Archive de la catégorie 'Introspections'

2 décembre 2008

Par le chemin des sangliers

C’est ma nouvelle drogue. Je me déguise en crétin aérodynamique et je vais faire pfiou-pfiou pendant 10 kilomètres autour de chez moi. J’ai la panoplie complète : des godasses que quand t’arrêtes de courir dedans elles font encore deux pas pour toi, des bandes réfléchissantes aux mollets pour ne pas me faire scrawer par les voitures sur les portions carrossables, une montre qui fait bip pour dire « Allez, hue ! » et bip-bip pour dire « Hélà, hôôô », un traceur GPS, et mon fidèle bigophone qui prend le relais de l’iPod lorsque ce dernier déclare forfait après un programme MixColor à 30° et deux heures de séchoir.

Y’a cette grande fille aux articulations en chewing-gum tiède qui me sonne parfois. Tu cours ce soir ? C’est toujours oui, je cours tous les soirs où elle sonne.

On s’est connus à cause de son chien qui a un problème d’ordre psychosexuel avec les joggeurs, genre il a dû se faire sodomiser par un lévrier quand il était tout chiot. La douzième fois qu’elle est venue le retirer d’entre mes guiboles en criant «Nooooooon ! Paaaaaas les lacets du monsieur !», elle m’a dit «Demain, je fermerai la barrière, c’est promis».

Le lendemain, à la place du clébard, il y avait elle. Aérodynamisée pour un parcours pfiou-pfiou.

Avant qu’elle m’emboîte le pas, on s’est fait la bise. C’était magique. J’avais la peau des joues glacée en surface, anesthésiée, mais dessous, ma chair était bouillante et réceptive, si bien que ce chaste contact me laissa la sensation de recevoir sur ma langue l’empreinte de ses lèvres.

Nous courûmes côte à côte, et bon sang que ce fut charmant. Les grandes filles aux articulations en chewing-gum tiède, c’est fabuleux, ça court tellement souple que ça décolle à peine du sol. Résultat : un cul exceptionnellement musculeux. Et ne vous attendez pas à ce que je justifie ce taste-fesse autrement que par l’équation suivante: le jogging force la concision des propos et le geste est moins dommageable pour le souffle que la parole.

Hier, tandis que nous empruntons le chemin des miradors, en contournant le grand gagnage où viennent paître les chevreuils de la région, elle évoque sa jeunesse et me désigne pas moins de 4 endroits où elle a perdu sa virginité, ce qui finit pas provoquer mon étonnement.

– Oh ! s’exclame-t-elle, à chaque fois que je fais l’amour avec un nouveau garçon, j’ai l’impression d’être déflorée.

– Si tu les choisis de calibre croissant, peut-être n’est-ce pas qu’une impression, dis-je.

Passent quelques pfiou-pfious contenus avant que son souffle parte en saccades puis en un inextinguible fou-rire. Et voilà que sous notre nez, le taillis égrène une horde de sangliers. Des gros, des petits, des noirs, des roux, des bossus, des froussards, des furax, des décidés, et même un qui ressemblait à mon prof de physique, des trotteurs, des sauteurs, des couçi-couça, des lisses, des rêches, des qui ont l’air de ne pouvoir dire que Grumpf, des snobs, des rigolos, des qui font comme les poissons quand ils sautent hors de l’eau, là, tout frétillants de partout avant de refaire un petit rond plus loin, des champions du monde de tout-droit-sans-regarder-ce-qui-se-passe-autour, des homosexuels refoulés, des caricatures de sangliers, des ectoplasmes de sangliers, des sangliers-gare, des sangliers, quoi, tout plein, relançant chacun les rires de plus belle et laissant au final, dans l’air bleu de l’entre chien et loup, un délicieux parfum de fauve. De sauvagerie. De sexe. D’amour.

Il y eut cet instant fugace, quand nous reprîmes nos esprits, où nous nous trouvâmes comme deux amants qui se relèvent de leurs premiers ébats. Il faut même parfois beaucoup et rudement copuler pour gagner cet instant, cette complicité de la rentrée dans l’atmosphère.

