Archive du mois de avril 2003

30 avril 2003

Un rapprochement serré, serré…

Le mec vient se caler à ma hauteur et pendant que son chien m’aboie que je suis un putain de ma race, le mec me fait la traduction gestuelle au cas où son air d’enculé furax ne percuterait que du coton du côté de ma calotte.

A travers la fenêtre, je lui articule que je suis désolé et que j’avais pas deviné qu’un connard dans son genre déboucherait au double de la vitesse autorisée au moment où je m’engageais. J’ajoutai dans un sourire qu’il pouvait se calmer et que je ne doutais plus un seul instant du caractère envahissant de ses frustrations sexuelles.

Comme ça n’avait pas l’air de l’apaiser, j’entrepris quelques simagrées dans le registre des civilités automobilistiques (ouah, Word reconnaît ce mot alors que je croyais l’inventer et le justifier par d’autres «-istiques» stupides telle la footbalistique). Ainsi je conjuguai dans plusieurs langues visuelles l’Hymne du majeur déployé, la Convention internationale du bras d’honneur et les minutes des Assises du poing levé. Mais rien n’y fit : Babel était de la partie et nous ne nous comprîmes pas. Notez que son clébard avait l’air de chercher à jeter de l’huile sur le feu. Je finis par tenter un décrochage et il sembla capituler.

Sauf qu’au feu rouge, ce couple inter-espèces me rejoint et voilà-t-y pas que le moins canin des deux sort de sa bagnole et se met à grandir comme le haricot magique dans mon rétroviseur. C’est ici que le récit se divise en Y et je fais appel à votre bon sens pour deviner quel axe emporta mon choix :

1. J’anticipe l’arrivée de Mister Ronchon, je m’arme de la Ciabatta que je ramène dans mes courses de chez Delhaize et je le tabasse dans un gros nuage de farine devant les yeux ébahis des autres tomobiliss’ et du clebs qui se met à chialer pour que sa mère vienne le reprendre.


2. J’amorce une manœuvre hollywoodienne pour dépasser en troisième bande (la route n’en a que deux) le charroi qui attend que le sémaphore crache sa Valda et, ô miracle, une contre-allée me permet d’éviter toute prise de risque.

Indice : on n’est jamais trop lâche.

28 avril 2003

Partouze en vert

Apparition dans mes phares d’un bataillon de batraciens traversant la route à la faveur de la nuit. Je pile pour ne pas faire un carton chez la gent verdâtre et je laisse passer ce rutilant petit convoi en rut et en route pour la partouze tout en me racontant des histoires sur leurs pratiques (que pourrait-on faire avec de si longues jambes, nous ? Délire d’images érotico-bizarres), sur les décors de leurs ébats (et nous si on baisait toujours dans du feuillage humide ?), sur leurs expressions (Ragazza vieni côa ! On baise ou côa ? côa ma geuuuuule ?), etc…

Puis une grosse dondon de la famille Frog m’extirpe de mes crapauderies parce que, alors que j’entrevois un passage pour ne pas faire « soupe à la grenouille sur son lit de tarmac », elle vient y dodeliner en consentant à faire un vague saut, plutôt même une sorte d’étirement rampant, toutes les 10 secondes. A ce rythme là, non seulement tous ses congénères auront déjà fumé leur clope post orgasmique avant qu’elle ait passé la ligne blanche, mais en plus, moi, je vais finir par devenir neurasthénique (passé l’amusement, on comprend vite la tragédie que ça doit être d’avoir tous les mêmes pulsions en même temps : imaginez-vous que le quinze août en Outre-Meuse soit une gigantesque partouze et que cela constitue votre seule jouissance annuelle. Oubliez la partouze édoniste qui pourrait en laisser certains rêveurs et pensez plutôt que, pour ces bébêtes, c’est plutôt à la manière «chaise musicale» : y’en a pas pour tout le monde).

27 avril 2003

Sexe, amour et téléphone

Elle battait si fort des cils que mon chapeau s’en trouva à deux doigts d’être soufflé. Semblant disparaître puis aussitôt renaître dans un roulement d’épaule, elle me roucoula un « Hmmmm… » d’un genre d’une qui veut faire savoir qu’elle est chaude comme une baraque à frites et que c’est le moment de faire un petit ba(i)se-jump jusqu’au plancher.

Nous eûmes à peine ouvert nos parachutes que déjà nous nous emboîtions l’un à l’autre comme des cartons d’œufs. Peu soucieux des conventions, c’est par d’abyssales épousailles que notre extrospection commença, pour finir avec bonheur dans les prés liminaires.

Lorsque plus aucun contact n’échappa à l’humidité de nos peaux, la fusion s’annonça. Les fluides devenaient plus visqueux, les muscs plus étourdissants et le téléphone plus sonnant.

