Echappement libre

(un parking à Liège, hier)

-Un na !
-Un nem
-Un os
-Un nu
-Un nerf
Je ne vois là nul mystère.
Je te trouve beau, qu’elle m’a dit.
Merci, j’ai fait.
Je te trouve intelligent, qu’elle m’a dit.
Merci, j’ai fait.
Je te trouve attirant, qu’elle m’a dit.
Merci, j’ai fait.
Une goutte blanche brillait sur son front, dernier pointillé d’un trait qui me partait du bout du sexe vers l’épaule.
Elle ne l’a pas essuyée.
Merci, j’ai pensé.
Ben Hur, la tique : Tu connais un bon endroit pour placer son pognon, pHiLo ?
pHiLo : La Suisse ! C’est là qu’on fait des ratios élevés, tique.
Ben Hur, la tique : Et je vais pouvoir y planquer mes oeuvres
colorées du 116ème pape ?
pHiLo : L’art Jean IX est pâle, Ben-Hur !

Rencontre de deux corps, écriture à quatre mains.
Le début, ici, par Louison.
La suite chez Louison, par pHiLoGrApH.
Nous avions finalement décidé de nous voir, dans ce que ce mot implique de plus basique, de plus dépouillé, de plus cruel et raffiné. Pas de nous voir pour discuter, pour boire un verre ou pour faire l’amour. Un “voir” sans but, ni compléments directs ou indirects.
Nous devions donc nous rencontrer dans un magasin, anonyme, rassurant, la Fnac. Une seule règle : pas un mot, pas une parole, de peur de briser le sortilège ténu qui nous lie, ou pire, de le renforcer.
Me voici donc, nerveuse, impatiente, à fureter entre les étagères, à déplacer livres, pages, à tenter de comprendre les résumés, à piaffer d’une sourde excitation. Et s’il ne me voyait pas, et s’il décidait de ne pas s’arrêter ? Alors, je guette, plissant les yeux.
Puis, un souffle sur mon épaule, un frisson, une explosion, une secousse sismique, un tressaillement absolu… Se retourner, doucement, de crainte d’effrayer le loup, de le voir regagner sa tanière, désabusé. Pupilles dilatées, cœur et ventre crépitants, palpitants, je ne suis plus que parée de pourpre. Un ” Bonjour ” étouffé, ravalé, interdit. Il se saisit du roman que je tiens : ” Des désirs et des hommes “. Il sourit, le dépose, me regarde, sérieux, sourcils froncés, bouche crispée, intense regard, mêlé des tourments et des délices d’être là, d’être venu.
Je me dirige vers la sortie, il me suit. Un peu par provocation, un peu par envie, beaucoup par ego, j’adopte une démarche ondulante, langoureuse et nonchalante. Dans cette démarche muette, on ne peut que suivre, approuver et consentir. Pas de mots pour pinailler, proposer une autre destination, revendiquer une amourette, juste le langage du corps, exacerbé, caricatural, animal.
S’asseoir à la terrasse d’un café désuet et complice, se demander le son de sa voix, imaginer mes mains sur lui, les siennes sur moi, j’en tremble comme après l’amour.
Je me lève, je montre les toilettes d’un signe de tête, il acquiesce. J’ouvre la porte, m’y engouffre, m’agrippe au lavabo, m’accroche au miroir. Que voit-il ? Peut-il seulement percevoir mon être en ébullition, mes lèvres tremblantes, mes reins cambrés sous la caresse de ses yeux ? Cela me semble si évident, si visible, si risible même…Et lui, si concentré, si troublant, si émouvant.
Je le rejoins, il a commandé deux Martini blancs. Je tente d’analyser son choix, sonder son esprit. Il sait. Est-ce un message, un avertissement, une offre ? Pourtant, j’y trempe mes lèvres gorgées d’un baiser contenu. Battement de cil, je sors mon agenda, en déchire une feuille et gribouille. Il me répond fiévreusement.
Nos doigts se frôlent, légers, en un ballet aérien.

Puis, il se lève, c’est à moi de l’accompagner à présent, là où il m’emporte, là où je suis, ….
J’épie, j’espionne son corps, cherchant une promesse, une rémission.