Un jour, il ne serait que justice que je paie pour cet immonde privilège qu’est ma vie, qu’est mon bonheur. Pensez donc, une fille sublime s’offre à me suivre et voilà que me tombe entre les mains la clef pour lui faire rire des sangliers !

7 septembre 2008

Arrêter…

Je n’ai jamais cherché que l’ivresse.

J’ai aimé, j’aime et j’aimerai pour l’ivresse qui toujours me gagne d’aimer. Et pour la même raison, je conjugue aux mêmes temps le sexe.

Mais la paradoxale solitude dont j’ai toujours eu besoin, je l’ai mêlée, vingt années durant, en vapeurs de cannabis, à l’air que je respirais. Je fus un banal fumeur de joints, comme tout le monde, à courser les hauteurs de l’esprit du plus profond des divans qui s’offraient à mon quotidien. Je finis au fil des ans par devenir un fumeur d’exception, dosant d’une précision alchimique les accès à ce qui était devenu désormais mon état second : la lucidité. Et croyez bien que je n’abusai point d’elle.

Pour le cannabis, j’arrêtai la cigarette. Pour le cannabis, j’arrêtai le sport. Pour le cannabis, je pris des risques aux douanes, au travail, en famille, en amitié.

Il n’y eut que la boxe, récemment donc, pour initier l’inversion de mon réacteur à THC. A force de progrès, je m’affrontai à des colosses de plus en plus exigeants côté souffle et qui, à leur insu autant qu’au mien, libérèrent les germes d’une raisonnable abstinence. Y’avait en effet eu ce match chez les dingos, à Lisbonne. Je m’étais dit «pas fumer avant».

Bon, j’avais quand même fumé avant, mais je m’étais vraiment dit qu’il valait mieux ne pas le faire. Oui, c’est bien là que ça a commencé.

Après, ça a été comme un engrenage, j’ai rien vu venir. C’est insidieux, vous savez. Vous vous dites : non, je ne vais pas finir comme tout le monde, je vais pas flancher. Et bien si, j’ai été complètement dépassé : j’ai arrêté. Ar-rê-té ! Dù bïst cömprêhèndó ou bien ñëcêsïtàyùskí pàntömîmó ? Aujourd’hui, cela fait très exactement un an et une semaine que je ne fume plus.

M’auriez vu les matins, à l’époque où. Le temps de me désennocturner, de baiser un coup la fille qui était à côté de moi, de prendre une douche, de me laver les dents, hop ! c’était incontrôlable : je fumais mon p’tit pécot truffé. Et ben là, c’est tout aussi incontrôlable : pile là où je fumais, eh ben je fume plus. Finie ma petite fumette matinale, finie ma petite fumette mid-matinale, finie ma petite fumette post-matinale… Et pareil jusqu’au soir, pour recommencer de même le lendemain. Je ne fume plus. D’ailleurs, je ne fume tellement plus que je ne fume pas.

Tout cela pourrait être une belle histoire, mais je dois être honnête avec vous. On m’avait prévenu. Y’avait un risque énorme de passer d’une addiction à une autre. Au moment d’arrêter de fumer, je me suis donné comme jamais à la boxe et à la muscu… je m’étais même mis à la natation, pour ne pas succomber à de nouvelles tentations.

C’était trop beau.

Savez pas ce qui m’est tombé dessus ?

D’vinez pas ?

Putain, je cours à présent. Je cours. Je veux dire, maintenant, je me lève pré-désennocturné, je baise un coup la fille qui est à côté de moi. Je prends pas ma douche, je rebaise encore un coup la fille qui est à côté de moi, des fois qu’elle ait pas bien fait la différence entre son rêve et le premier coup, je me lave les dents et… je m’en vais courir.

