Archive du mois de août 2004

29 août 2004

pHiLo fait cours de soleil

Un beau jour, c’était un jeudi ou un vendredi, au cœur même du soleil, naquit un photon gamma à la suite d’une cuisson à point de quatre atomes d’hydrogène transmutés en hélium (16 millions de degrés, thermostat 12+, remuez avec une spatule en bois). Pas de quoi en faire un plat : la même seconde, 600 millions de tonnes d’hydrogène se transformaient en hélium par fusion thermonucléaire, libérant une énergie titanesque (400 millions de milliards de milliards de joules). Et pourtant.

A la vitesse de 300.000 kilomètres par seconde, ce petit photon gamma, invisible pour l’œil, erra de collision en collision dans la zone radiative. La densité du magma (150 kg par litre, 7 fois celle de l’or) était telle que le photon mit deux millions d’années pour s’en échapper (alors que dans le vide le décompte se ferait en secondes). Il se cogna encore pendant trois mois dans l’opacité de la zone convective, beaucoup moins dense, où il concéda une bonne partie de son énergie et acquit la visibilité.

Lorsqu’il trouva enfin la surface de notre étoile il s’en échappa, en direction de nos contrées pour un voyage dont on dit qu’il dure 8 minutes.

Il fait nuit mon amour et ce clair de ronde lune qui commença il y a deux millions d’années, trois mois, huit minutes et deux secondes, s’achève en reflet dans ta pupille.

27 août 2004

Dans le mille

Je saisis cette femme avenante mais égarée.
J’avais touché l’accorte sans cible.

27 août 2004

Comment je devins con deux fois plus vite que vous

Tout a commencé avec ma mère. Foutremol ! que cette femme parlait, parlait, parlait. Je lui demandais le carré de l’hypoténuse et deux heures passaient, secouées de blablas sur les Grecs, la corde à nœuds et la courbure de l’espace-temps, avant qu’émerge enfin, complètement décôtelée, la somme des carrés.

Je remarquai assez jeune que le langage parlé pouvait prendre une dimension hypnotique si l’on se concentre sur les rythmes, les scansions et les consonances. Les harmoniques suraiguës de la voix de ma mère provoquèrent ainsi à son insu, les transes les plus magnifiques qu’un enfant pût connaître. Le mieux, c’était les engueulades :
là, je pouvais vraiment tout déconnecter, même les ondes alpha.

La suite, c’est des années plus tard. Je faisais du stop pour convertir le pognon du bus en plaisirs divers selon les âges. Au début, ça marchait du tonnerre. A onze ans, on ne se méfie pas encore de vous. Puis vinrent un âge et une panoplie de p’tit con qui augmentèrent les temps d’attente le long de la route. Je commençai alors à me fabriquer un arsenal de divertissements purement cérébraux pour échapper à ce qui m’a toujours semblé être la mort dans la vie : l’ennui.

La plupart de ces jeux visaient à tester la mécanique même de mon cerveau. Le plus passionnant d’entre eux consistait à jouer sur les possibilités de manipuler simultanément deux idées bien distinctes dans deux sens complètement différents. Pour être absolument certain que le travail de double réflexion se fasse sur deux “canaux”, je dus apprendre et m’entraîner à la double récitation mentale. Je constatai en effet qu’en en restant au stade de la réflexion non “verbalisée”, mon esprit se contentait d’accélérer la cadence, traitant les informations sur un seul canal à la fois, en alternance rapide.

La verbalisation mentale des réflexions en cours freinant assez naturellement le flux des idées, cette baisse de régime devait selon moi pouvoir dégager des ressources pour doubler le canal.

Ainsi je m’entraînai d’abord à chanter dans ma tête deux chansons en même temps. L’exercice me laissa longtemps l’impression que je n’y arriverais jamais, la double verbalisation mentale s’effectuant elle aussi, obstinément sur un mode alternatif. Puis vint un jour où je me rendis compte que je pouvais chantonner à voix haute (entre mes dents : je vous rappelle que je faisais du stop, suivez un peu, que diable) une chanson de Renaud tout en répétant mentalement des proverbes courts en boucle. Mes balbutiements faisaient penser à la confusion qui vous submerge parfois lorsque l’apprentissage d’un instrument de musique vous oblige à désolidariser le contrôle de vos mains.

Peu à peu, je parvins à réaliser l’exercice en intériorisant la voix sur le canal chanté. Je corsai la chose en changeant de proverbe sur un canal en cours de route ou en passant de Renaud à Cabrel (quand je vous dis que j’étais con) sur l’autre.

L’étape suivante consista à introduire la logique sur un des canaux pour m’éloigner de la pure récitation. Ainsi, je repris mes chants muets et les secondai de tables de multiplications. La notion de ritournelle récitative était loin d’être contournée avec les tables mais elles ont l’avantage de pouvoir faire appel à une sorte de traitement visuel mental, surtout avec de petits facteurs. Ainsi, je pouvais choisir, de traiter “2×2 =4″ comme des sons qui s’enchaînent ou comme une suite de points à “compter visuellement”.

L’évolution se fit, comme vous pouvez l’imaginer, en introduisant l’abstraction et donc de véritables calculs.

