L’ingestion cadavérique m’étant devenue exceptionnelle par la simplicité de la coexistence (comprenne qui de draps), je ne tolère plus en ma chair que celle du cochon sous la forme très avancée -voire faisandée- de jambon Serrano (de Bergerac) et en préparation de porc laqué en milieu nouilleux.
Bref, vomir sous une pluie battante cette maudite charcuterie insidieusement placée dans un sandwich autoroutier à la composition illisible n’ensemença aucune joyeuse prophétie au sujet de mes vacances en Bretagne.
- On se casse ? me fit F. avant même que d’arriver.
- On nique à Saint-Nic et on file goûter le Mercure d’Or de Gilbert, d’abord ! régurgitai-je.
Et heureusement qu’on le fit dans cet ordre car le fameux Chouchen fabricoté par Gilbert est un alcool de contrebande dans le mauvais sens du terme : impossible de triquer en étant imbibé de ce breuvage, la natalité des Bretons doit certainement s’en faire l’écho les années de forte production.
Nous profitâmes néanmoins de la gueule de bois consécutatoire (c’est vous dire) pour nous traîner sous la pluie et le tonnerre de “Brest2004″. Devant le rassemblement de vieux gréements, je ne pus m’empêcher de songer honteusement à Manon qui aime tant les histoires de pirates.
Ce qui est magnifique dans cette ville, c’est que tant que l’on regarde la mer, on tourne le dos à la ville.
- Je crois que la fille de Gilbert a un faible pour toi, me glissa F. en aparté alors que nous sondions les cales d’un trois-mâts ukrainien de 109 mètres.
- Quel âge elle a, cette gamine ? chuchotai-je d’un œil bien à moi.
- Elle a trois ans de moins que nous, pauvre cloche.
- On reste ? poursuivit mon œil, celui-là même dont je vous causais pas plus tard que là juste au dessus.
C’est ainsi que nous descendîmes précipitamment vers le sud, F. n’étant finalement pas trop pour les parties à trois.
Nous glissâmes sur trois segments de l’Hexagone, de l’Atlantique aux Pyrénées, direction la Méditerranée. Au passage, la larme à l’œil et la culotte d’Anne Archet en bagage, je renonçai à m’attarder sur Bordeaux, le ciel d’Old Cola, de Z&T et de Beleg étant malheureusement constellé de cumulus peu engageants ; pareil à Toulouse où mon ventre palpita de renoncer à la caresse promise par les pinceaux de Bulle (j’espère que par là-bas, vos oreilles ont sifflé, chers voz’aut’)
C’est finalement la Camargue qui offrit aux étoiles le spectacle sans ombre de nos corps encore pâles et emmêlés. A l’instant de ranger mes valises, je trouverai un peu de sable dans les ourlets de mon pantalon encore long des embruns bretons, mais n’anticipons pas.
Nous fîmes un brin de courtoisie à Sun Hee (cf. “rent-a-camionnette” deux posts plus bas). Elle nous fit un accueil digne de sa générosité. Le repos lecture dans le jacuzzi vira en un concours de bouillons de bulles et de tourbillons. De mémoire de turbine triphasée à 1,9 cheval-vapeur, on n’en vit jamais autant dans ce spa.
- On se casse ? lançai-je en me rhabillant.
C’est ainsi que nous restâmes plus que de raison, F. n’étant finalement pas trop contre les parties à trois.
Quelques nuits inoubliables passèrent sur ces journées idylliques.
Nous languîmes nus en proportions inconstantes, prompts à augmenter les ratios pour un oui ou pour un oui, le duvet qui pelisse nos peaux nous invitant à jouir de la caresse du vent, de ce genre de petit orgasme discret murmuré à nos âmes.
Le dernier jour, par dessus son livre et sous ses cheveux désormais péroxydés par une lubie que je pris au mot et en en charge, Sun Hee, de son pinyin english aux R roulés me glissa :
- You bad boy ! Vely bad boy !
Rejoignant le rose ambré de sa vulve, ma langue croisa la langue de F. Ce dernier jour fut aussitôt converti en veille du dernier jour. Et pareil pour celui d’après. Les passions humaines sont moins prévisibles que le calendrier des Postes.
C’est finalement nos sexes usés qui rendirent les armes en premier. Un symbole ou l’autre acheva de me convaincre en boutade qu’il était temps de continuer notre périple. Les blondes boucles de F. battirent à nouveau à mesure que le Sud s’offrait à nous.
La vie ! La putain de beauté de cette putain de vie !
Jamais je ne mourrai, j’en suis sûr.