Archive du mois de décembre 2004

31 décembre 2004

Je me sentais si bien contre toi

Ce Mardi. Un matin si petit qu’il tiendrait dans la main.

Mon esprit se démoule péniblement du sommeil. Je me tapote le crâne pour décoller la pâte.

Un flocon s’est posé sur mes cils, d’une façon qui me laisse craindre que la verticale ne se laissera pas dominer sans caprice.

A Lyon, ils installent la kermesse le long des autoroutes et les autoroutes le long des fleuves. Une odeur indescriptible de mouette et de métaux lourds se lève sur les “Autoscooters Fred & Freddy”.

Ma joue est collée à la joue de Sécotine et malgré le froid, nos zones de contact sont humides et chaudes. Sous ses seins, la bakélite patinée du volant est bouillante, jusqu’au klaxon : ma paume gagne le foyer par boutons et par tirettes, à travers sa doudoune en génocide de canards. A présent, je suis prêt à ouvrir les yeux sur l’enfer.

Finalement, ça va. A part cet ignoble portrait à l’aérographe de Jimmy Hendrix involontairement morphé en Michael Jackson, on se croirait dans un Kusturica.

- pHiLo ? me roucoule Sécotine d’une voix qui réchaufferait le soleil si ce con avait des oreilles.

Mes côtes qui tribloblotent lui font “Moui, quoi ?” à ma place.

- Tu vas m’en vouloir, qu’elle reprend. En m’endormant, j’ai retrouvé les clefs de la camionnette dans une de mes poches et comme je me sentais si bien contre toi, je me suis laissée sombrer.

Je souffle le flocon de mon cil et roule mon visage contre le sien pour trouver sa bouche.

- T’as eu raijon, ch’était chuper, que je fais.

Contre pareille déclaration, j’aurais enduré le K2 à poil dans la nuit post-atomique.

Ses yeux s’ouvrent enfin. Son sourire n’est que pour mes lèvres, je suis trop près pour le voir. Mais je le devine, me le figure. La voilà qui s’étire, s’anime, s’électrise, resplendissante comme jamais et toujours (en purée). Le bonheur se lit dans ce pli de paupière, cette extension du cou, ce déliement des doigts, ce trémoussement du ventre.

Je voudrais pouvoir la regarder de partout à la fois mais l’amour, je le sais, est une irrémédiable frustration cubiste.

- Que n’ai-je plusieurs têtes pour mieux te voir et mieux te connaître, lui dis-je ?

L’air de musaraigne qui lui vient m’indique qu’elle a fait le choix du bon mot contre celui de la tendresse :

- Fais pas ta Gorgone, Zola, ça sent le fromage !

Sécotine -arrêtez-moi si je vous l’ai déjà dit- elle craquera, un jour. Elle me dira qu’elle m’aime. Mieux, elle me dira qu’elle m’a aimé toute sa vie. J’ai le temps.

23 décembre 2004

Elle a la carotte. J’ai le bâton.


20 décembre 2004

Atchoum tortilla

Sept fois qu’elle croque dans le même Mikado. Faut voir ça, elle retrousse les lèvres, tend les dents, place la langue comme jauge de profondeur, insère la tige et croque. Je peux compter trois crocodiles le temps qu’elle perce le chocolat, et cinq facile jusqu’à ce que ses incisives se rejoignent à travers le cure-dent en biscuit. Et puis ça mâche, je ne vous raconte pas. Comme si elle avait une demi-godasse bouillie en bouche.

Pendant la déglutition, elle tournicote son index en l’air comme pour continuer à dérouler le fil de la conversation, non sans distiller quelques petits “Hm !” d’un air d’une qui va recommencer à jacter dans la seconde.

L’opération de nano-ravitaillement terminée, elle fait un regard en double boucle piquée (une figure paupièrale qui enchaîne écarquillements, clins, et plissements, la note finale étant comptée en hertz ) et tient à nouveau le crachoir d’une main et ma jambe de l’autre.

Au moment où elle me demande mon avis sur le lien télépathique entre chiens et maîtres, j’ai une pile de 25 tortilla-chips en travers de la clape et j’en suis réduit à devoir lever la tête pour m’étendre le gosier si je veux respirer.

Putain ! “La fille au chien qui parle !”, que je me dis dans mon agonie.

Je me tourne vers Sécotine qui me confirme d’un rictus sardonique que c’est bien “Elle”.

Maudit sois-je ! Un jour, Sécotine m’avait parlé de ses désirs de dissection antémortem sur la personne de sa détestable voisine très en phase avec le genre canin. Allons, allons, que j’avais tempéré, on doit bien pouvoir lui trouver un petit côté baisable à cette nénette, non ? Non, qu’elle avait dit, un peu irritée.

Oh Seigneur, moi et ma grande gueule ! Justement, si je pouvais étouffer, là, d’une asphyxie chipsique tortilloïdale. Homer Simpson, à moi !

Avant que j’aie gobé le quart de mon boulet, Sécotine intervient :

- Dites, si on arrive à remboîter la mâchoire de pHiLo sans passer par les urgences, je propose que vous restiez tous les deux à dîner.

Pourquoi ne peut-on pas éternuer sur commande ?

16 décembre 2004

Double soleil - Double sun

Observé ce mercredi à 15h45, depuis le rond-point du Sart-Tilman. Durée, environ 10 minutes. Le phénomène est similaire à celui de la chambre noire. Le soleil projette sa propre image sur un pan de nuages à travers un "trou" en "vis-à-vis". La particularité de cette gigantesque chambre noire est que c’est l’image virtuelle du soleil qui se projette, mais c’est une autre histoire.

