Archive du mois de janvier 2005

30 janvier 2005

Bhavani

Nous quittâmes le Chief Constable de Scotland Yard et fondîmes sur Paddington où nous prîmes les Cornouailles en cap. Malgré le roulis et les tangages de ce vieux wagon en bois, Fanélie remettait ses notes au clair. Moi, je dispersais au fil de la campagne anglaise les clichés de scènes de crimes incrustés dans ma persistance rétinienne. Le Chief avait une fascination très documentée pour tout ce qui coule des murs après les éjaculations de matière grise par stimulation aux métaux lourds.

- Dès que tu as fini de gribouiller, je te pousse hors du train et je te baise, que je fis.

Fanélie murmurait en traçant des flèches, des cercles, des astérisques : “blood stains… Habeas Corpus… pulled to pieces… coroner… disrupted bodies… “. Dans les polars de Fanélie, les meurtres sont toujours d’une propreté obsessionnelle mais elle aime les épurer à partir de ses pires cauchemars.

Elle releva les yeux en souriant :

- “Next Station : Shag-In-The-Fields, ten-minute stop !”.

Ten minutes ? Des clous, oui ! A un sprint près nous loupâmes le dernier semi-direct pour Land’s End : copuler aux vents de l’hiver, ça vous coupe les jambes. Nous étions bons pour l’omnibus qui longe la côte, une voie ferrée fractale, interminable.

La nuit qui n’avait pas cessé de tomber depuis le matin se trouva largement confirmée par les trotteuses lorsque le contrôleur revint vers nous et nous prévint qu’à notre arrivée, Land’s End ne serait plus qu’un grand tas de galets endormis et, là-dessus, bye bye la compagnie : il descendit à la gare suivante, nous abandonnant le train pour les 50 derniers kilomètres, manifestement satisfait de son effet..

Au terminus, nous vîmes le cheminot sauter de sa loco pour s’engouffrer dans un local technique puis… plus rien.. Un rien de rien qui ne gronde même pas au loin, sans écho. Land’s End by night : le trou du cul de la Voie Lactée.

Nous sortîmes lugubres, empruntâmes sans but une ruelle sans direction, en suivant une ligne claire au sol. Une grande chouette à poil roux et à l’œil dépigmenté ouvrit sa porte sur nos pas :

- This way, this way ! The train controller called.

Alléluïa !

Sur son établi à littérer, c’est le premier que Fanélie a liquidé, le contrôleur-farceur : un frontal avec un combiné téléphonique. La rouquine du Bed & Breakfast eût tôt fait de lui emboîter le trépas, pendue par les pieds et enchattée d’un pied de parasol unifamilial de 60 livres : Fanélie avait mal encaissé ses remarques déplacées sur les femmes qui bronzent les seins nus. Le Constable eut droit aux honneurs d’une congélation, les anciens locaux de Scotland Yard s’étant avérés chichement chauffés. Quant à la serveuse du resto indien de la route de Penzance, où nous passâmes le Nouvel An, elle lui a fait passer une nuit d’amour foireuse avec un client qui s’en réveilla mort et châtré, rapport aux effets combinés du curry au curare et de la coutellerie professionnelle du secteur Horeca.

- Pourquoi au curare ? avais-je demandé en refermant le manuscrit ?

Elle pointa du doigt l’une de mes commissures et suivit le parcours vers mon cou d’une coulée de bave imaginaire.

J’étais pourtant si sûr de toujours mater discrètement le petit personnel.

