Le ruban rose

- You don’t have something more…
Sécotine s’interrompt, tourne vers moi son sourire d’ingénue, me demande comment on dit «salope» en anglais puis reprend :
- You don’t have something more… «slut» ?
La vendeuse opine de toute sa blondeur batave et saisit dans le rayon une grande boîte en carton riche, cerclée d’un ruban rose. Lorsqu’elle qu’elle fait monter le cuir sur les mollets de Sécotine, celle-ci me glisse :
- T’as les dents qui se crispent, mon chou, la demi-lèvre que tu mords va ressembler à un vieux pneu.

La soupe gratinée aux oignons de chez Pieke Potloed à Maastricht, j’en ai parlé au tire-charrette qui vendait son bouillon infernal devant le zoo de Pékin, j’en ai parlé à la tenancière du Potach’ Club de Paris, j’en ai parlé au gérant de la Sopa Cabana d’Almeria, j’en ai parlé au gros poilu du Bar à Soupe de Bruges : pas une papille réceptive à l’extase cosmique d’une bonne soupe ne s’est trouvée sur mon chemin sans que je lui conte la magie du jus philosophal de chez Pieke Potloed.
- T’avais raison, dit Sécotine, cette soupe, c’est un aboutissement du genre humain.
- Ouiche, dis-je distraitement, un aboutissement…
Vous n’avez pas l’air de percuter. Hé, ho ! Ça vous écouillerait de fermer votre cession MSN avec LolaCam95c pendant que je vocalise ? Je suis en train de vous expliquer que je décante un consommé de You Koun-Koun aux côtés de la Reine de Saba et que j’ai la tête qui roule ailleurs.
Les nouvelles bottines de Sécotine sont là sur la banquette, dans leur écrin, à 114 centimètres de ma main. 112 à présent, devinez qui a fait le premier pas.
D’une brève inflexion de la tête désignant sa propre oreille, Sécotine, premier prix de nano-pantomime, me somme de justifier mon manque de répondant.
- Tu finis ta soupe, tu prends tes bottes et tu viens, que je chevrote. Tu vas comprendre.
- Mes fesses, qu’elle rétorque, je vais en prendre pour mon grade, plutôt !

Sont pas chiants les Hollandais, puis ils comptent en Euro comme nous. Une suite grand chic pour deux heures chrono, ils acceptent de négocier.
Sécosette fait son bestiau qu’on pousse à l’abattoir, voir si je me démantibule devant le groom. Mais je bourre franco : bouge de là, reste pas dans la porte, laisse passer le monsieur… Dès qu’il a le dos tourné, elle se lâche en clowneries. Je vous avoue honnêtement qu’à ce stade, je ne rigole plus : quand ma bite prend trop brutalement le commandement des opérations, mon flegme vole aux fers.
Le Spirou nous laisse à l’étage, fournit d’une paume bien plate la direction et la clef de la suite et rend à Sécotine la boi-boi, la boi-boi, la boi-boîte.

La porte fait swîîîpf et s’ouvre à 45 degrés.
- Palace ! qu’elle miaule, Sécotine.
- Mets-toi là, je règle le flash pour le contre-jour.
- La balance des couleurs sur une carte à moitié orange, ça promet, ironise-t-elle, qui en connaît un brin sur la synthèse additive des longueurs d’onde.
- Tais-toi et ôte ton chemisier, je te prie.

- A présent, tu quittes tes pompes et ton pantalon et tu enfiles les demoiselles noires.

Les scènes de cul, dans le fond, ça se raconte mal. Faut éviter à tout prix les rafales de superlatifs alors qu’en vrai, baiser, c’est justement ça : aligner des points d’orgue, les cycler, les rythmer, s’en assouvir par l’excès.
Sécotine a dansé où je lui ai dit de danser. Elle m’a chevauché comme je lui ai dit de me chevaucher. Elle a claqué son cul sur moi comme je lui ai dit de le faire. Et il me fallut passer par deux fois au yaourt avant que d’assurer un retour de galanterie.
Dans la baignoire, Sécotine écrasa son nez contre ma joue et me mâchonna le lobe en chuintant :
- Et ben ! On en reprendra de cette soupe !


