Archive du mois de septembre 2004

29 septembre 2004

Mon Apollo lunaire

Collée à mon nombril, l’oreille de Sécotine, qui n’aime pas m’aimer de front et dès lors m’aime de dos. Ma main qui connaît ce verso alterne pile et face du coccyx à l’occiput.

Mais le poids de sa tête m’empêche de respirer sans y penser.

La conscience de notre propre respiration… Un supplice autogène. Une pensée vide, de plus en plus envahissante à mesure que l’on tente d’y échapper. Un larsen cérébral.

Tandis que je m’enlise dans ce silence brouillé, elle resserre le goulot du sablier. Ou bien elle épaissit le sable. En tout cas le temps passe où et quand elle dit.

Et toujours, c’est par de petites brides d’Apollinaire qu’elle me sauve de mes propres abysses.

"Je connais des gens de toutes sortes
Ils n’égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints"

Sécotine récite comme je respire quand je respire sans y penser. Ça lui échappe comme un postillon.

Dans le répit des transitions entre morceaux choisis, sa langue m’alpinise la ligne de crête. A l’échelle de mon gland, les microscopiques crampons de sa langue se font vrille de velours.

Ainsi prend-elle, tout en vice et en douceur, le contrôle de mon cerveau hyper-ventilé, distillant les rimes comme un salutaire dioxyde carbonné.

"Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons le même rite"

Parfois, un parfum chloré s’entortille à ces vers, déployant sur la joue de Sécotine mes tentacules de nacre.

24 septembre 2004

Ubu and co. ltd

Je me soustrais depuis toujours au flicage-marketing des marchands en tout genre qui, sous prétexte d’encoder votre adresse «pour la garantie», vous incluent dans des fichiers dont le croisement trace votre profil de consommateur et, partant, vous ciblent en tant que victime de courriers publicitaires personnalisés.

Ainsi, tant que ma carte d’identité n’est pas requise pour un achat, je me déclare sous l’état civil suivant : Simon Cussonet, Raid d’Efez, 69, Piétrebais. Tél. : 019/019 019 (prononcer «c’est rond un œuf, c’est rond un œuf, c’est rond un œuf»).

Si certains vendeurs remarquent la plaisanterie (c’est tout de même rare, je vous l’assure), je n’ai jamais essuyé de refus d’encodage.

Il y a peu, j’achète un trigü électronique à Marche dans un magasin des plus honnêtes et fais établir les papiers à mes ubuesques coordonnées d’emprunt. Le type dispose pour ce faire d’un répertoire informatique des noms de rue et cale sur l’adresse :

- J’ai La Raid près de Spa, la raid de Bioleux à Rotheux et la raid des Chartreux à Rimière, mais je ne trouve pas la raid d’Efez.

Considérant que j’ai un champion face à moi, je me retiens de lui dire de la chercher dans mon froc. D’un sourire imposé au tarif des indépendants, il m’indique qu’il a une solution à tout :

- Alors on va l’entrer dans le répertoire. «Raid d’Efez», dites-vous… Voilà ! Si vos voisins viennent chez nous, on ne devra plus encoder cette rue.

Il imprime et relit mes coordonnées à voix haute. Je jubile. Puis il s’attarde sur mon numéro de téléphone :

- Tiens, Piétrebais, c’est en 019 ? Je croyais que c’était en 010. Ou alors, vous m’avez donné un faux numéro, fait-il d’un air inquisiteur. Bah, de toute façon, tant que j’ai le bon nom et la bonne adresse, ce n’est pas grave.

Un champion vous dis-je.

21 septembre 2004

Démarche chevaline précautionneuse

Dans l’à-vif : au pas, sans fer !

20 septembre 2004

Comme au sillon serré boréal

J’ai commandé des œufs-à-la-russe à la firme «Histante» par courrier express.
Quand j’ai décalotté ma boîte ce matin j’ai découvert une facture d’Ukraine accompagnée d’œufs d’ourleurs perses « Histante ».

16 septembre 2004

Jusqu’où peut-on rire ?

15 septembre 2004

Digitale mémoire

A ta peau de manon dont mes doigts
et mes pensées se disputent le grain.
14 septembre 2004

pHiLo fait cours de 9

1. La table des 9 en deux colonnes
Dans la première (verte), inscrivez les chiffres de 0 à 9 en descendant. Dans la seconde (rouge), pareil, mais en remontant. Vous obtenez les résultats de la table des 9. Bon, connu ! Mais attendez voir.

0 9 (1×9)
1 8 (2×9)
2 7 (3×9)
3 6 (4×9)
4 5 (5×9)
5 4 (6×9)
6 3 (7×9)
7 2 (8×9)
8 1 (9×9)
9 0 (10×9)

2. La table des 9 sur le bout des doigts
Placez vos mains à plat devant vous et numérotez mentalement vos doigts de 1 à 10 dans le sens de la lecture. Pour connaître le résultat d’une multiplication par neuf (par exemple 4×9), recroquevillez le doigt correspondant au multiplicateur (le 4ème dans notre exemple). Comptez le nombre de doigts à gauche du doigt recroquevillé (3 dans notre exemple) : ce sont les dizaines du résultat. Faites pareil à droite du doigt recroquevillé (6 dans notre exemple) : ce sont les unités du résultat.

