Archive du mois de juillet 2003

31 juillet 2003

Sandwich sans bretelles

J’aime particulièrement l’application avec laquelle elle confectionne les sandwichs. Elle prend la commande d’un regard, avec l’air qu’il faut pour que la politesse y soit. Elle se penche sur le comptoir-frigo qui la sépare des clients : baguette pré-fendue de la main gauche, garniture de la main droite. Dès que tout est sur son billot, sans cesser de faire face à la file de gloutons et sans bouger d’un pas, elle courbe l’échine et se retire du monde, quelques instants. Ses yeux rabattus sur son ouvrage ont l’air d’envoyer la petite musique des abonnés absents. J’aime d’autant plus ses sandwichs qu’elle les confectionne avec cette concentration démesurée. Jamais un brin de carotte râpée ne dépasse de l’ensemble, le beurre est étalé avec une précision micrométrique, la garniture est disposée avec soin et de manière équilibrée. Je constate que chaque geste est encore en rodage mais qu’elle en expérimente l’optimisation.


Aujourd’hui je la vois poser le couteau à garniture sur le billot, replier les deux volets de pains, puis replacer plus précisément le couteau, à peine quelques centimètres plus loin. Elle encaisse l’argent d’un type, se lave les mains puis les essuie dans la serviette qui pendait… exactement dans l’axe du couteau. Ainsi, le prochain empalmage de la lame prend-il quelques centièmes de seconde de moins…

-Tous les détails comptent, n’est-ce pas ? lui dis-je.

Elle n’a pas l’air de comprendre.

-Le couteau, précisé-je.


-Ah, oui. C’est stupide, vous trouvez aussi.


-Non, au contraire. Votre concentration extrême me fascine.

La fin de ma phrase tombe alors qu’elle est déjà, toute entière, absorbée par l’élaboration de mon sandwich au thon-citron. Je ne suis pas certain qu’elle capte, mais je regarde ses yeux à travers le petit rideau de ses cils inclinés et cela me nourrit de songes avant que d’aliments.

Lorsqu’elle revient à elle –et à moi–, je lui glisse :

-Si je peux me permettre, ce petit haut vous va nettement mieux comme cela, sans les bretelles transparentes que vous portiez la semaine dernière.

-Merci, me dit-elle en me tendant ma commande. Mais c’est plus épuisant parce que, sans soutien-gorge, je ne peux plus me pencher complètement en toute décence.

Voilà qu’elle prend soudain un air de chien qui chie sur le tapis. Comme si elle attendait une gifle, ou une déception. Je reste un peu pantois avant de comprendre qu’elle s’attendait à ce que je lui lâche un truc du genre «Mais avec moi, vous pouvez y aller, montrez-moi tout».

Tentant de ne forcer ni ma nature ni la susceptibilité de la demoiselle, je finaude :

-Si vous voulez, je me place derrière vous et dès que vous devez vous pencher, j’abaisse mon pantalon pour faire diversion.


 -Il faudrait essayer, me dit-elle en invitant du regard la commande suivante.

Puis elle plonge les mains dans son comptoir frigo pour saisir baguette et garniture. Cette fois, souriante, tout en me disant «au revoir», elle se penche loin, loin.


27 juillet 2003

Le choix des canidés

L’indécision ? Les loups la cuisent.


26 juillet 2003

Ça vous pend doublement au nez !

Les pédés d’Amok laissent les pets de dame au Claisse

15 juillet 2003

Conte de l’horizon*

Les rizières de la coopérative Zonthal furent l’objet d’une expérience scientifique. Ainsi, l’on prit un échantillon d’individus que l’on sépara en deux groupes. Le premier se vit simplement demander de faire un tour en voiture en mangeant du riz. Il n’y eut rien de spécial à signaler. L’autre groupe se vit confier la même mission dans les mêmes conditions sauf qu’on annonça aux cobayes que l’ingestion de ce riz produisait des problèmes d’embrayage. Et c’est bien ce qui se produisit.

Conclusion scientifique : avec le riz Zonthal, l’averti cale (l’effet plat, c’est beau)


(*En promotion cette semaine, doublez le jeu de mots en traduisant le titre en anglais. Cadeau de bienvenue : une paire de lunettes «Parade Eyes» dédicacée par Saint-Pierre en personne)

8 juillet 2003

Kit de trépanation Métabo

Ce midi, je passe chez mon marchand de sandwich préféré. A trois euros pièce, faut-y diable qu’ils soient bons ces sandwichs !