« Dring » compris-je après plusieurs sonneries, revenant légèrement à moi, ivre d’étreinte. Une sorte de réflexe guida ma main vers le combiné, pendant que, soumis à l’inertie du plaisir, le turbo s’enclenchait en vue d’une magistrale explosion du joint de culasse sur la ligne d’arrivée. C’est précisément le moment où ma main rapporta, tel un toutou bien dressé, le cornet à portée de râle.

Je me vois encore, propulsé en orbite dans une jouissance sidérale, bêlant une suprême « OuaaaaaaahhhhhRhhhhhaaaaaaa… » dans l’émetteur avant de raccrocher.

Moi, je vous le dis, l’amour ça ne peut faire de mal à personne. Crampe aux doigts de pieds et sel sur la vie garantis… et plus si affinités !

26 avril 2003

Lis tes ratures !

On vit une drôle d’époque :  
Les téléphones s’enfilent ; les oiseaux s’entêtent ; la mousse tache ; les souliers verts nient ; le bar « Biture » hique; le cuir à ses potes aime Keen et les six zoos aboient. L’on dit même qu’un jour en dînant, la couque arracha. Si vous n’en avez rien à fourrer, sachez que demain le temps sera plus vieux (ce qui va de soi) et qu’il fera beau à Seraing.

25 avril 2003

Comptoir d’insulte interactif

Je fais ici appel à notre fond commun : la bassesse et la vulgarité. Insultez-moi donc dans les commentaires, inondez-moi de votre fiel, lâchez ici la vermine de vos pensées les plus fétides, soulagez votre chiasse cérébrale en humiliant l’inconnu que je suis, videz-vous du pu et des toxines qui gangrènent votre épanouissement personnel ou social, vidangez la souillure la plus obscure de votre existence, vomissez les acides polysaturés de frustration qui font qu’à deux doigt de devenir celui que vous voudriez être, vous redevenez constamment celui qui pend là, devant vous, quand vous vous voyez dans la glace… Du pipi-caca, de la raclure, du jus de bouton, ou de l’insulte A.O.C. brodée en pur poil de couille : laissez-moi quelque chose de vous… Si vous n’êtes pas en verve, ayez simplement une pensée méprisante, en espérant que le silence daigne m’insulter pour vous…

23 avril 2003

Pas cons les mômes !

Le petit B., 5 ans, joue dans le petit tas de terre où chacun vient douloureusement poigner. Personne ne semble lui tenir rigueur pour le chambardement de protocole imposé par sa jeune insouciance. Il ne manque d’ailleurs pas de se répandre en fureurs lorsque ses parents le soustraient au monticule que deux hommes en salopette envoient désormais dans le trou par pelletées respectueusement sous-pesées. C’est finalement le spectacle de la caisse en bois disparaissant sous la pluie de terre qui le ramène au calme.


-Y’a plus, dit-il, amusé, lorsque le dernier éclat verni s’abandonne aux profondeurs.


Pendant le café qui suit, chacun interrompt sa commémoration pour accorder un sourire au petit B. et probablement pour ne pas l’encombrer avec une douleur propre au monde des adultes.


« Il est si innocent », «il ne peut pas comprendre», « à cet âge là, on ne sait pas ce que c’est », ça fuse de partout… Et chacun trouve dans ces sentences un prétexte pour surmonter son chagrin.


Lorsque, selon les prescriptions du défunt, l’on servit un superbe muge à grosses lèvres pour le goûter dînatoire (il avait du goût et des mots), le petit B. avisa le poisson grillé et s’écria, plein de compassion : «Oooooh, il est mort !»

23 avril 2003

Conseil pour les moches

Sois belle : étête-toi !

22 avril 2003

Le fidèle compagnon de mon cul

21 avril 2003

La co-errance

Elle m’énumère l’interminable –et insoupçonnable– liste de tous les aliments devenus tabous dans son alimentation sous prétexte qu’ils contiennent de près ou de loin du bœuf, du veau ou de la vache…


Je remballe donc mes gommes au vin (l’eussiez-vous deviné qu’il y a de la gélatine de vache folle là-dedans ?) et lui présente une armée de carottes crues en guise de passe-fringale .

–Amène-moi également un cendrier, me prie-t-elle…


20 avril 2003

Spaghetti de matière grise

Vers six ans surgirent en moi deux questions récurrentes :


-A quel âge les autres sont-ils nés ?


-Le monde existe-t-il encore quand je ferme les yeux et y a-t-il moyen de surprendre son inexistence en ouvrant les yeux (ou en me retournant) très vite ? Questions subsidiaires à l’époque : la lumière qui forme ma vision a-t-elle une direction ? Si oui, vient-elle vers mon œil ou s’en échappe-t-elle ?