Je la sens dans mon pas, inscrivant le sien dans ma turbulence. J’ai l’habitude de marcher vite et c’est souvent un bon test : les filles qui traînent m’agacent ! Elle, c’est de la dynamite, elle me pousserait au cul. J’entends d’ailleurs qu’elle réajuste par moment l’amplitude de son enjambée, histoire de ne pas me rentrer dedans.
Je n’arrive toujours pas à le croire. 19 ans ! De fait, son corps n’est pas celui d’une femme. Ses hanches n’ont pas encore eu leur compte d’hormones. Ses seins moulés à la louche manquent manifestement de brasse : trop hauts, trop tendus, trop parfaits. Pourtant, en songeant à la densité de nos courriers échangés la nuit, toute la nuit, toutes les nuits, cette enfant a un âge que je n’atteindrai sûrement jamais. Peut-on à ce point connaître la métrique de l’âme, du désir, de la sensualité, de l’éros, des passions et de la jouissance sans l’avoir mesurée d’une vie entière.
Nous contournons l’énorme pied de la grue qui trône Place St-Lambert. J’ai envie de me retourner, de la plaquer contre la palissade et de presser ma bouche sur la sienne.
Mais la règle… L’obsédante règle. Se voir et se taire, hors tout. Elle l’a déjà détournée en me parlant par papiers interposés. Je pourrais moi aussi…
L’entrée du chantier n’est plus qu’à quelques enjambées, c’est le dernier espace de renon avant le plongeon. Je respire un grand coup. Je sens son feu dans ma traîne. Deux mètres. Un mètre. Je plonge. Elle plonge.
Nous nous glissons derrière les protections pour nous enfuir derrière la façade démantibulée des anciennes Galleries de l’Innovation. Il faut à présent grimper sur un monticule de gravats. Je lui présente ma main comme soutien à l’ascension. Elle fait mine de me tendre la sienne, lentement, déroulant chaque phalange au ralenti.
Ma main se referme toutefois sur elle-même : la coquine s’est rétractée avant que de me toucher. Son index déployé, ses lèvres pincées et ses yeux ronds pointés sur moi me rappellent à l’ordre. Rien que se voir.
Elle s’élance avant moi. Chaque pas vers le sommet du tas est rapporté non loin du point de départ par un petit éboulement sous le pied. Je la suis. Nous creusons un sillon plus que nous ne gagnons en hauteur.
Tant pis. Je vais la pousser. Je vais poser mes mains sur ses fesses. Je vais poser chacune de mes mains sur chacune de ses fesses. Je vais lui empalmer le fessier. La terre va subitement tourner dans l’autre sens, sinon je vais vraiment lui coller mes deux mains sur ses deux maudites petites fesses. Bon dieu de bon sang, retirez moi ces fesses de la vue et de l’esprit sinon je vais y greffer mes mains. Défessez cette satanée garce, déculez-la, faites ce que vous voulez mais si à 10 ces fesses sont encore là, devant mon nez, je vais, je vais, je vais… Je ne sais pas encore quoi, mais je vais, c’est sûr.
Allô Cap Canaveral, ici pHiLo : le compte à rebours est commencé. Dans dix secondes, je fous ce cul diabolique en orbite d’un grand coup de paluche. Dix, neuf, huit, sept… Foutredieu ! que les secondes sont longues. Six, cinq, quatre… Tu vas voir, ce que tu vas voir, misérable petit cul de mes rêves. Trois, deux, un, zéro, “Ignition” !
Le contact est imminent car l’impulsion musculaire est donnée.
Mais à mon grand dam c’est de son pied qu’elle part en premier. Et à mon plus grand dam encore, c’est sur mon plexus que se produit l’impact, du plat de sa semelle. Je suis projeté à terre. Elle se retourne pour voir le spectacle de mon indignation. Cela l’amuse.
Tout en ricanant, bouche obstinément fermée, elle écrit dans la poussière du talus “Pas touche !”.
Elle s’adosse à présent dans les éboulis, déboutonne cérémonieusement son chemisier pour aussitôt en nouer les pans devant son nombril. D’un pincement du pouce et du majeur, elle fait sauter l’agrafe ventrale de son soutien-gorge. Il fait froid, il fait chaud, je ne sais plus.
Elle ne sourcille pas, ne sourit pas, ne se crispe pas. Elle est vraiment là pour ce fameux “voir”. Et elle prend magnifiquement les devants.