Alors je cours comme un con. J’ai mon petit short. J’ai mes petites chaussures. J’ai mon petit singlet. Et je cours. Je fais Hmpfff avec mon nez, je fais Pfiouuuuuu avec ma bouche pendant qu’avec mes pieds, je fais chouip-chop-chouip-chop-chouip-chop à travers la campagne… Je crois qu’on peut pas mieux dire ce que c’est courir. Je sais c’est con.

Le résultat, c’est que plus rien ne m’essouffle que courir.

Mon truc, c’est ça : je vais tout droit. Quand ça fait mal ici, je continue. Quand ça tire là, je continue. Quand ça commence à chauffer dans les poumons, je continue. Et quand ma gorge est prise par la lave, tel un vagin tuméfié par une compétition de décoïtlhon, j’accélère jusqu’à essorer mes muscles de leurs derniers joules. Alors enfin, je fais demi-tour, et c’est là que courir commence, qui jusqu’à ce point n’était que… continuer. Courir, c’est quand tu prends le courant de ton cerveau pour faire aller tes pieds.

Je ne voudrais pas jouer les revenus de tout, car mon but dans la vie est justement de me perdre, aussi ne tenterai-je pas de vous dire laquelle, du cannabis ou de la course, est l’ivresse la plus appétissante. Ce que je sais pour moi, c’est que celle du cannabis, j’ai fait le tour de tous ses plaisirs. Elle m’est devenue un peu fade.

Je vous souhaite de toujours trouver les drogues qui enivrent et embellissent votre vie.

P.S. : Et le premier qui me parle de se laver les dents avant de baiser un coup est une chiffe molle : la minette au dentifrice, les mousmées, z’aiment pas ça.

29 avril 2008

Cunnilingus et parallaxe

Toujours j’aurai fermé un œil sur ce monde pour, de l’autre, débusquer ses alignements. Dans le chaos sans profondeur des choses, il suffit parfois de bien disposer son regard pour se trouver au bout d’une ligne reliant deux points, ou plus, qui n’auraient eu sans cela aucune perspective.

Ainsi, la pointe de ma langue frilimilicote-t-elle les cinq centimes en bronze de cette souris lorsque mon œil gauche écrasé contre sa fesse offre au droit une prodigieuse projection clito-mammelon-pupille qui me fait dire que la parfaite harmonie se résume parfois à un point qui en cache un autre.

29 janvier 2008

Mental moteur

J’avais le guidon le plus large de tout Amay. Pensez, le guidon tout complet d’une vraie moto adapté au vélo d’un gamin ! Du jour où mon frère me l’installa, monter la chaussée de Tongres cessa d’être un calvaire : quand pointait la douleur dans mes cuisses, je donnais un tour à la poignée des gaz et vroum ! ça grimpait tout seul.

Partout où me menait ma bicyclette à propulsion cérébrale, fusaient les mètres à ruban : combien. Tout le monde voulait savoir combien. Je disais que je ne savais pas, que je n’avais jamais compté. Mais sitôt qu’une mesure mal saisie soustrayait un centimètre à mon orgueil, je rectifiais.

– 72 centimètres ! s’incrédulisaient-ils tous.
– …d’envergure, complétais-je, histoire de ne pas garder pour moi toute la poésie de ces chiffres.

Ainsi, souvent, c’est à dos d’oiseau que je repartais.

Sûr, je ne pouvais pas tourner très serré avec un tel guidon et je me disais qu’il faudrait faire drôlement gaffe à ne pas griffer les voitures quand je les dépasserais sur l’autoroute, mais pour le reste, j’avais Amay, tout Amay, d’Ombret aux Mirlondaines et de Flône à Ampsin, autant dire le monde, à pas plus d’effort qu’un tour de poignet.

La poignée des gaz, à chaque fois que dans ma vie j’en eus le besoin, toujours je l’ai retrouvée. Et quand c’était pas dans ma tête, c’était dans mon froc.

6 janvier 2008

Clopin-caha

L’infirmière a scié mon plâtre et m’a lavé le pied. Purée de sensation ! Comment vous dire ?

