Archive du mois de avril 2005

4 avril 2005

Belle des champs

Elles sont énormes, ces mouches bleues. Prenez votre gros doigt de pied, peignez-le en nuit d’été et collez-y des ailes de chauve-souris, ça vous fera un idée. énormes, je vous dis. On dirait des corbeaux-nains. Puis quand ça décolle, il y a un drôle de flottement… Elle sautent en l’air pour s’arracher à la gravité mais le temps de flap-flapper à plein régime, elles retombent presqu’au point d’envol, en recroquevillant leurs grandes guiboles poilues pour ne pas toucher. Des mouches au gasoil !

Avec la grâce d’un sac de ciment abattu au sol du haut de l’épaule, une éclaireuse de la nuée vrombissante se pose sur le rein de Manon. Un gant caoutchouté vient tout juste de le consigner dans un bocal trouble. Flatch ! L’intrus évite de peu la douche au formol.

Une escadrille de repérage fait son Vol du Bourdon version drum’n bass autour des inguinaux de la belle, déployés sur un champ inutilement stérile.

Oh, c’est à présent une côte que l’on vient de sectionner à la pince de boucher. Et je vois que l’on prépare le trépan.

Moi, je me décide enfin à faire mon chemin dans la curée des dépiauteurs, à travers l’essaim vibrant, pour venir carotter à coups de dents, le petit grain de beauté, tout près de l’œil de Manon.

En me brossant les dents, je me dis : “Putain, quel con… j’ai même pas pensé à fourrer ma queue dans ses entrailles”.

2 avril 2005

Bouquinogloserie

Ayant mis plusieurs mois à répondre à mon foutu questionnaire de pHiLoGrApH, vous n’imaginez pas à quel point je dus faire preuve d’abnégation pour me prêter au jeu de celui-ci, tansmis par Anne Archet.

Combien lisez-vous de livres par an ?
Depuis que j’appelai le curé de mon village au matin de mes 12 ans pour lui signifier qu’il pourrait se coller ma confirmation au saint-cul, je lis en boucle la collection complète de San-Antonio à la cadence inaltérable d’un demi par matinée dominicale. Avec Tom Sharpe, San-A est le seul auteur capable de me faire pouffer aux éclats plusieurs fois par bouquin. La littérature n’a de sens que pour ce qu’elle produit. Si un livre ne me fait ni rire ni bander, il faut alors qu’il m’apprenne quelque chose.
Je lis également toute la littérature des 18 et 19ème dont les droits sont tombés dans le domaine public et que l’on trouve gratuitement au format ebook-pdf. Impossible de dire combien j’en lis car je m’y tiens rarement d’un bout à l’autre : je n’y cherche que de quoi étayer une petite théorie personnelle sur la pudibonderie que je ne vous ennuierai pas à exhiber ici.
Enfin, je dévore tout ce qui touche à l’astronomie du point de vue pratique, théorique et historique d’une part et aux diverses techniques qui intéressent la lutherie d’autre part. Comptez deux à trois de ces ouvrages techniques par mois. Les bonnes années, en remettant bout à bout tous ces morceaux que je picore, ça cartonne à 40-50 bouquins grand max.

Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
Energie noire, matière noire, Michel Cassé, Odile Jacob, 2004. Commenté plus bas.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
Mes hommages à la donzelle, San-Antonio, Fleuve Noir, 1952. Fini ce matin pour la… pffff, c’est un de ceux que j’ai le plus lus, je ne compte même plus. Un des plus “cinématographiques” à mon goût. C’est, je crois, le quatrième ou le cinquième de la série des San-A et l’on y lit encore c… pour couille et certaines pudeurs semblent manifestement concédées à la censure, ce qui rend la grivoiserie encore plus délectable car elle est sur son 31.
Sinon, le dernier sérieux, c’était Energie noire, matière noire, qui m’a semblé un peu poussif car le niveau de vulgarisation est très chaotique et, à chaque fois qu’un propos semble sur le point d’être établi, il trouve sa conclusion dans d’obscures explications technicistes truffées de formules, elles-mêmes noyées au kilomètre dans le corps du texte. On devrait fusiller tous les auteurs qui ne renvoient pas leurs formules à la ligne avec alignement centré. Ça se pardonne éventuellement chez un jeune éditeur, mais chez un dinosaure, non.

Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.
Make your own electric guitar, Melvin Hiscock and Brian May, NBS, 1991. Ce livre qui n’est pas le meilleur dans le domaine fut le premier que j’eus en main, libérant en moi une passion pour la lutherie qui deviendrait avec le temps l’une des plus épanouissantes de ma vie.

Anthologie de la subversion carabinée, Noël Godin (alias le Gloupier, alias l’Entarteur), L’âge d’homme, 1989. Tout, tout, tout sur les écrits irrévérencieux, anarchistes, révolutionnaires, agitateurs et flibustiers de toute sorte et de toute époque. Une brique énorme, monstrueusement érudite, intelligente et poilante. Je pense que l’on devrait n’accorder le permis de respirer qu’à ceux qui ont lu ce bouquin.

Astronomie populaire, Camille Flammarion (le grand-père de l’autre), Flammarion, 1879. Un véritable chef-d’œuvre de vulgarisation scientifique dans un Français d’une élégance rare. LE bouquin que j’emporterais sur une île déserte s’il n’en fallait qu’un.

La “trilogie noire” de Léo Malet et le théâtre (œuvres complètes) de Boris Vian, le premier m’ayant enseigné à 13 ans que je n’étais plus un enfant, le second m’ayant appris à lire entre les lignes. Disons que c’est plus le contexte de lecture que le contenu même qui me pousse à les citer ici, mais c’est aussi çà, lire : mettre des papiers dans sa vie.

Lettres au Castor et à quelques autres, 1926-1963, Jean-Paul Sartre, Gallimard, 1983, dont je me suis délecté lors de mes premiers tourments à propos de la fidélité et où j’ai trouvé quelques ferments pour raffiner mon mode d’aimer. A mettre vicieusement en parallèle avec Correspondance croisée 1937-1940, Simone de Bauveoir et Jacques Laurent Bost, Gallimard, 2004, car à cocu, cocu et demi.

L’art de la guerre, Sun-Tzu, 500 A.C.N., dont je prépare avec le concours ô combien érudit et dépravé de Sécotine une édition illustrée de dessins à la plume mettant en avant une lecture érotique de ce chef-d’oeuvre de stratégie militaire et psychologique.

Les fous littéraires, André Blavier, Edition des Cendres, 1982. Les trésors les plus inventifs de la littérature, un livre de chevet et une arme d’autodéfense.

A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi ?
A personne parce que je compte scier les côtes d’un minimum de blogueurs après en avoir sollicité un quarteron il y a peu. D’ailleurs, j’en profite ici pour m’aplatir devant Demetan, elÖ, Prunelle Verte et Post-it que j’avais honteusement oublié de mentionner dans la liste des participants au complot-calbute. Si toutefois ce questionnaire les tente, qu’ils considèrent que ceci est le relais que je leur transmets.

1 avril 2005

Le pape est mort

… et je ne suis pas peu fier d’être le tout premier à vous l’annoncer.