Je reste étalé dans la poussière et les briquaillons, elle redescend vers moi, sur les fesses, en remontant son large pantalon de toile le long de ses blancs mollets, puis de ses blanches cuisses. Ainsi troussée, n’ayant pourtant rien ôté, pourrait-elle être plus nue, est-il possible qu’elle ne le soit pas déjà, entièrement, quand tout mon horizon est baigné de cette blancheur diaphane, tressée de cellules fines, sans duvet.
Il y a des bruits proches, des bruits lointains. Les bus font vibrer le sol. Des cris, des hé, des ah, du brouhaha urbain. Çà et là un grain de beauté me ramène à la surface de son corps. Sinon, sans nul doute, je suis dedans. Loin dedans. Elle me contient, m’absorbe. Déjà je me dilue.
Du bout de la chaussure, elle désigne la boucle de ma ceinture. Je détache. Le bouton. Je détache. Le zip. Je dézippe. La fermeture de mon col Comédie Française. Je dénoue. Les oeillets aux manches. J’explose. Elle pointe tout le haut de son petit nez en trompette. J’arrache.
Elle en fait autant.
Nos torses nus se toisent désormais. C’est à qui aura les mamelons les plus durs. Je vais goûter les siens. J’ai faim de ces mamelons là. Je vais retrousser mes lèvres, je vais me relever, je vais l’écraser de tout son long là où elle tombera et je vais lui bouffer ça. Rien que ça. Même un seul s’il le faut. S’il n’y en a qu’un, ce sera le droit. Oui, celui-là.
Voilà qu’elle l’empoigne par le dessous. L’autre ensuite. Précède-t-elle mes pensées. Les lit-elle ?
Et pourquoi conserve-t-elle les lèvres si sagement jointes ?
Oui, me relever, la terrasser et goûter le bout de ses seins. Les goûter, leur appliquer une légère succion en les contournant de ma langue vibrionique. Laisser à ma lippe le soin de cartographier chaque petit picot de peau rose en érection qui entoure ces deux mamelons prêts à m’embrocher.
Elle me feinte à nouveau avant que je délie le fauve et se glisse sur le flan, à coté de moi.
Ses sourcils tracés au cordeau chapeautent ses grands yeux innocents d’un accent méphistophélique. Mon souffle m’inonde le girond d’un flux d’air rôti. Le sol froid est devenu une grande bouillotte tiède et flasque.
Retroussant à l’extrême les jambes de son pantalon, elle commence à se déhancher, ondule du bassin, se toupillant par la même occasion l’entrejambe en tirant sur l’étoffe.
Ces règles, pourquoi me suis-je engagé à les tenir ? Je vais rouler, m’étaler sur elle, me frictionner aux ondes qui animent son ventre, embarquer dans sa pulpe, me plonger dans ses viscères, la remuer du dedans.
Son regard vibrant et sec m’intime de conformer mes gestes aux sien.
Toujours pas le moindre jour entre ses lèvres.
J’empoigne à deux mains mon colis piégé, me pince le bout du gland, m’écrase la hampe, me presse les burnes. Je repousse le tout aussi loin que mes bras me le permettent. Je relâche et recommence. Je suis ivre de ses yeux.
Mais pourquoi ne desserre-t-elle pas les lèvres ?
Nous sommes face à face sur un tapis volant, sous le soleil chaud des îles. Nous ne nous sommes jamais parlé et j’entends sa voix qui me dit ” Non, pHiLo, non pHiLo, non, non, non pHiLo !” Et de toute l’électricité qui circule dans mon corps, je lui réponds “Retiens-toi petite garce, retiens-moi, retiens tout cela.”
Je garde pour nous l’intimité de nos regards lorsqu’ils se sont communiqués la sève du plus insondable secret de la vie. Cela n’appartient qu’à nous.
Nous sommes restés désarticulés un moment encore dans ce vis-à-vis de tendre soie barbelée.
L’atmosphère sonore s’est brutalement métamorphosée en même temps que le soleil se voila.
Avant de se relever complètement, elle s’est penchée au dessus de moi. Et de sa bouche enfin déliée, elle a versée un fin filet de Martini bouillant, depuis mon front jusqu’à mon nombril.