Quand cette Marie-Madeleine de fortune a posé sur ma cheville ce linge imbibé de lotion fraîche, j’ai joui. Pas giclé, pas bandé, pas frétillé du slip, mais lisez bien quand même : j’ai joui ! De la jouissance sans orgasme, comme dans les légendes féministes post-soixante-huitardes, comme dans le numéro annuel de Marie-Claire spécial «Mal-baisées, pas notre faute», comme sur Doctissimo.fr rubrique «J’voudrais bien, mais j’peux point, ouin-ouin-ouin» : un vrai putain de mégabonheur physique, explosif façon champ de mines, qui partit de mon pied et gagna en cascade le reste de mon corps jusqu’à me chavirer l’esprit et M’assouvir majusculement.

Le pied !

Puis j’ai un plâtre de marche, à présent. A moi les grands espaces et le grand air à nouveau.

***

Un plâtre de marche, c’est rien d’autre qu’une bottine de ski. Dormir avec une bottine de ski ? No problemo. Baiser avec une bottine de ski ? No problemo. Prendre un bain, harceler les passantes, faire de la muscu, pouçoter 200 bornes en autostop… avec une bottine de ski ? No problemo. Mais descendre pisser en pleine nuit, avec une bottine de ski, par un escalier qui est aussi raide que toi alors que t’es pas chez toi ? Même à raconter, ça fait pas un belle chute.

***

Enfant, mon père me racontait l’histoire du tailleur de pierre qui est manchot. L’histoire du tailleur de pierre qui est manchot, c’est l’histoire d’un tailleur de pierre qui est manchot, qui tient son burin dans sa bouche et qui tape sur sa tête (avec le marteau qu’il a dans l’autre main, celle qu’il a encore, justment). Puis il aime ça, taper sur sa tête, parce qu’entre les coups, cha fait du bien. Tout était dans le «cha», évidemment, parce que quand mon père disait «cha», on comprenait que le tailleur de pierre avait les dents toutes cassées, puis comme mon père se mettait à loucher, on comprenait que le tailleur, ça le rendait marteau aussi, les coups de marteau, comprenez ? Mais ce que je veux dire, ça n’a pas grand-chose à voir avec tout ça : marcher avec mon plâtre de marche, sans les béquilles, sans devoir sautiller sur un pied, ça m’a rempli d’une joie indicible.

***

Mon plâtre de pas-marche, mon plâtre d’à cloche-pied, mon plâtre de totale dépendance, cela fut, pendant 14 jours, comme échouer sur une île de tristesse dans cet océan de bonheur qu’est devenue ma vie depuis que j’ai renoncé à l’enfance. Ça m’a rajeuni. Je ne souhaite cela à personne. Toujours, je plaindrai les enfants.

21 décembre 2007

Le pied en équin - constats au quart de ma peine

– Me plâtrer le pied alors que rien n’est cassé ? Vous voulez rire ! que je dis.
– Il y a soixante points de suture à l’intérieur, Monsieur, dans le muscle et dans les tendons. Si vous redressez votre pied avant six semaines, vous déchirez tout.

Trois heures plus tard, entre deux jolis seins qui s’arrondissent pour m’épancher les glandes, je gicle des lacrymales. Trois heures de bancalité m’eurent donc suffi à prendre la mesure de la misère qui m’attendrait ces prochaines semaines. La vie telle que je l’aime, ma vie à moi, elle tient pas sur un seul pied. Du tout, du tout, du tout. Et les béquilles, au fond, je me demande si c’est pour me soulager ou pour m’encombrer plus encore.

***

Je tourne en rond. Je me branle, je me rebranle, j’attends qu’on vienne m’aimer. Qu’on daigne. Jamais de ma vie je ne me suis senti aussi passif. Alors je vire cynique. Le cynisme c’est l’humour des gens qui n’ont plus la ressource de s’enfuir au cas où le rire tournerait mal.