Et pour ceux que ça intéresse, il y a une méthode similaire à tomber le cul par terre pour toutes les tables mais faut que je remette la… main dessus)

3. Comment faire du Dieu avec du 9
Les hindouistes tiennent le nombre neuf pour sacré car il évoque trois fois le ternaire divin. A ce titre, le nombre 108 revêt pour eux une mystique du tonnerre de la mort puisque ce nombre présente une singularité étonnante : on peut le diviser ou le multiplier par n’importe quel chiffre, la réduction à un seul chiffre par addition des chiffres composant le résultat (en plusieurs étapes donc si ce résultat est un nombre et non un chiffre) est toujours 9.

108 x 7 = 756 (7+5+6 = 18) ->le résultat est un nombre et non un chiffre donc on additionne à nouveau : (1+8 = 9)
108 / 5 = 21,6 (2+1+6 = 9)

13 septembre 2004

L’appert pète

On se les est réprimandés tout en douceur, ces messieurs, et voilà que leurs fantômes se vengent.
Moralité : Les sires qu’on se tança ténu hantent.

11 septembre 2004

Contre vents et mariées

- Si je résume tout ce que tu ne dis pas, fis-je, les mecs voient en toi une bombe sexuelle alors que tu es tout au plus, disons un… pétard sexuel.

Elle me considéra d’un air dubitatif. J’appelai d’un regard doux sa clémence pour ma formule.

- A mèche courte tout de même ! embraya-t-elle.

L’instant d’avant, elle m’expliquait sous un feu nourri de questions indits-secrètes que l’orgasme lui était un jeu d’enfant mais qu’elle n’en avait grosso modo rien à branler, si j’ose dire.

J’aime les obèses, j’aime les nains, j’aime les monstrueux et les-pas-comme-il-faut, mais j’adore par-dessus tout les filles qui n’en ont grosso modo rien à branler de l’orgasme. Nulle mieux qu’elles n’est capable de détricoter la mécanique de ce féminin phénomène au cœur de la moitié de mes fantasmes (l’autre moitié étant centrée sur mes orgasmes à moi, je vous remercie).

Nous causâmes juste et bûmes -jusqu’aux âmes- six Troyens (formez vos bataillons), si bien qu’une légère ivresse finit par s’emparer des nuances, ramenant les propos à la surface.

Elle compta distraitement les verres accumulés sur la table comme pour remonter le fil de la conversation :

- Toi alors ! fit-elle. Pour tirer les vers du nez… C’est parti de quoi toute cette discussion ?
- Ben tu m’as demandé si c’était moi le frère de H.
- Non, après.
- Ben après je me suis dit qu’une bombe sexuelle comme toi devait sucer comme une typhon.

Elle sourit et me reprit :

- Un pétard sexuel ! tu l’as dit toi-même. Alors, comment ça pourrait sucer, un pétard sexuel, hein ?

- Comme un tornade essoufflée, raillé-je, ainsi font typhon, les petites mariées honnêtes (car elle avait la bague au doigt)

7 septembre 2004

Solo

Je voûtais à peine les reins de Fany que son clébard au LSD me bourdonnait autour comme un gros insecte. Il avait beau aboyer en Dolby 5.1 avec caisson de basses actif, le dominant c’était moi.

-Vete a tomar por culo !, je gueulais.

Et il s’en allait rouler des yeux de chihuahua dans son ombre d’ours.

Quand je déroulais mon petit ballet de charmeur aux mains lisses, il venait compter les points. A l’occasion d’un sein fièrement érigé ou d’un friselis bien orchestré, je me tournais vers lui et je lui demandais son verdict. Il n’était pas casse-couilles pour les préliminaires : il me donnait toujours dix sur dix, comme à l’école des Fans.

Par contre, l’action, ça ne le branchait pas. Je lui montrais le Kama-Sutra sans les mains, la position du missionnaire enragé, le débarquement d’énorme endive, la levrette à l’étage, le mille-feuilles glacé, tout mon répertoire, quoi ! Et ce mastodonte distillait de longs soupirs lugubrement humanoïdes, histoire de saboter.

- Fuera ! que j’égosillais quand j’en avais ma couche.

Il filait fissa, mais jamais trop loin car dès qu’il sentait sa maîtresse partir en asymptote, ce malabar gémissait un drôle de “Mwurf” et venait aussitôt s’allonger sur le pieu. Bizarrement, la galanterie rendue à bon ciel, sa présence ne me gênait plus et je bricolais volontiers la fin de mon péché avec cette peluche chaude sur les pieds.

Quand on faisait un bœuf avec les potes, Fany s’éclipsait toujours en fin de soirée :

- Je descends bouquiner, tu ne m’en veux pas ?

On baissait le volume des amplis, on étouffait les blues, on pizzicatait sourd comme personne.

Il arrivait après un temps que l’on entende sous le plancher le chien gémir un drôle de “Mwurf”.

2 septembre 2004

Pédilove

Elle tourne à l’angle de la rue comme virent les navires, donnant du cul à bâbord quand tribord est en mire. A la suivre d’un œil plongeant, l’impression s’abîme en fractale : ses pieds aussi se dévoient par l’arrière, d’un pas murmuré de ballerine.
Belle, si belle tournicoteuse, je ne puis décidément aimer que de piétonnes.