pHiLo contre le Wagabou de la Boxfabrik

Banlieue de Berlin ex-Est, fight-club anarchiste. Quartier froid, gris et cubique, peuplé de têtes minables, minabilisées, crétinisées par le manque-de. Tout cette zone respire le manque-de. N’y souffle nulle brise mais une sorte de misère épaisse. Même le panneau «Stop», hexagone aux angles abandonnés, cerclé d’un rouge qui ne s’ose pas, semble philosopher le désespoir genre « arrêtez tout et pendez-vous ». Je serais un oiseau, je m’arrêterais ici juste pour chier. Sur un passant.
L’individu décharné (mi-homme, mi-os) chargé de m’accueillir me demande tout à trac si je suis venu dans une voiture équipée de puces électroniques. J’y dis que non seulement je suis venu dans un engin truffé de processeurs divers mais qu’en plus, et je le tends à son adresse, je possède personnellement un… téléphone portable ! Bouh ! Le type fait un pas de retrait et affiche une mine qui tient du mépris autant que de l’effroi.
- Ces merdes te fileront le cancer, m’assène-t-il, en réveillant le bout rouge d’une clope qui sent l’asphalteuse d’autoroute.
Les anars anti-techno, c’est plus fort qu’eux, il suffit de tchoûquer sur le bouton et la machine à hippier se met aussitôt en marche : les ondes qui nous traversent, l’industrie agro-alchimentaire qui nique ta mère, l’électronique sous-cutanée qui nous pend au nez, etc. Sinistre paranoïa qui agite le spectre du contrôle des consciences aussi grotesquement qu’elle l’instaure elle-même.
L’on me fait visiter le squat.
L’espace de combat est un petit local cloacal dont on a abattu les cloisons à partir d’un mètre cinquante du sol afin que les spectateurs puissent mater depuis les pièces attenantes. Le démolisseur n’a pas dû manger toute sa soupe quand il était petit car il reste encore quelques molaires de béton cellulaire suspendues au plafond. Je n’aime pas trop ce sentiment de me trouver dans une grande bouche.
J’apprends que mon adversaire est un ancien de la Boxfabrik de Munich, usine à champions en boxe «officielle». L’on me dit qu’il fait 16 kilos de plus que moi. L’on me dit qu’il encaisse comme personne et qu’il use les nerfs au corps à corps. L’on me dit qu’il est agressif comme un chien polonais. L’on me dit mille choses qui pointent le sort en ma défaveur. Génial, j’ai les chocottes.
J’adore avoir les chocottes comme ça. Ça m’épargne l’échauffement cardio. Chaque minute de ce stress corrosif en vaut le double de saut à la corde. Je tente donc de reporter cela au soir car il me faut dormir quelques heures pour me préparer.
On m’offre une sorte de paillasson en guise de couche. Je dis que je vais trouver un hôtel. On me dit que je n’en trouverai pas avant Berlin intra-muros. Scheiße ! Finalement, un type me ramène chez ses parents et me propose un lit encore plus calamiteux que le premier. Tant pis, je m’y assoupis, m’y branle et y rêve d’un rêve savamment dirigé… ou comment vivre son angoisse comme si c’était celle de l’autre. Très, très, très stimulant !
La nuit tombe. L’est quoi, 15 heure 30 ? Quelle fosse ce faubourg ! Vite, une “douche” au squat puis je m’échauffe.

Mon adversaire, ressemble à un Wagabou… mais si, la Guerre du Feu, vous vous souvenez ? La tribu des à-peine-hominidés. Poilu, chevelu et, ce con, barbu. Puis il a pas mis de vaseline dans sa barbe : il doit avoir drôlement confiance en lui pour autoriser une telle accroche sur sa mâchoire. Sonnez trompettes.
Comme vous le constatez, au bout de trois astérisques voilà que les genoux du pithécanthrope se désarticulent, l’abandonnant à une assise en amazone. Ça ne pardonne pas, le menton qui s’en va d’un côté quand la tête s’enfuit de l’autre. Et malgré que ses yeux semblent compter les coureurs d’un peloton au sprint, il trouve la coordination nécessaire pour frapper le sol en signe d’abandon.
Avec mes gants de boxe en guise de lanterne, je cherche un homme en moi. Plus tard, avec ma bite en éclaireur, je cherche une femme sous les jupons.