***

Samedi passé, j’ai tâché d’aller décocher le sourire de Gwendoline dans sa cahute en bois. Quand je me suis trouvé à 5 minutes de là, je me suis rendu compte que tout le jus que j’avais dans ma tête pour lui élargir la bouche s’était évaporé à marcher sur mes deux bras. Gambader en béquilles, au-delà du kilomètre, ça vous tarit l’esprit. Alors avant que d’arriver, je suis reparti, vide. Triste même.

***

Je dois me piquer tous les jours dans le gras du bide pour enrichir beaucoup les laboratoires GlaxoSmithKline et éviter un peu les risques thrombo-amboliques liés à la broderie sous-cutanée.

Je souffre depuis toujours d’un délire singulier lié à l’injection. J’ai l’impression que tout ce qui me rentre sous la peau a pour effet secondaire de me booster la libido. Sitôt que ça pique, ça trique. Pis faut bien que ça passe. Alors j’astique. Et si j’ai de la visite, j’use, j’use, j’use les nerfs. Et parfois les muqueuses amicales.

***

J’vous ai pas dit comment c’est arrivé ? A la boxe, pendant un exercice tout à fait inoffensif, c’était mon tour de reculer. Y’avait ce haut miroir adossé au mur. Je l’ai croqué du pied, il s’est cassé en quelques gros morceaux et le plus haut m’est tombé en dague dans le jarret, sectionnant le muscle sur deux tiers de son épaisseur et quelques tendons au passage. La photo là-haut, c’est après dix jours, quand on m’a changé le plâtre.

26 septembre 2007

Désérection

Tout à coup, ta queue, ta bite majestueuse, que dis-je, ton éminent organe n’est plus qu’une misérable quéquette flapie, semblable à toutes les quéquettes flapies de la lamentable mais ô combien universelle Histoire de la Panne. Oui, d’un coup, oserais-je dire d’un non-coup, tu n’es plus cet individu d’exception qui baises une poule d’exception mais un pâle type qui a toutes les raisons de bander mais qui bande pas et qui sait pas pourquoi.

A toi tout seul, avec ta pathétique mollesse rayonnant d’entre tes jambes, tu portes le poids de toutes les foirades, de tous les coups manqués, de tout ce que les hommes ont fait miroiter aux femmes jusqu’à l’instant de dire «Mais putain, je comprends pas». Tu es petit, petit, petit.

Alors, il ne te reste qu’à chérir la frustration de ta belle, à l’espérer aussi véritable que possible, histoire de te consoler avec l’idée qu’au moins, elle la voulait pour de bon en elle ta queue de pauvre con.

Tu es un homme et ce qui faisait ta gloire jusqu’à cette chatte lustrée s’apprêtant à te chevaucher devient ta douleur. T’as honte. Pas de pas briller. T’as honte de planter là une envie aussi noble dont tu faisais l’objet. Et qui bien sûr jamais ne renaîtra aussi vibrante. Ainsi sont les femmes, craignant l’eau froide, et les hommes, mous parfois.

16 avril 2007

Lisbonne

F. m’ouvre les portes de Lisbonne. Il suffit que je pointe mon doigt dans une direction et F. donne vie aux colonnes de livres qui hantent son âme et sa maison. Elle me dit que sans mes questions, la ville lui donnerait moins riche à penser. Je lui dis que sans ses réponses, je ne serais qu’un bûcheron dans un pays de cailloux, non sans préciser qu’à l’occasion il m’arrive quand même de mieux torcher mes métaphores.

Dans les églises et les forts, elle se place dans les volumes, promène sa joue sous les jeux de lumière, s’imprègne des dispositions, date les statues et les tableaux, sonde l’écho et le bruit de fond, s’interroge sur les effets psycho-philosophico-physiologiques de l’architecture. Moi, je n’y cherche que les équilibres mathématiques, les codes et la coquinerie des petits détails qui dirigent l’imaginaire vers le fantastique. Nous opposons nos savoirs, nos conceptions, nos passions : nous nous aimons pour ce qu’aimer sent bon la discordance.