Je fus assez époustouflé de constater qu’à partir du moment où, tout en chantant sur un canal, je pouvais mathématiquer en improvisant sur l’autre, il me fut tout naturellement possible de “verbaliser” les raisonnements mis en œuvre par mes calculs.

Après plusieurs années, et combien de milliers de kilomètres aux frais du bon vouloir (ou de la compassion, qui fait taxi quand il pleut), je pouvais jouer avec la quadrature du cercle sous diverses approches (géométrico-visuelle ou mathématico-conceptuelle) sur un canal en improvisant des syllogismes sur l’autre.

La structure du syllogisme étant également très mathématique, je décidai de m’écarter à petits pas des concepts trop facilement réductibles en abordant le sophisme, puis la création de vers en rime, l’invention de calembours ou de contrepèteries.

La dernière grande surprise, mais là j’étais motorisé depuis un moment, onze ans de stop m’ayant fourni un rodage optimal, ce fut de découvrir la possibilité d’inverser les canaux (car oui ! j’affirme qu’ils sont localisés de manière différenciée dans le cerveau) et éventuellement de les faire interagir.

Et voulez-vous que je vous dise ? A présent je fais tout ça en jouant de la guitare.

Y’a juste ma mâchoire, incontrôlable, qui fait “Mwww, Mwww”, connement.

24 août 2004

Incarcération pour conformisme sexuel

Ne dites pas “Le SDF rentre au tard”
mais dites “Le SDF rentre au mitard”.

Moralité : L’apposition du “mi” si on erre.

19 août 2004

Pas arabe-sikh au logis

La télé pâtit quand nos âmes, comme mues, niquent.

18 août 2004

Par extension

Elle s’allonge. S’étire à perte de sens. Glisse ses pieds entre le ciel et l’horizon. Aussi vrai que je baille devant un chat qui baille, je m’étire devant cette dragonne qui s’étire.

Avant ? Pendant ? Après ? On vous l’a posée mille fois déjà. Mais le meilleur de l’amour n’est pas dans le temps.

Il est dans la densité.

Dans la densité. La densité.

Au-delà de ce mot, nous parlons tous un langage différent. Certains vous dirons que la densité-ceci-ou-cela… Ce ne peut être que poésie et compagnie. Au-delà de ce mot, aimer n’a plus de matière pour la pensée ni de ligne pour l’écriture.

La densité, la densité. On est à deux jusqu’à ce mot, on a du sens jusqu’à ce mot.

Elle s’étire, je m’étire. Là est le meilleur de l’amour. Et parce que c’est bon comme le pain, on baise comme des lapins.

13 août 2004

La grande éboueuse

D’avalanche en avalanche,

la planète tue ses habitants.


Moralité : Miss Terre éboule, dégomme.

12 août 2004

Amour abrasif

Elle me souffle un air de forge sur le thorax et jusqu’à perte de vue, l’atmosphère fait la danse du ventre en écho aux ondulations que j’écrête de mon corps.


C’est d’abord une buée bouillante qui sourd de mon front, se mêle et roule jusqu’à l’arcade qui collecte pour l’arrête nasale. A la pointe de mon nez, le filet perle.


Au début, je souffle comme pour me remettre le brushing en place et j’envoie la goutte au diable. Mais bientôt, mon crâne, ma nuque, mes épaules, mon torse se transforment en orage d’été. Mon pif, mon menton, mes lobes, mes tétons se font torrents salins. Sous mes paumes, la moiteur agglutine le sable. Les caresses se corsent à l’émeri.


Nos ventres désormais clapotent, nos peaux ne demandent plus qu’à se noyer et s’étouffer, résignées à abandonner tout rêve d’embrun.


Faire l’amour sur le sable, ça te remue le fond commun d’imagerie romantique, tu contournes pas. Mais lorsque toutes les glandes de ta viande se mettent à cracher leur saumure et que tes veines ne charrient plus que de la liqueur de cuivre, si t’embrayes pas sur de la baise de compète, comment tu vas expliquer à tes petits enfant, plus tard, ce que c’est que le plaisir d’aimer ?

9 août 2004

Hisse-tend boules, en carats

pHiLo : Elle est plus belle que toi ? ! ? D’après mes critères, tu crois que je lui mettrais combien, sur 20 ?

Sécotine : D’après tes critères, je crois que tu commencerais par lui mettre une livre.


[...]


pHiLo : N’empêche (nous enchaînions sur le fait qu’avec des bites d’une livre, l’érection pourrait passer comme discipline olympique), l’unité impériale me plaît bien pour ce genre de morceau noble.

Sécotine : Il faudrait plus classe encore pour le foutre.

pHiLo : J’imagine déjà : "Sors ta langue, baby et compte en carats".

6 août 2004

Quand M. Yu devint Mr. Yu puis feu Yu

Monsieur Yu fut la première victime de mon pouvoir de séduction consciemment exercé. Monsieur Yu, c’était un gars important. L’avait des galons, il roulait en Mercedes et il se garait où il voulait. On n’attendait jamais avec lui, puis il connaissait tout le monde. Parce qu’il faut que je vous dise : tout ce que la Chine comptait d’huiles a défilé chez moi. Mes vieux étaient encore cocos comme cochons et activistes comme pas deux.


