Archive du mois de mai 2004

30 mai 2004

Droit devant

Elle va où tu dis, elle fait ce que tu dis. Elle te précède, t’anticipe. Elle regarde les tableaux que tu dessines. La plume, c’est elle.

Tu chaloupes, tu raidis, tu croises, tu saccades… tu donnes du nerf à ton Tango.


Tu ne la vois pas, tu la sens à peine. Elle n’est jamais en résistance. A reculons, à la renverse, elle est à toi.


C’est court un Tango. Trois minutes maximum. Mais il y a toujours quelque chose dans le précédent que tu peux poursuivre dans celui d’après. La transition, c’est l’occasion de tremper ta plume dans l’encrier. Tu repars avec un trait un peu plus épais. Puis tu affines à nouveau, encore et encore.


Tu danses pas avec ta cavalière. Tu danses avec toutes les femmes que ton cœur a portées. Elle ne l’ignore pas, elle ignore juste qui. C’est ton secret à toi. Mais elle s’en fout parce que tout l’amour que tu déballes de tes tripes, c’est elle qui se le prend en perfusion.


T’es donc là, dans ta tornade in-vitro. Une belle de ton âme surgit dans ta transe et s’assouplit jusqu’à se dissoudre dans les mouvements de ta cavalière. Pour cette belle, tu décides de mettre du rouge, du rouge qui mord, du rouge qui afflue. Ici tu dilues, là tu épaissis. Tu tranches s’il faut.


Tu es dans le rouge avec elle et tu as trois minutes pour que cela ne cesse jamais.


Ce Tango là fait une belle fin à ton voyage. Tu tiens quelques instants la posture finale, t’es encore dans la magie, ça redescend lentement.


Tu tends les lèvres devant toi pour la remercier de cette danse.


Ton menton bute entre les yeux de ta cavalière.

26 mai 2004

Digitale mnémonique

C’est au Pot-au-Lait. Ça, je m’en souviens. Le contexte, c’est par déduction, je vous l’épargne. En tout cas, je suis sûr qu’on n’est pas seuls au début. Je me souviens aussi que j’aime sa peau. Une peau blanche constellée de petites ombres étranges. Pas rousses, pas noires, peut-être même pas visuelles : des ombres pour abriter des songes, allez savoir.

Il y a ce moment où, par derrière moi, sa voix rauque, tendrement masculine, me demande ce que je veux boire. Je me souviens de ses cheveux infiniment noirs et épais, si rigides qu’ils pourraient peigner ma crinière à moi. Je me souviens qu’en lui disant “même chose que toi”, je me jure de plonger un jour mes mains en éventail dans cette brousse et de caresser ses petites oreilles avec mes pouces.


Je me souviens que je n’ose pas me retourner pour la voir s’éloigner. Je sens ensuite son retour mais je ne sais plus comment. Elle distribue les verres aux autres, garde nos deux portos pour la fin, s’installe face à moi et m’en tend un. De la main gauche, cela a son importance.


C’est mon index, main droite, qui plonge. Il vise un espace vide autour du verre, trouve place entre son index et son majeur. Mon majeur fait son nid dans l’interstice en dessous, contre son annulaire, et ainsi de suite, comme une fermeture-éclair. Enfin, à l’opposé, mon pouce rejoint le sien.


Les mots trouvent ici leur limite car aujourd’hui encore, pour m’être transporté mille fois dans cet instant de nos phalanges qui se rencontrent, seules mes mains on pu m’en rapporter tout le velours. Quand j’y repense, les images s’arrêtent, mon cerveau glisse dans un autre mode, mes pensées voilent leur intelligibilité et… mes mains se souviennent. Essayez de lire ces mots en oubliant qu’ils ont été malheureusement chantés par un tas de crétins pour faire vibrer les filles : mes mains se souviennent ! La peau de mes mains se souvient. Mes mains revivent une mémoire qui leur est propre, en souvenirs de peau, en images de peau, en toucher de peau, en chaleur de peau. Impossible par les mots de vous conter tout l’érotisme de ce contact entre des bouts de doigts qui se placent comme un engrenage sensuellement ajusté. J’aimerais pourtant que vous compreniez qu’à l’instant du souvenir, c’est un truc physique qui se passe, aussi “impressionnant” pour les sens que le présent, le présent du toucher.