Sur les places, dans les parcs et les jardins, elle cherche les coins, les espaces oubliés, les parties sombres. Moi, je n’espère qu’un escalier escarpé, un carré d’herbe tendre, un arbre creux. Nous opposons nos corps, nos fantasmes, nos arts de jouir et de faire jouir : nous nous aimons pour ce qu’aimer sent bon le cochon.

22 mars 2007

Tempus fugit

Y’a des filles, tu t’es gercé la queue dans leur glotte, tu leur as démonté l’anus au racagnac, tu t’es emberlificoté à leurs chairs vénériennes, tu les as étourdies de mille feux d’artifoutre et des années après, tu vibres au souvenir de tes deux doigts glissant du revers contre leur joue.

9 janvier 2007

Lent, je vins

Elle parla d’elle et moi de moi. Nous ne parlâmes de nous que le temps d’un oups-pardon, sous la table, tandis que son genou heurtait le mien.

Il restait dans mon assiette quelques pruneaux, de la purée, de la sauce. De son côté, une bonne demi-platée de penne enlégumées. Le garçon débarrassa et je crois bien l’avoir vu rapporter en cuisine un gros morceau d’amour inachevé.

Le soir même, je voyais par la lucarne nord la comète McNaught.

Connaissez-vous le langage des comètes ? Connaissez-vous le langage des genoux ?

26 octobre 2006

Ventilation

Mon enfance fut acide d’une longue et douloureuse conscience du risque de grandir sans jamais séduire une fille qui deviendrait ma femme sexuelle quand on aurait 21 ans bien que j’aurais eu le droit de l’enculer de manière anticonceptionnelle dès 18 ans vu que dans ma famille, on était des catholiques pratiquants non-croyants. Toutes ces années de dimanches où, diable couvé sous la coupole, j’allais chanter pour le salut de l’âme des chiens de mon village (au cas où Dieu aurait quand même existé), je croyais qu’il me suffirait d’attendre pour devenir un summum de la beauté masculine comme les Bee Gees et faire pousser des femmes nues le long de mon torse évidemment velu. Hélas, mon râtelier lactique commençant à taquiner la petite souris, j’enterrai pour quelques pièces mon rêve d’avoir un sourire en clavier de piano comme les trois rétrécis du slip. L’âge de raison fut pour moi l’ère inaugurale du complexe.

Puis il y eut la mue, les tractions des poils de couilles, trois par trois, pour que ça touffe à foison, et les tractions de la bite pour qu’elle atteigne rapidos les 25 centimètres réglementaires sans quoi un homme ne peut scientifiquement espérer satisfaire une femme érotiquement libérée et financièrement autonome, il y eut une lancinante prise de conscience de l’absurdité de la vie et de l’imminence aléatoire de la mort, il y eut l’acné et les ségrégations adolescentes… Jusqu’au non-sens, chacun de mes malheurs ou désarrois ne put venir que de mon apparence.

Et si, d’âge en âge, ce complexe d’apparence subit réforme, lorsqu’à l’épreuve du rite amoureux je conçus enfin quelque succès, je constatai la fidélité irréductible de ce démon de poche. Etre aimé, séduire ni plaire, pas même éjaculer en chair conquise, n’éteindrait donc la douleur de me trouver laid.

En fait, non. A bien y réfléchir, je crois que je me trouvais encore moyen, mais j’ai souvent envisagé que les critères esthétiques des autres, de l’autRe avec une majuscule (vous vous la mettez où vous la voulez, la majuscule : c’est vous, l’autrE), du reste du monde quoi, j’ai toujours envisagé, donc, que les critères esthétiques des autres étaient à mille lieues des miens et obligatoirement incompatibles. Je me voyais assez bien en mec qui trouverait dans les filles de bal celle qui aurait l’air d’être un pou mais qu’une bonne douche et un brushing transformerait miraculeusement en danseuse du Moulin Rouge. Oui, moi seul pourrais découvrir la vraie beauté des filles enculables dès dix-huit ans mais aucune d’entre elles ne serait assez fine ou compatissante pour, tout éventuellement, me trouver fût-ce un petit attrait physique.