Jusqu’à dix ans, j’accompagnais Monsieur Yu aux conférences qu’il donnait et je m’asseyais sur le chapeau du banalisé des services secrets quand je ne criais pas à qui voulait l’entendre que la révolution culturelle était le seul moyen de changer les mentalités de la classe intellectuelle et qu’on ne pouvait pas faire la révolution sans couper des têtes (de la bouche d’un gamin fils d’intello -je ne manquais pas de le préciser-, ça faisait son petit effet). “On” allait faire de la propagande à la sortie des usines. On faisait la tournée des cercles politiques de tout poil où je me souviens surtout que je mangeais plus goûteux que chez moi.


Le communisme, j’ai vite compris la logique, alors Monsieur Yu me prenait pour un petit génie.


Dès l’âge de six ans, j’entrepris de faire de lui ma chose, mon objet. J’avais sur mon grand frère -un gosse redoutablement fondu de maths et pongiste hors pair, donc un concurrent de taille- l’avantage d’être blond platine, couleur qui émerveillait Monsieur Yu. Aussi, pour m’assurer un maximum de privilèges, je lui offrais à l’occasion le droit de me triturer la tignasse.

J’aimais le faire rire. Je rotais, je faisais des pets de dessous de bras, je marchais sur les mains. C’était mon copain.

A dix ans, j’ai cessé de le voir. Il m’écrivait du Sichuan, du Guangzhou, du Heilongjiang, du Shandong et toujours il ajoutait un papier découpé, fait de sa main, rien que pour moi. C’était nul. A l’exception des paysages montagneux sous la brume en monochrome, je n’ai jamais pu me faire à l’imagerie chinoise. J’ai toujours trouvé cela d’un niais épouvantable. Mais je remerciais Monsieur Yu comme si les trous dans le papier étaient remplis d’or.


C’était pas de la manip. C’était du savoir vivre.


Un jour, il m’écrivit que, prononçant mon prénom en dehors de tout contexte francophone, il se rendit compte que cela avait un sens en Chinois et qu’il me le communiquerait la prochaine fois que nous nous verrions.



Je le revis à Pékin à 20 ans. Quand j’était petit, j’étais habillé à la chinoise et lui l’occidentale. Là, on avait repris nos uniformes respectifs. Il avait complètement oublié le Français et ne s’en rendit compte qu’au moment de me parler. Il répétait mon prénom douloureusement et bégayait des bizarreries sans consonance. Je le vis soudain rire dans une crispation toute asiatique et je compris qu’il valait mieux opter pour l’Anglais.


Il tenta mille fois de sortir un mot en Français et en fut résolument infoutu. Y’avait quelque chose de tragique dans ses tentatives. Je voyais bien que cela lui faisait mal.


Lorsque vint le jour de mon départ, il était désormais dans les convenances que je lui demande la signification tant attendue de mon prénom.


Je suis persuadé qu’il s’était préparé un air à composer pour cet instant. Mais il a toussé un bruit étrange qui contenait un sanglot et un fou rire à la fois. Ce genre de pouf qui te pète dans les sinus au moment où tu te mets à chialer sur une histoire d’amour neu-neu alors que tu dis depuis dix minutes “non, c’est vraiment trop téléphoné, sûr que j’vais pas chialer”.


Il s’est repris, son regard a scintillé et il m’a dit d’un parfait accent de sorbonnard un peu pincé du cul :


- Boule d’acier.


Là, c’est moi qui ai pris le pouf dans les sinus. Combien de fois dût-il répéter ces deux mots dans sa tête pour qu’ils soient les derniers survivants d’un registre autrefois bien garni.


Monsieur Yu est mort dimanche à Hangzhou. Je suis allé jeter un œil chez mes vieux dans la caisse à photos pour réétalonner mon image de lui. Je ne me rendais pas compte à quel point je l’aimais.


Je l’ai séduit à un âge où il n’y avait rien de plus con qu’une fille, de plus chiant qu’un parent, de plus détestable qu’un frère, de plus morne qu’un chien… et de plus inaccessible qu’un Chinois.

2 août 2004

Poésie sur papier à musique

Armée d’une seringue tout carton, Sécotine s’injecte en brisure d’arc le petit polochon des jours d’amour chômés. Debout, chevauchant le blanc bidet, elle ressemble à une grande pince à sucre en action… Suffirait de polariser et ça ferait facile du Newton (Helmut, pas Isaac, bande de caves). A part Sécotine, je ne vois personne au monde qui puisse être aussi sexy en pareille posture.

Elle rajuste sa petite culotte comme on relève un sac d’avoine, histoire de bien tasser sa torpille en infusion et me fait :


- Je me sens plus femme quand j’ai mes règles.


Je m’émeus du spectacle autant que de la confession et laisse le silence de mon visage lui exprimer ma tendresse en remerciement.


Non sans roter (car Sécotine maîtrise son diaphragme aussi bien que la rhétorique) elle ajoute :


- Y’a rien de plus ignoble que se sentir femme.