Je me souviens également, autre temps, autre lieu, d’un héron qui plane au dessus d’une onde en cascade crémeuse, lissée comme la hanche sur laquelle vogue ma paume. Mais je ne voudrais pas vous lasser avec mes vertiges.

25 mai 2004

Une bulle sous l’O

A l’instant même où vous cessez de feuler, le fauve se dresse face à vous et de ses propres griffes dégage l’endroit de son cœur.


Voyez ces mains qui retiennent ou s’apprêtent à donner.

Voyez ce mouvement qui ne dit s’il ouvre ou referme.

Voyez l’essentiel qui est dans la légèreté.


Merci donc pour cette scène sur votre peau,

pour cette bulle retournée sous mon O,

pour ce B auquel il ne manque qu’un trait pour battre,

pour ces mains qui pourraient signer le verbe "aimer",

pour ces fleurs, ces tornades, ces galaxies

et pour les si gentils mots que vous m’avez adressés.


Très chère Bulle, j’attends avec

impatience vos prochaines coquineries.

Et bravo pour celle-ci :


Cher Philo,


Saisissant votre désespoir de ne point avoir été présenté à mes enjoliveurs de poitrail, comprenant qu’après une si longue attente votre âme ne puisse en souffrir davantage, percevant par vos lettres l’intérêt thérapeutique que vous leur portez, ajoutant à cela le désir compulsif de vouloir mettre une peau à cet étonnant (ce téton ? nan…) fantasme, accordant malgré ma pudeur et mon éducation qu’il est sain de savoir à qui l’on parle, désirant moi aussi vous montrer fièrement ces deux rondes sculptures, sachant pertinemment qu’après les avoir vues vous tomberez à terre baisant pieds et genoux, hurlant mon nom au ciel et demandant à Dieu de vous ôter la vie si je n’en montre plus, percevant presque déjà ce tremblement de lèvre éprise de l’émoi que suscite ces mots sachant qu’après ces phrases viendra l’ultime beauté d’un corps que nul avant vous n’avait osé rêver…


Mais déjà votre main se serre, se crispe et devient moite, l’attente je le vois vous rend un peu rougeaud et déjà quelques tics agitent votre narine.


Moi ?


Je vous remercie je me porte à merveille…


Je prends un grand plaisir à pareille torture et souhaiterais vous tenir quelques heures en haleine, mais vous êtes un homme vous ne tiendriez pas…


Voici votre remède, ainsi je vous libère !

24 mai 2004

Hymen

Il y a eu un craquement organique, délicat mais douloureux, comme un tympan qui se déchire. La douleur s’est cependant effacée sitôt que le ruissellement fut initié.


Un peu de sang coula de l’orifice.


Renforçant la pression, je fis jaillir très vite le liquide blanc. Une vraie, un sacrée putain de jouissance. En miniature.


Le problème c’est qu’une fois que c’est fait, c’est fini, on ne peut pas revenir en arrière. Plus jamais on ne repassera par ce stade.


C’est que cela ne vous arrive pas tous les jours de vous percer un bouton dans le conduit de l’oreille !

22 mai 2004

Vapeurs

Du triangle rouge au triangle bleu imprimés sur la vanne, la douche fondit nos âmes l’une en l’autre avant de nous rappeler à froides lances ce qui d’elle et de moi restait respectif.

Savon, langues et mains prirent toute tangente entre courbes et replis. Nous y perdîmes le souffle, l’équilibre, la raison.


Sous ce feu frisquet et dans l’alternance des plaisirs, je pris conscience que l’érotisme était peut-être notre lien le plus ferme.


- Cette douche, murmurai-je, pourrait durer jusqu’à la fin des temps si tu nous l’accordes…


Puis je me repris en écho :


- …si tu noues la corde.

20 mai 2004

C’est çui qui lit qui l’est


"Dans ma vie sexuelle, il y a avant Philograph et il y a après."



Felicitee, toi que je ne connais pas… Dans un premier élan narcissique, j’ai pensé que je te devais un merci pour

ce texte.

Mais à bien le relire, je dois te rendre à l’évidence : le pHiLo qui te rassure ne peut être que celui que tu as décidé d’extraire du fond de ta tripaille. Le mien ne regarde que son nombril, se fout de la vie et de l’avis des autres, ne recherche l’exception que pour lui, n’explore autrui qu’à son propre profit.