28 janvier 2005

Surtout, ne pas éternuer…

Toute la soirée, j’ai joué à me faire peur en endossant toutes les exceptions statistiques. Fanélie remettait du ketchup et des boyaux importés dans le scénario. On se fendait la coigne. Après, elle m’a sucé comme un condamné à mort. Je me suis endormi plein de foutre, du sourire dans les songes. Le lendemain, en phase préparatoire à l’intervention, l’infirmière à qui je raconte cet épisode en lui donnant la même chute qu’à vous (” sucé comme un condamné à mort “) me regarde d’un air compatissant, que dis-je, compassionnel, et me glisse gravement : “Courage, ça ira”. Douze heures plus tard, je suis chez moi, seul, hurlant dans ma tête des cris d’animaux même pas baptisés. Je me vois recroquevillé dans le bac de douche sous des flèches d’eau de janvier. Je me vois, m’implorant à travers mes larmes de m’extirper cette douleur trop grande pour moi. Je me vois pleurer du front, en boule au pied de mon lit. Je me vois passer d’une flexion à une autre sans répit ni repos ni relâche en espérant que l’épuisement me soulage. Je me vois chier mon premier caillot en tapant des poings contre le mur. Je me vois grelotter devant un radiateur allumé. Je me vois incapable, impuissant, dérobé de moi par une force plus grande que moi et que pourtant j’héberge. Sinon, mon cul, nickel ! Je vous remercie. Un vrai petit mamelon ombiliqué. Une fleur appétissante, on en mangerait… ne serait cette odeur de cadavre oublié qui s’en échappa 48 heures durant, me donnant la mesure de la décomposition des quelques lambeaux inertes et désormais expulsés de mon corps. En gros, c’est comme si on m’avait raccourci la bretelle de sortie. Je chie d’un peu plus haut, ce qui ne vous ferait pas de mal, tas de mortels. Tenez, je vais vous dire et puis j’en finirai. En pleine crise, je me suis observé dans le miroir pour tenter de décrypter les agencements musculaires qui impriment et expriment ma douleur … et je me suis trouvé beau. J’ai assez d’une main pour compter les instants où j’ai pu formuler ce constat sans me trouver ridicule. Alors pourquoi diable cette fois, alors que je n’étais plus que crispation électrique et rageuse ? Mes yeux en face de mes yeux, plongé dans la reconnaissance de moi-même, lors même que toute mes défenses, prétendant se mobiliser, accueillaient la douleur à vannes mortes, un instant de mon esprit s’est désolidarisé de ma déchéance et m’a trouvé beau. Je tiens cet infâme traquenard narcissique pour l’ultime humiliation que puisse m’infliger mon instinct de survie. Pan ! dans la gueule à pHiLo ! Comme une feuille morte, découvrant sa chute au gré de l’épaisseur de l’air, je me suis laissé porter par ce que j’avais de ressources. Face à la douleur médicale radicale, je le sais à présent, je suis une clette.

19 janvier 2005

Partie de cul, méthode Longo

Je pris une grande inspiration et approchai un index vibrant. L’hésitation fut courte mais intégrale, cosmique. Je savais que là où j’avais planté tant et tant de moi-même, il ne resterait qu’une étendue vierge, une table rase, un monde à reformuler.

D’une pression irréversible, je validai mon ordre, sabordant ainsi la barque qui transportait un quart de mon mémoire : la gangrène était là, et McAfee refusait même l’amputation tant la progression était galopante. “Format c :”, en cours de rédaction, à 21 jours de ma défense publique… cela confinait au défi initiatique, à l’expérience mystique.

Demain, c’est mon trou de cul que je vais reformater. Avec le même sentiment de me lancer dans le vide.

Fort d’un patrimoine dynastique dont mon étrange lignée discourt avec expertise et truculence à tous les repas de famille, fondant par là une école spontanée de pata-proctologie ubuesque, je suis atteint d’une fragilité fondamentale qui m’incline à considérer les tabourets durs et les vins tanniques avec mépris et abstinence, rapport aux douleurs de l’enfantement.

Le chirurgien-troudeballologue qui exécutera, selon la méthode Longo, le reformatage de mon œil de bronze n’est autre que le célèbre Dr Prout, officiant à la suite des incantations soporifiques d’un rachitique anesthésiste (le Dr Flatula) dont je ne manquerai pas de mentionner ici, pour tous deux, les noms véritables, coordonnées, descriptions physionomiques, rapports phrénologiques, vices rédhibitoires, estompements d’honoraires à l’impôt et comptes numérotés, ainsi que les pratiques honteuses de leurs maîtresses respectives, s’ils ont le malheur de ne me rater qu’imparfaitement.

Car si la solution qu’ils m’ont laissé choisir me promet monts et merveilles jubilorectales en cas de réussite, le protocole de boucher-charcutier-traiteur qu’ils vont m’appliquer à la sortie sud n’est pas sans risque. Au hasard :

- Incontinence défécatoire ;
- Pentaplégie (on oublie souvent que le cinquième membre a tendance à se révéler inconsidérément solidaire des autres lorsque ceux-ci jouent définitivement à patte-folle) ;
- Septicémie ;
- Accident de voiture (en allant à l’hosto) ;
- Suffocation (vous n’imaginez pas le nombre de gens qui s’étouffent en avalant leurs médocs de travers) ;
- Chute de météore ;
- Arrêt cardiaque (vous me direz qu’on meurt quand même toujours d’un arrêt cardiaque) ;
- etc., etc., etc., etc. (accommodez selon l’art en fonction de la double intrusion anesthésique-chirurgicale).