Vers dix ans j’avais plutôt des craintes que des questions :


-Quand je passais du temps éveillé dans mon lit, j’imaginais souvent la mort de mon père.Je ne voyais pas cet événement particulièrement proche mais je m’y transposais à l’âge de dix ans et cela me terrorisait. Dans ma vision éveillée, je le voyais tire-bouchonner des jambes puis s’effonfrer, à la manière d’un certain personnage issu d’un album de Lucky Luke (peut-être ce personnage est-il Lucky Luke lui même, d’ailleurs. Dans mon souvenir il est tout vert et ça se passe près ou dans un saloon. Si vous le connaissez, un scan me ferait un plaisir fou)


-Comment pourrai-je survivre à la nécessité d’être viril quand je devrai faire mon service militaire ?

Vers douze ans, je mêlais craintes et questions :


-Combien de trous une fille cache-t-elle sous sa culotte et combien sont baisables ?


-Trouverai-je un jour une fille qui voudra bien LE faire avec moi ?


-Finirai-je ma vie tout seul ?

De quatorze à dix-sept ans je ne me posais pas de questions. Je profitais de la vie, de l’amour, de l’amitié. Parallèlement, je mentais à tour de bras et je complexais à tire-larigot. Mon rêve le plus cher était de rencontrer Renaud. Mon ambition intime était de devenir S.D.F. J’avais découvert cette abréviation en vacance sur France-Inter. Je me forçais à lire, non pas pour me cultiver mais pour pouvoir avoir l’air cultivé, nuance.

C’est entre dix-huitet vingt ans que j’ai commencé à convertir craintes et questions en fascinations –éventuellement à caractère morbide ou interrogatif –. Quelques obsessions qui durèrent longtemps (certaines persistent encore) :


-Parmi les atomes qui composent les molécules structurant les cellules dont je suis fait, y en a-t-il (des atomes, donc) qui ont appartenu à des individus ou des animaux très anciens, des montagnes lointaines, des bâtiments antiques, des particules d’astéroïdes toujours existants ?


-La première cellule de laquelle je suis issu est-elle toujours en moi ? (bien que cette question soit sans objet puisque cette première cellule n’a jamais cessé de se diviser, son intitulé me plonge dans de délicieux abîmes de réflexion. Idéal pour attendre le train)


-Combien de temps faut-il au corps humain pour renouveler l’ensemble des atomes qui le composent ? (Je le sais depuis peu, flûte)


-Combien y a-t-il eu d’êtres humains en tout depuis le début de l’espèce ? (je n’ai jamais trouvé de réponse à cette question, quelqu’un a-t-il des sources ?)


-La somme des vies de tous ces êtres humains représente-t-elle tout ce que la vie peut être ?


-A partir de quand l’émotion cesse-t-elle d’être incontrôlable ? Peut-elle seulement le devenir ? N’avons-nous pas une conscience permanente de nous-même ?


-Quelle couleur verrais-je si l’on connectait mes nerfs optiques au cortex visuel de quelqu’un d’autre ?


-Par où perçois-je le plaisir quand je jouis ? En effet, je constate qu’un simple jeu cérébral permet de se conditionner à une perception/interprétation supérieure du plaisir lors de l’orgasme. J’imagine, qu’il serait également possible de se conditionner cyniquement pour laisser survenir un orgasme en soi sans y participer et n’en percevoir/interpréter aucun plaisir. Si c’est vraiment le cas, cela prouve-t-il que le plaisir sexuel n’est qu’un conditionnement cérébral similaire en nature au plaisir non sensoriel (comme le fait de se réjouir d’un événement) ? Si je m’analyse correctement, le plaisir «localisable», c’est à dire principalement celui que ressens lors des phases de l’éjaculation, l’est surtout à travers une visualisation mentale de l’éjaculation elle-même. Plutôt donc une projection (sans jeu de mots –et je me retiens-) qu’une perception. Mais je garde à l’esprit que rien ne s’oppose non plus à l’idée que les deux coexistent.


-Tiendrai-je toute ma vie avec la certitude que la conscience n’est «qu’» un phénomène électro-organique ?


-Pourquoi certaines musiques me font-elles frissonner ?

Mais je ne vois pas ce que vous en auriez à foutre…

19 avril 2003

Ourobouros

CELUI_QUI_LIE_CECI_EST_UN_CON


Superzut ! C’est encore pour ma pomme.

18 avril 2003

Déplacement d’espace (théorisation)

L’anecdote précédente est en quelque sorte l’expression spontanée d’une figure de style nomée dystique holorime.

Dystique=poème en deux vers (ce qui est déjà pas mal si on considère qu’un seule suffit à bouffer une pomme). Holorime=qui rime en tout, syllabe par syllabe.

Exemple extirpé de ma mémoire qui la tient d’un bouquin intitulé “La logique de l’usage” (j’offre un authentique crâne de Napoléon à 20 ans à celle ou celui qui retrouve l’auteur) :
Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses
Danse, aimé, bleu laquais. Ris d’oser des mots roses.
Stouffant, non ?