C’est ainsi que sous tes yeux, croyant me lire, tu écris toi-même ta libération. Et que Dieu me garde bien d’aller fourrer mon nez dans toutes tes cochonneries ;-)


18 mai 2004

Quelques secondes d’amour

Tu frôles une panthère dans la rue, du bout froissable de ton sac en papier. Va savoir si tu ne l’as pas fait exprès. Mais tu es un garçon bien éduqué, alors sans t’appesantir ni même ralentir le pas, tu te retournes.

La panthère a des yeux.

Tu en as aussi.

C’est assez pour se dire bien des choses en somme.

Il faut aller à l’essentiel : rester vague.

Et de fait, une vague vient clapoter sur ta rétine, qui s’en retourne aussitôt clapoter contre la sienne. Que faudrait-il dire dans ces moments là ? Que tu l’aimes autant que cet instant qui te lie à elle ? Que ta bite et tes mains vibrent d’un million d’et cæterae ? Que ton cœur mériterait deux claques dans la gueule pour toutes les cochonneries qu’il anime de pulsations ?

Non, te dis-je. Tu es un garçon bien éduqué. Tu souris. Tout le reste fait déjà l’aller-retour entre tes yeux et ceux de la panthère.

13 mai 2004

Le coussin

L’instinct ne nous sert pas à aimer. Juste à nous défendre.


Cette vérité trouve difficilement sa place dans l’animal de compagnie que nous nous efforçons d’être pour l’autre. Il se trouve que nous sommes tous, à des degrés divers, rôdés à contenir ou enrayer les emballements dictés par nos tréfonds.


La ritualisation nous y aide et en cela les sentiments, formatés par les mots -donc par la meute-, constituent un leurre parfait pour nous distraire de la proie. Efficacement, souvent. Jusqu’à nous en ôter le goût.


Mais en ultime analyse, nous n’aimons pas. Nous nous retenons seulement de dévorer l’autre, plaçant ainsi notre corps en danger face au sien : faiblesse d’un esthétisme et d’une tension délectables… en termes chimiques.


Oublie le comment du pourquoi et mes soubresauts sentimentaux, j’ai plus appris sur toi en plantant mes crocs dans ta chair d’oiseau-garou. Je veux encore ton sang sur le coussin. Trait de fluo sur "coussin".

12 mai 2004

Quinte

-Hem hem ! fit-il, tout sottement.

7 mai 2004

Entre chien et Lou


(Liège, Outremeuse, avant-hier)

6 mai 2004

L’échelle de pHiLo

Le face à face allongé était si étroit que je m’adressais tantôt à un œil, tantôt à une bouche. Le visage de Manon, presqu’à nez touchant, n’en était que plus énigmatique.


- Imagine une échelle, lui dis-je. Si tu places au premier degré l’émotion que tu ressens en montant dans un bus, et au dixième le chaos de sentiments qui précède l’orgasme… jusqu’où m’as-tu accompagné ?


- Au neuvième ? proposa-t-elle.


- Et demi ? fit-elle pour ponctuer.


Je pris un air entendu :


- Hélà toi, petite menteuse. Tu veux que je te dise ? Je crois que tu n’as même pas mis les deux pieds sur le septième.


- Tu crois ? qu’elle me laissa en confidence.


C’était une bien élégante manière de me rendre complice des intimes délices à venir.


Jouir, pour certains, c’est inné. D’autres doivent s’y rôder. Dénudez cette apparente injustice des enjeux capitaux qui entourent les choses du sexe et il ne reste qu’une simple différence, semblable à tant d’autres qui distinguent un humain d’un autre.


Je saisis la main de Manon et la posai sur sa poitrine nue.


- Montre-moi, que j’ai chuchoté.


Comme si c’était la première fois, et peut-être l’était-ce, elle contourna d’une paume en tension le lissé de ses seins. Déliant chaque phalange pour minimiser l’effleurement, elle explora la réactivité de ses mamelons dressés.


Je regardais. Oui.


Je voulais en apprendre sur elle. Oui.


Je suis un gros cochon. Si vous voulez, même.


Mais c’est sa respiration que j’espionnais.


