– Jamais ? que je demande.
Elle ôte ses chaussures de jogging, glisse les mains sous son sweat-shirt trempé.
– Ou alors je ne m’en souviens pas, dit-elle en dégrafant son moniteur cardiaque.
Dans le silence et la retenue qu’impose ce genre de confidence, je repasse dans mon esprit tous les récits de fornication délurée qu’elle m’a faits depuis que nous courons ensemble et je m’efforce d’y intégrer cette nouvelle donnée : mademoiselle ne jouit pas. Jamais.
– En fait, reprend-elle, ça se passe toujours de la même manière. J’ai l’impression de prendre le bon élan, de poser le pied au bon endroit, de prendre une bonne impulsion, d’adopter le bon angle d’envol, de me courber de la bonne manière et, à chaque fois, je m’imagine qu’à l’instant d’après, je vais m’enrouler comme il faut au-dessus de la barre et déplier mes jambes au bon moment pour réussir le grand saut et ben non, il y a toujours une phase où tout s’accélère et où tout s’effondre violemment : moi, la barre, les piquets, tout !
Derrière elle, les trophées, médailles et autres macarons qui attestent sa capacité à bondir largement par dessus-moi sans même me décoiffer, me semblent tout à coup bien ternes : profite-t-on vraiment de sauter aussi haut, lorsque l’on ne parvient pas à s’envoyer en l’air, même seule ?
***
Donnez-moi une épingle à cheveux et j’irai, comme armé de mille épées, combattre tous les dragons de la terre : les belles insatisfaites réveillent mon âme chevaleresque.
Mais que de déconvenues m’attendirent entres les grandes jambes souples de cette sauterelle et je vous promets que ce ne fut pas faute d’y mettre du cœur, des poumons et de la bidoche. Ni doigt ni langue ni bite n’y firent ce que, je le constatais, chaque cellule de son âme appelait de ses spasmes. Car toujours elle s’effondra juste avant que de. Elle, la barre, les piquets, tout !
Mais j’ai l’âge d’avoir appris la modestie. Nous autres, hommes, sommes bien peu de choses, –et il est parfois long de s’en souvenir– face à un simple vibrateur.
***
Quand je suis arrivé, elle était prête, comme à chaque fois, pour aller courir. Je l’ai coincée ventre au mur et tandis que je me collais en cuiller à son corps interminable, je glissai ma main par-devant, sous son lycra. Et hop ! Deux petites boules de geisha, ni vu ni connu, bien fourrées dans sa chatte.
Top départ pour un petit trot dans la campagne.
– Tu sens ? que je fis.
– A mort ! qu’elle fit. Ça cogne dans tous les sens et ça résonne dans tout mon ventre.
– Alors tais-toi et cours.
Après quelques minutes, elle prit son air de chienne qui va m’arracher une oreille.
– Non, on court encore !
De retour de notre petit parcours santé, mademoiselle Jimini Cricket avait les pommettes plus roses qu’à l’habitude et la pupille plus folle.
Ni une, ni douche, je la désape et me désape et mêle mon jus à son jus. Je la bascule… chwipsss, chwopsss, j’extrais les boules de geisha.
Côté vibrateur, j’ai une tendresse toute particulière pour un tout petit joujou frénétique de la taille d’un œuf de caille. Il ne fait pas grand bruit, rentre partout et en sort tout aussi gentiment, complète agréablement les minettes, pimente sans sourciller un coït de facture classique, prend sa place de deuxième larron lors de la sodomie, bref, un joujou polyvalent et d’une efficacité redoutable bien qu’il ne paie pas de mine.
La fille, j’y ai foutu un coussin sur sa tête. Un gros. Puis j’y ai mis ses bras autour du coussin. Puis j’y ai leché ses sels, partout sur sa peau. Puis j’ai concentriqué et j’ai spiralé, et j’ai fini avec ma langue qui ne lui passait plus que d’un trou à l’autre. Et elle disait que c’était bon et que rien que ça, elle avait jamais connu et j’y disais de la fermer sinon j’allais m’enerver.
Alors je me suis énervé quand même et je l’ai truffée à coups de bite, toujours d’un trou à l’autre et quand j’ai vu qu’elle en pouvait plus et que quand même elle pouvait pas, alors j’ai sorti mon œuf de caille et j’y ai appliqué à côté de son bouton de femme qui sait pas jouir. Bien, bien, bien à côté, d’abord. Puis un peu plus près, puis, encore plus près et je fis comme Zénon avec sa flèche, qui la relançait après chaque tir à la moitié de la distance qui la séparait de sa cible, histoire d’y mettre un temps infini sans jamais cesser de m’approcher.
Lorsque je la jugeai prête à passer au dessus de la barre sans la faire tomber, je pris sa main, la guidai pour qu’elle prenne le contrôle des opérations vibratoires, récupérai ma bite et mes claques et méloignai à pas de loups en lui susurrant :
– A partir de là, y’a plus que toi que ça regarde.
***
Quand je sortis de la douche, j’entendis des cris de chihuahua que l’on étouffe. Il paraît que nous sommes amis pour la vie désormais.