L’autre jour, en causant avec le type en chaise roulante qui me tapait 5 euros pour une opération Padbra-Patchocolat, je me suis rendu compte que le plus gros handicap de ma vie, à ce stade du dépouillement, ce fut en fin de compte de n’assumer que très tard l’essoufflement hors de la sphère intime. Jusqu’au jour d’après vingt ans où j’entrepris de m’adonner au Tango, nul ne m’eut vu reprendre mon souffle sans que lui eusse sévèrement réprimé les fesses à grands coups de bite. Ô combien je dus prendre sur moi de ralentir le pas pour tenir une danse de plus. Ô me maudis-je alors de m’être tant interdit de vivre pour ne jamais avoir l’air de manquer d’air.

Et voilà, je vous raconte mon pot-au-feu et vous, tout de suite, c’est des histoires de propre, de figuré et d’eau de boudin.

24 août 2006

La fille du bureau 112

De face, la fille, elle disparaît. Quasi. Cachée entre ses profils.

J’ai toujours bien aimé les filles qui ont le visage en lame de couteau. Ça leur donne un air de salope magique, le genre qui pourrait te sucer d’entre tes cuisses presque jointes.

Combien elle fait, un mètre soixante sur la pointe des pieds ?

Les petites, ça aussi c’est mon truc. Ça m’entriquote d’autant plus que je n’en ai jamais échevelé, des vraiment petites. Des fois, je me vois couché sur le dos, avec une fille assise sur moi, tellement petite que son vagin ne pourrait pas accueillir toute ma bite. Alors, le buste bien vertical, en équilibre sur ma queue, elle ferait le grand écart, et je pourrais la lancer comme un moulin à prières.

Couille-en-galette ! La paire de dougoums qu’elle a !

Les gros seins, ignorant que j’en suis au delà d’un petit C, ça commence tout doucement à me tenter. Je crois même qu’en l’état de mon éducation sentimentale, ça me démange pour de bon. Puis ceux-là semblent si tumultueux à brasser…

Elle a l’air d’avoir du tempérament, j’y vais au bélier :

– Et sinon, vous, la fornic…
– Euh, dis, si je peux te couper, oui on m’a déjà dit que j’avais deux seins comme ça et que les petites, ça fait faire de la trottinette.
– Magnifique, alors je ne suis pas le seul ?
– Non, pas vraiment.
– Je suis le quantième, aujourd’hui ?
– Là, je prends mon office, tu as au moins l’honneur d’être le premier de la journée.
– Dites, vous m’avez coupé la chique mais j’avais les premières lignes d’un abordage du tonnerre, plutôt chaud-chaud.
– Oh non !
– Quoi ?
– Ne me dites pas qu’en plus, vous êtes vulgaire.
– Chatte, c’est vulgaire ?
– Horreur, vous n’alliez quand même pas me parler de ma chatte ?
– Vous m’avez bien parlé de trottinette.
– Quoi, ce n’est pas vulgaire, une trottinette !
– Et bien justement, je suis sûr que votre chatte n’est pas vulgaire non plus.
– La question n’est pas là.
– En effet, la question que je me posais, c’était de savoir si votre chatte…
– Mais il est fou ce type, il veut savoir des trucs sur ma chatte !
– Bon, alors parlons d’autre chose. Vous y connaissez quelque chose en moulins à prière ?

Et mine de rien, je parviens quand même à lui causer en long et en large de mon petit fantasme à moi. Tirerlirela.

Sauf que. Ô maudits cons de mecs êtes-vous tous, de m’avoir cassé mon coup avec la petite responsable du bureau 112 de la Cité Administrative. Crétins du boudin, que de tous fantasmer sur les petites en équilibre sur votre misérable moignon de bite. Je voudrais vous y voir, moi, à tenter de faire goûter une reprise en pizzicato tricoté main à quelqu’un qui s’en est fait jouer la partition à la meuleuse (allégez selon l’art).

Vous ne méritez pas votre genre !