Un type me précède dans la file, il n’arrête pas de se retourner avec un air de chercher causette. L’a aussi un air de marlouche avec son entaille qui commence au milieu du front et qui finit sur une joue. Dans le sillon, un œil bien vivant. Quand il cligne, les deux segments de la balafre se rejoignent mais il reste un reflet humide : la chair de la paupière laisse apparaître un triangle vide. Suture mal abouchée sans doute.


Je me risque :
- Vous, dites donc, vous avez dû voir de près le moment où vous ne verriez plus que d’un oeil…
- N’achetez jamais Métabo, je vous assure !
- Vous rigolez.. Vous avez pris un coup de couteau, non ?
- Sur ma mère, monsieur. Je disquais une poutrelle, mon échelle a cédé et la meuleuse m’est tombée là.
- Ça alors, mais vous êtes au contraire une publicité vivante pour Métabo. La découpe est d’une précision chirurgicale.
- En surface, ça va encore. C’est sur les radios que ça craint.


On finit de le servir. Je cherche un truc à dire pour pas finir en eau de boudin :
- Ça vous a rapporté quelque chose au moins ?


Son visage double de largeur, se fend en banane sur un service 32 pièces en porcelaine de Chine :
- Un max !


J’aime bien les gens contents de leur sort.

5 juillet 2003

Les vies dansent

Je finis à l’instant de bricoler une petite machine qui permet de vider des anses.
Quel est le nom que j’ai trouvé pour cette machine ?

PS: Ne vous creusez pas trop, laissez vous guider par l’évidence et n’oubliez pas qu’ici la faune éthique ment !

3 juillet 2003

pHiLoGrApH, zéro de conduite !

Je n’aurais pas dû mais ce fut plus fort que moi.
Je l’avais repérée depuis le versant opposé de la vallée. Si elle n’avait pas bougé, je me serais fié à sa silhouette et ne l’aurais pas distinguée d’un gros buisson.
Il n’y avait donc qu’elle dans toute cette campagne mais elle pesait un hameau à elle toute seule. Je m’arrête à sa hauteur (ou plutôt à sa largeur) et lui demande où je me trouve. Pendant qu’elle me parle, je me laisse distraire par les incroyables bourrelets qui lui bouffissent le visage. Elle est si grosse que la chair de ses joues se referme sur sa bouche, son nez et ses yeux. Ses oreilles sont également victimes de l’assaut adipeux des replis de son cou. Le plus étrange, c’est que l’espèce de rideau qui voile son corps ne présente aucun tombé ni drapé. Toutes les fibres sont en tension. Comment vous dire ? J’ai toujours eu un faible pour les gros, car je leur trouve souvent une expressivité hors du commun. Mais ici, je dois reconnaître que j’étais dominé, écrasé, par le sentiment d’avoir affaire à un monstre de foire.
Je la remercie pour ses explications auxquelles mon esprit n’a malheureusement concédé aucune attention et je remonte ma fenêtre. En passant la deuxième, je me retourne vers la place du mort où A. finit de se mordre les lèvres et je reprends le cours d’une conversation précédente, comme on rallume un mégot :
-Tu vois, A., tu me demandais mon genre de fille… Et bien comme elle : athlétique mais avec des formes.
Et comme ce n’est pas bien de pleurer sur le malheur des autres, nous décidâmes d’en rire.

2 juillet 2003

L’électricité qui lie ou délie les langues (selon le contexte)

Hier. Panne de secteur pendant toute la matinée dans le centre-ville. Jamais vu autant de monde à l’arrêt. Des files immenses s’étiraient devant les magasins dont les ordinateurs restaient sourds à tout encaissement. Des gérants, un pied dans l’échoppe, l’autre dans la rue, semblaient sonder l’horizon pour y détecter le retour éventuel du jus. Chacun révélait un visage plus humain. Des inconnus se parlaient, se considéraient mutuellement.


Une dame, bicentenaire à vue de nez, m’accoste :


-Monsieur, savez-vous pourquoi rien ne se passe nulle part ?
-C’est la révolution, ironisai-je, les gens viennent de comprendre que sans électricité, il parvenait plus facilement à parler.
-Ça pardi ! Vous auriez dit cela à mon mari, il vous aurait ri au nez.


Je reste perplexe, ne sachant pas trop si elle a compris ce que je venais de dire. Puis elle précise :


-La gégène, monsieur. Mais vous êtes trop jeune pour avoir connu ça, sûrement…