Je serai pleinement conscient durant l’opération, l’anesthésie à la sauce Rachi ne me déconnectant de mes sensations qu’à partir du bassin. Je n’ai pas opté pour le petit cachet qui vous met KO pendant la durée des travaux car je me suis fixé comme objectif de visualiser mentalement et aussi précisément que possible, par les sons, l’ensemble des activités qui seront menées à l’endroit de mon cul.

Ce jeudi 20 (jeu divin ?), à 13h30, pendant que vous croquerez dans votre sandwich au cadavre de cochon gazé au CO2, vous qui tous avez déjà vu mes fesses, ayez une pensée émue pour le tout de mon cru.

19 janvier 2005

Anti Murphy

Fany : Désolée de t’avoir dérangé, le PC refonctionne dès qu’il te voit. Faut que t’apparaisses, c’est tout.
pHiLo : Et bien, s’il ne faut que ma paresse !

14 janvier 2005

Comme des battoirs

Je pris l’une pour le jeu d’une autre que j’aime.
Puis je découvris qu’à mon insu j’en aimais deux.
J’ai une petite musique pour chaque fantôme de mon cœur.
En voici deux, mêlées.


WMV - (7Mo)

13 janvier 2005

Datsun amie et T I *

La rade, au-delà, m’est douce.

(* Dans quelle langue vivante faut-il prononcer ces deux lettres pour compléter le jeu de mots du titre ?)

12 janvier 2005

Les roustons flingueurs

Les tests y culbutent.

8 janvier 2005

Ellipse

Ne dites pas :
J’émiette cette grosse mouche fatiguée dans le marais du tapeur de bambous

Mais dites :
Epandant ce taon las à l’eau très boue de Laville.

6 janvier 2005

Partie d’awélé

Annie : Y’a pas à dire, je suis bel et bien foutue.
pHiLo : Y’a pas à dire, tu es belle et bien foutue.

6 janvier 2005

pHiLo Bonux - 2005

Vous en voulez en encore ? Vous n’avez pas honte ? Alors en voici pour votre saoul :

1 - Le pHiLo de poche (PDF - 6,7 Mo) :
- Clic-droit ou pomme-clic puis enregistrez la cible-
- En cas d’échec, réessayez plus tard, c’est sur Free -
Le pHiLo de poche, c’est tout pHiLoGrApH depuis le début
(u-blog compris, donc) jusqu’au 31 décembre 2004 en format portable. J’ai retiré les dates pour faciliter la lecture. L’ordre des posts est chronologique. Ceux qui ont pensé lire l’ensemble des archives en les écumant par les catégories auront loupé quelques posts non classés (ce problème est résolu depuis un mois seulement) qui se retrouvent ici.

2 - Tous vos commentaires ! (page lourde, patience)
L’ensemble de vos commentaires depuis le début, du plus récent au plus ancien, cette fois. Le titre chapeautant chaque commentaire est celui du post commenté. Un clic dessus vous renverra au dit post. Les commentaires sans auteurs datent d’un temps où u-blog le permettait.

J’invite par ailleurs tous les blogueurs à réaliser ce type de compilation de commentaires (dans la plupart des cas, quelques lignes de code suffisent, ce n’est pas un raz de marée à boire) : j’ai souvent été déçu de ne pas pouvoir remettre la main sur un commentaire que j’avais lu sur un blog et j’imagine que je ne dois pas être le seul.

Merci (thermostat 12) à vous tous, qui venez me lire. Merci et des rawettes (themostat 12 + grill + chaleur tournante) à vous qui commentez, ça me va droit au rôti ;-)

Ah, j’oubliais, mes résolutions pour 2005, c’est : 1024*768 et 1280*1024. Je vous souhaite de bonnes raisons d’être moins modestes. Pour finir, votre horoscope pour l’année 2005, calculé par NostrapHiLus (grand mage reconnu dans son pays, preuves fournies sous contrôle d’huissier) tous signes confondus :

Si vous ne décidez pas
une fois pour toutes
d’être heureux
sans raison,
le bonheur vous l’aurez
longtemps encore
dans le cul.