Enfin, dans le sens inverse, plaçant sa bouche à quelques millimètres de ma peau, elle a remonté la rivière sirupeuse en aspirant de toutes ses forces. Un délice cryogénique et oxygéné, fulgurant, inouï, sidéral.
Je ne sais même pas à quel instant, elle a disparu.
Tu apprendras ici, ma chère Lou, que je me suis raclé le ventre pour me lécher les paumes et récolter les restes de cette lave coulée de ta bouche. J’y ai goûté ta salive, tes lèvres, tes dents, tes gencives, ta langue, ton palais, ton âme, petite tricheuse.
En revenant de la planète «Terres & Briquaillons», avatar urbain de la meule de foin, j’ai soudain pris conscience que le destin de deux parallèles si proches l’une de l’autre -et vibrantes comme elles le furent- se réduirait à néant si l’infini ou l’usure se mêlait de les fusionner.
A Almeria, je ne payais jamais les parcmètres. Seulement l’impuesto revolucionario : c’était la dîme versée par l’homo automobilis soucieux de ne pas redevenir piéton à ceux qui possédaient des pointes d’acier et jamais le bon compte de duros pour les cames de la vie.
Ça se passait façon western. Le type s’approchait de toi en faisant l’azimut pour repérer les képis verts. Il regardait ta main, t’avais déjà préparé la monnaie, histoire d’éviter les malentendus. Il levait le menton au ciel d’un petit coup sec, tu tendais tes duros aussitôt. A l’heure, c’était un peu cher, mais c’était le même prix pour la journée.
Un jour, je n’avais qu’une pièce de 500 pesetas. Le guérillero du parking commençait sa journée, méchamment éméché mais visiblement soucieux de satisfaire sa clientèle : il m’avait promis qu’à mon retour il aurait la monnaie pour faire l’appoint.
A mon retour, donc, il y avait deux bons litres de bol alimentaire régurgité dans la rainure des essuie-glace de ma bagnole et une grande inscription manuscrite sur le capot, à l’encre d’estomac : LO SIENTO (désolé).
Dès années plus tard, de retour en Belgique, quand j’ai désossé ma bagnole pour l’emmener au clos d’équarrissage, j’ai retrouvé derrière le logement de la batterie, cimentées dans un magma de concrétions organiques, quatre pièces de 100 pesetas.
Je sentais bien que ça allait être pour ma pomme. Le joint tournait dans un sens, le rigolo de la soirée choisissait ses victimes dans l’autre.
- Et toi pHiLo, s’il te restait cinq minutes à vivre… Comme tout le monde ? Tirer un dernier coup ?
Rigolo de soirée, je connais, j’ai fait ça des années. C’est un rôle souvent libre et j’ai cru longtemps, avant d’y apprendre le dégoût de moi-même, que je pourrais en extraire le plaisir d’être en meute.
Celui-ci était en dessous de tout. Mal assuré, mal communicant, mal pété. Il avait en plus le tort de me remémorer à quel point j’ai pu me détester.
Un coup de cinq minutes, c’est jouable. Et s’il faut tout dire, ma mémoire en compte. Rien de pitoyable tant que l’on assure le suivi. Mais en prélude au déluge, mieux vaut prendre son temps…
- Je choisirais plutôt un truc qui prend moins de cinq minutes et je le ferais durer.
Monsieur Rigolo ne semble pas trouver son compte dans ma réponse puis son regard s’illumine :
- Une pipe, donc !
Donnez-moi les rênes du pouvoir et je vous interdit les rassemblements de plus de deux personnes. Les groupes ne sont bons qu’à inventer des questions qu’on ne se poserait ni tout seul ni à deux et qui, de ce fait, vous font pipi sur les pieds.
- Un baiser, plutôt. Un baiser…
…dans les conditions imposées par Pao.
Merci l’angle et la lumière : mes doigts étaient propres !
Video au format WMV - (2Mo)
Ça fait tchouc. Et même plutôt tchouc !
Un homme en noir-de-sang sur blanc hache de grosses pièces de bidoche sur le billot.
Tchouc ! Tchouc !
- Vous vous entraînez pour le prochain génocide ? que j’y fais, en attendant mon sandwich au thon.
- Non, qu’il me dit, je prépare le saucisson d’âne, c’est la spécialité maison.
Tchouc ! Tchouc !
- Et votre femme n’en a pas marre de vous entendre débiter des âneries à longueur de journée ?