Mon Apollo lunaire
Collée à mon nombril, l’oreille de Sécotine, qui n’aime pas m’aimer de front et dès lors m’aime de dos. Ma main qui connaît ce verso alterne pile et face du coccyx à l’occiput.
Mais le poids de sa tête m’empêche de respirer sans y penser.
La conscience de notre propre respiration… Un supplice autogène. Une pensée vide, de plus en plus envahissante à mesure que l’on tente d’y échapper. Un larsen cérébral.
Tandis que je m’enlise dans ce silence brouillé, elle resserre le goulot du sablier. Ou bien elle épaissit le sable. En tout cas le temps passe où et quand elle dit.
Et toujours, c’est par de petites brides d’Apollinaire qu’elle me sauve de mes propres abysses.
"Je connais des gens de toutes sortes
Ils n’égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints"
Sécotine récite comme je respire quand je respire sans y penser. Ça lui échappe comme un postillon.
Dans le répit des transitions entre morceaux choisis, sa langue m’alpinise la ligne de crête. A l’échelle de mon gland, les microscopiques crampons de sa langue se font vrille de velours.
Ainsi prend-elle, tout en vice et en douceur, le contrôle de mon cerveau hyper-ventilé, distillant les rimes comme un salutaire dioxyde carbonné.
"Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons le même rite"
Parfois, un parfum chloré s’entortille à ces vers, déployant sur la joue de Sécotine mes tentacules de nacre.