Cela est bien étrange à dire, mais l’on ne s’abandonne au plaisir qu’en oubliant l’autre… la communion étant avant tout affaire de synchronisation, donc d’expérimentation. Et voulez-vous que je vous le sentencie aussi doctement que je le conçois ? Nul gémissement, nulle œillade, nul rictus, nulle attitude ne permet de sonder l’abandon de votre partenaire. Tout cela n’est que sociabilité si affinités ou tromperie si pas. Non, le seul trou de serrure qui nous soit ouvert sur l’abandon d’autrui est sa respiration : elle finit toujours par dire la vérité en ce qu’elle répond d’abord aux appels du corps, ne se laissant qu’imparfaitement dominer par la volonté.


Manon se concentrait donc, infiniment. Chercher en soi les ressources d’un plaisir que l’on désire soumettre à la maîtrise de l’autre est un exercice d’une intimité sans pareil.


Son souffle me fut d’abord destiné, comme une offrande. Il voulait dire : “voici tout ce que je n’ose pas me dire, seule”.


Elle tremblait. Ne voyez pas de ces mots que son corps s’agita de frissons, que nenni. Voyez-y plutôt qu’elle vibra, comme la peau d’un tambour résonne au glissement d’un index humide et appuyé.


Peu à peu, elle rengorgeait tous ses réflexes d’expression pour ne plus livrer que l’essence d’elle-même, oubliée dans sa propre concentration.


Toute secousse, tout angle, toute tension se convertirent en une lente ondulation. Manon, n’était plus dans la rencontre ni dans la cérémonie de deux corps qui s’explorent : Manon s’abandonnait.


Oublié le souffle et ce qu’il transporte de messages ! Relégué à sa stricte fonction oxygénante.


Comme une houle, elle vint ensuite tanguer contre moi, gagnant du terrain sur ma peau, ma chair, mes muscles au point de me couvrir puis de me chevaucher.


Il n’y avait pas la place dans cet instant tout à Manon pour que je bande. Souriez d’incrédulité si vous ne comprenez rien à l’amour. Je lui offris donc un petit escargot docile et huileux qu’elle roula entre ses roses replis ainsi qu’un buste dressé, en extension, comme butoir à sa quête.


Alors Manon fit ventouse de l’orée de ses cuisses tandis que mes mains, par ses hanches, appesantissaient aussi suavement que possible son galop frotté sur moi.


Sa respiration commença à se teinter de petits accès rauques. Et quand bien même elle montra des premiers signes d’essoufflement, Manon reprenait le fil de sa concentration par de petites apnées crispées


Jusqu’à… cet arc électrique qui se déchargea par saccades pour reporter l’explosion à portée des sens et à la mesure du plaisir qu’elle était prête à s’accorder.


Un temps inaccessible à la moindre équation s’écoula avant qu’elle me regarde, assouvie, assouplie, défaite et souriante.


- Enfin ! a-t-elle blobloté tandis que nos corps mouillés finissaient de fondre.


Je voudrais que vous compreniez la beauté de ce simple mot : “Enfin”. Ce n’était pas un merci, pas une reconnaissance ni une quelconque forme de retour qui m’aurait été destiné. Cet “enfin”, c’est à elle qu’elle le devait et elle seule pouvait en comprendre la valeur.


Au neuvième, je le crois à présent.


Et demi ?


Qu’importe ! l’échelle compte encore des degrés, au-delà du dixième et la vie est une sacrée putain de tartine à la confiture de soie.

3 mai 2004

Un zeste de Louison

Mais étroite est la porte et resserré le chemin [...],

et il y en a peu qui le trouvent.


Matthieu 7:14

Il y avait cette bibliothèque étrange où se tenait un cours qui ne l’était pas moins. Tiens, c’était d’ailleurs moi le maître de cérémonie.


Il y avait Julie, nue, accroupie sur sa chaise à roulettes, lancée à reculons et à toute vitesse par Emile.


Moi, tout en bite, j’attendais à l’autre bout de l’allée.


Par la suite, comme Anne Archet y invitait, j’ai ouvert l’aventure sur deux voies.


Vous comprendrez en lisant la suite de cette érotique expérimentation de pHiLo-physique des corps en mouvement que Louison a choisi la voie étroite.