J’ai essayé tous les réglages-photo possibles, aucun ne rend finalement compte du coté saisissant du phénomène car à l’oeil nu les deux soleils semblaient aussi gros, aussi ronds et aussi brillants l’un que l’autre. Les originaux par mail à ceux que cela intéresse.


14 décembre 2004

Rogntudju !


12 décembre 2004

De Paris aux nuages

Je raccroche. Ce n’est plus une heure que j’ai devant moi, mais quatre. Merde.

Je me laisse engourdir par la délicieuse froidure. Puis y’a un haut parleur qui raconte de l’aigu au grave, façon pin-pon qui passe, qu’à votre gauche, ça date en siècles et que la statue là-bas, c’est Henry 4. La turbine diesel fait vibrer jusqu’aux couilles de son cheval. Bouge ton cul, je me dis, Paris vaut bien une fesse !

Je décide donc d’aller rouler ma bosse vers Notre-Dame pour y célébrer mon culte. Je demande à un couple commode de me prendre en photo. J’ôte ma veste, grimpe sur une grosse bite en pierre et baisse mon froc. La fille rit en saccades de coin-coins et se retient à son Jules qui chipote à tous les boutons de mon numérique. Le flash fait son petit pet de photons quand je perds l’équilibre . Il paraît que ce genre de pratique en public est assimilé à de l’exhibitionnisme mais qu’en fait c’est bon pour une fois, circulez.

Je pars ensuite perdre mes rêves dans les météorites de la Maison de l’Astronomie puis je m’envole à travers les sphères armillaires du Louvres des Antiquaires.

J’arrive quand même à la bourre pour jouer à prout-ma-chère. Je sème du blabla pour les choses du quotidien, je récolterai plus tard.

Vin, vent, ville. Je décline, mais je ne suis pas le seul. Les lampions prennent le relais et moi le métro, vers la gare du Nord où j’aime regarder la vie d’en haut.

Le train se remplit autour de moi. Les yeux fermés, c’est magnifique. ” Attention à la fermeture automatique du réel, le convoi quitte cette dimension dans quelques instants “

Je somnole en me racontant des histoires. Comme souvent, j’en murmure une syllabe, un mot, de temps à autre, c’est conscient mais irrépressible. J’entends un petit rire nasal en vis-à-vis… Bitenplâtre ! La fée Magicolor est devant moi : veste verte, cheveux rouges, yeux bleu-acier… Je souris, elle sourit. Elle replonge dans son bouquin et moi dans mon sommeil.

Peut-elle sentir que mon sommeil est désormais faux depuis que je la sais là à trois pas ? Je sens en tout cas qu’elle ne lit plus. Je me trompe ? Non qu’elle me fait. Je dis pardon. On cause.

Au temps 1, il est question des photons réfléchis qui s’éloignent au double de la vitesse de la lumière de ceux qui ont traversé le plafonnier en verre.

Au temps 2, il est question du temps que mettrait sa main pour toucher ma bite si l’on envisage l’expansion de l’univers. Tout cela restant purement théorique.

Au temps 3, il est question de l’extension du domaine de la turlute jusqu’au petit matin. L’inconnue étant chez toi ou chez moi..

Au temps 4, nous constatons que nous avons tous les deux les yeux en trou de bite au réveil. Puis elle me démontre que le plus court chemin vers Liège passe par les nuages.

9 décembre 2004

Association pour le transit des gargouillis

Marat se dit «L’ATG l’agace trop en tes rites».

8 décembre 2004

Élu cube-ration de l’ahané

L’assise est un crime lorsque l’on assure à ce point ses arrières. Peuple du web, sous les frou-frous de Mamz’élucubrations, le vit y aime et réveille du monde.


5 décembre 2004

Sans mélodie fixe

Le type a une sorte de roulette à castagnettes, la fille une contrebassine en zinc à une corde. D’un côté, ça fait racatacatacatacatac et de l’autre, tfmouing- tfmouing- tfmouing. Un troisième larron joue de la sébile et la tend à mon passage :

- Une petite pièce pour les musiciens, s’il vous plaît.

Je fourbis ma poche en vue d’un tir de mitraille.

- Voilà, pour l’art né du chahut.

2 décembre 2004

Tic… Tac… pHiLo dévoile le bas

De l’émincé de You koun-koun contre une tranche de vie…
Elle a ouvert son blog et j’ai tenu ma parole, mieux que ma ceinture :

pHiLo dévoile le bas chez
www.elucubrations.com

2 décembre 2004

Taille basse

Le soleil traîne sa pâle figure au bout des avenues dégagées en se grattant les couilles sur le haut des arbres.

-Tu me passes le joint ? qu’elle me dit.

J’hoche la tête, en aspirant le H, tandis que midi boude en rase-motte derrière l’épaule de Sécotine.

A mesure que la braise se rapproche de nos doigts, nous voilà tranchant à la machette les fils mous qui relient tout à tout. Sécotine, faut qu’elle cause quand elle est de guingois. Elle me parle de grandes méduses sombres qui bouchent les canalisations, de dunes urbaines en compost de clochards, de vents lumineux et affolants, de galaxies microscopiques qui ont plein de particularités étranges dont celle de piquer les aisselles des femmes rasées, de la main chaude que je sors de ma poche pour lui faire brasero aux fesses, sous son pantalon.

Ma main sur les fesses de Sécotine en marche… Faites tourner les saisons !