dans une douche à 45 C° ?

10 novembre 2005

10/10, élève appliquée

Le type bourre un grand coup de chariot dans les genoux de F. et continue son parcours chèque-repas dans le magasin sans la moindre excuse.

F. a grandi assise sur une chaise, les mains en V sous les milliers de V de la littérature française et espagnole. La socialisation, elle a arrêté, comme d’autres arrêtent de croire en Dieu, à l’âge où l’on est encore impressionnable par la Comtesse de Ségur. Par socialisation, entendez tout mécanisme de standardisation des réactions et des pensées d’un individu en vue de sa stabilisation dépassionnée dans un environnement donné.

En d’autres temps, F. aurait planté là ses courses, elle serait rentrée dans son colombier, elle aurait gribouillé deux heures une lettre qu’elle aurait placée, le cœur allégé, dans son sac, en attendant qu’un jour, le temps qu’il faille, elle croise à nouveau le chauffard de caddie et lui tende la missive en disant «Monsieur, vous lirez cela !». De sa calligraphie autoritaire, la lettre commencerait, j’en mets mon paf au feu, par : «Monsieur le malappris !»

Mais, voyez-vous, il m’est un jour apparu que l’une de mes missions sur cette terre, dans la catégorie des travaux de mélange oléo-aqueux, consisterait à acclimater F. aux temps modernes.

Lors d’une précédente leçon, je lui apprenais que nos contemporains concentrent leur perception de l’univers (matériel ou social) sur l’obsession du rapport de cause à effet, et que plus les effets sont différés, plus chacun s’estime en droit de les nier. D’autre part, lui précisais-je, dans le cas de la frustration sociale, l’immédiateté de la réaction favorise souvent l’expression d’un lyrisme libérateur.

Gonflée à bloc par le rappel que je lui fais de ce dernier enseignement, elle rattrape l’Alesi de supermarché, pose noblement sa main sur son épaule (c’est un courage que peu de gens auraient, croyez-moi) et lui assène :

- Malappris d’ta mère.

5 novembre 2005

Marion, la petite terroriste tricoteuse

Aujourd’hui, Marion, la petite terroriste tricoteuse, s’est rendue au magasin de laine pour acheter tout le matériel nécessaire à l’élaboration d’un étui à bombe. La laine qu’elle a choisie est mauve, jaune, verte et rose, comme le ciel quand il est gris et qu’on le colorie soi-même. C’est qu’elle est très coquette, Marion, comme toutes les petites filles de son âge.

A l’école, chacun la craint, Marion. Lorsqu’elle approche un de ses camarades, il devient tout pâle et tout froid et ça lui donne envie de faire pipi, car nul n’ignore ce que Marion dit aux enfants qu’elle aborde : «Dépêche-toi… Un jour, toi aussi tu me le donneras…».

Le dimanche, lorsque tous les enfants de son école vont à l’église ou au football ou à la piscine ou au jardin, Marion prend sa petite cruche au bout de son bras et s’en va faire le tour du village. Lorsqu’elle croise une grande personne, elle lui demande : «Bonjour Madame, bonjour Monsieur, avez-vous quelque chose pour moi ?». Les grandes personnes s’enfuient quand elles entendent cette question. Elles aussi, ça leur fait peur.

Pourtant, on en a vu, parfois, qui ne fuyaient pas, ou plutôt qui ne fuyaient plus, qui restaient devant cette coquette petite fille que personne n’aime et qui finissaient par déposer dans sa petite cruche ce qu’elle réclamait. Dans le village, chacun croit savoir ce qu’il y a dans cette petite cruche, mais chacun espère se tromper, c’est pour cela que personne n’en parle.

Hier, dimanche, en revenant de sa promenade au village, Marion constata que sa petite cruche était enfin pleine. Elle s’enferma dans sa petite maison où personne ne l’attend jamais, ôta le couvercle de la cruche et passa la soirée à en écraser le contenu pour en faire de la poudre. Elle perça ensuite un trou dans le couvercle, y fit passer une mèche et le replaça, scellant ainsi sa mystérieuse petite bombe.

Aujourd’hui, de retour du magasin de laine, elle a tricoté un étui tout coloré pour sa bombe. Le soir venu, elle est allée sur la place du village, elle a posé sa petite bombe tout au milieu et elle a allumé la mèche.

Tout le monde a entendu l’explosion. Toutes les maisons ont tremblé. Les grandes personnes et les enfants ont mis leurs mains sur leurs oreilles, comme pour se protéger une dernière fois de la vérité.

Demain lorsque la fumée grise de le bombe sera complètement absorbée par le gris du ciel, il retombera un peu partout des petits morceaux de couleurs, légers comme du fil, insaisissables comme l’avenir.

Et nul doute que dimanche prochain, lorsque la petite terroriste tricoteuse repassera dans le village avec une nouvelle cruche à remplir, on se pressera désormais nombreux auprès d’elle pour lui céder les petits morceaux séchés de nos cœurs que nous croyons avoir hérités encore frais de l’enfance mais qui nous gangrènent d’émotions inutiles, de nostalgies faussées et autres régressions pathétiques.

Car Marion sait qu’avoir un cœur d’enfant est une torture inhumaine et que tous nos rêves d’enfants nous furent prescrits par un monde d’adultes frustrés, inadaptés aux autres et à eux-mêmes, culpabilisés de n’avoir jamais trouvé les clefs de leur propre libération.

Si vous l’écoutiez, Marion, vous sauriez que les enfants n’ont qu’un seul rêve. Devenir grand.

[Et ici, il y en a une qui se dit : « Mais quel embigoudé ce pHiLo, elle est à moi et rien qu’à moi Marion, la terroriste tricoteuse». Et Ô combien a-t-elle raison puisque ce conte adultin m’est venu en flash à lecture des quatre mots bleus issus de ce post et qu’en plus je me suis servi sans lui demander son avis.]