Archive de la catégorie 'Instantanés'

8 mars 2009

Face à l’océan…

pHiLo : Inspire bien profondément, c’est de l’air encore jamais respiré, tout frais pété par le plancton.

Sécotine : Dis donc, il a mangé de la moule pas fraîche ton plancton.

16 octobre 2008

La touche +

Quatorze jeunes rassemblés au bas d’un immeuble de banlieue dévorent de leur bec acéré les restes d’un jeune lionceau après que les hyènes en eurent extrait les prises de capital qui ne participent en rien de la stratégie « Nationalisons les pertes et privatisons les bénéfices » mais, au contraire, ont pour seule vocation de sauver les avoirs des petits épargnants et de relancer la confiance dans les grosses cuisses de Rihanna vers laquelle foncent cinq bouseux nordiques motivés par l’idée de mettre le feu à une vieille grange, tandis qu’une femme pointilliste se prend une bite dans le cul en criant « KrshiiiiFrshPrshTrshiii »

Tu zappes trop, trop, trop vite, mon amour.

20 septembre 2007

Ramadan

La nuit tomba sur ses lèvres lyophilisées.
Et de sa bouche renaquit l’éclat d’une pulpe gorgée de mes rêves humides.

7 septembre 2007

48 heures à Bilbao

Passé 100 marches sous le niveau du trottoir, mon esprit bascule reptiliennement en mode cavernicole : tout à mon nez, au fumet de mes contemporains.

Dans cette station du métro de Bilbao, je ne sais pas comment ils ont fait, mais le jour se faufile jusqu’aux quais. Me voici donc, ver de terre humain, à renifler quelque femme qui passe alentour non sans guetter d’éventuelle contre-lumière à travers les robes légères.

Septembre va comme un gant aux femmes du cru qui tout l’été se sont protégées du soleil et n’affichent au déclin de la saison qu’un léger hâle. Elles fleurent bon l’eau de Cologne, respirent la virginité.

Il y a cette grande fille toute mince qui monte dans la même voiture que moi, s’appuie nonchalamment à une barre en acier et plonge son mètre septante-cinq dans un petit livre de citations d’Oscar Wilde. Elle, allez savoir pourquoi, je lui offrirais volontiers la liberté de déboutonner mon froc pour me caresser la queue. Je pars du principe que toutes les femmes qui lisent dans les transports en commun attendent, espèrent, consciemment ou non, quelque chose qu’elles n’ont pas sous la main. Je pars également du principe qu’à titre d’objet substitutif, ma bite vaut bien un bouquin.

Jamais les liseuses ne m’ont déçu. Ni à touche-la-moi, ni à bourre-moi toute. D’ailleurs, en règle générale, les filles en –euse ont mille fois plus de répondant sous l’homme que les filles en –iste. Contre une allumeuse, contre une suceuse, contre une minaudeuse, voire contre une soudeuse, je vous donne toutes les gauchistes, toutes les alpinistes, toutes les pompistes et mêmes les antipodistes.

Sinon, le Guggenheim, c’est tellement beau du dehors qu’il n’y a même pas besoin de rentrer dedans pour se rassasier d’émotion.

16 août 2007

Ciel !

– Tu veux monter, mon chou ?

C’est pas la première fois qu’une fille me demande ça, mais jusqu’à présent, j’avais toujours dit non. C’est ainsi que je fus éduqué.

– Bon, alors, tu te décides ? Tu veux t’envoyer en l’air ou pas ?

C’était trop tentant, j’ai dit banco !


(centrale de Tihange)

24 juillet 2007

Carnet de route

Le mois prochain, je casse ma toiture et j’y fais installer une plateforme pour mon télescope. Le mois suivant, je suivrai la première session de formation pour la licence de pilote privé. Déjà ce mois, je flotte au dessus de mes sandales.

***

Dans ma sacoche, y’a environ 6 chambres à air de rechange, deux pompes, un outil pour chaque boulon, des câbles de freins et de dérailleur. Paré, quoi. Chez Décathlon, si t’amoches pas la marchandise, ils la reprennent dans le mois sans discuter.

Le bitoniot à remaillonner les chaînes de vélo, je l’avais regardé pendant facile trente secondes. Je m’étais dit «Mollo, c’est pas le Dakar à pédales», puis la chance me sourit toujours. Elle est comme ça, ma vie, vous comprenez ?

La deuxième journée commence par un long bief monotone. Nous sommes tous un peu sonnés.

Après 20 kilomètres, je casse ma chaîne. On est à 15 bornes du village suivant, on est en France, on est le 14 juillet, on est dans la merde.

J’arrête une pénichette qui remonte le cours. Sur le Canal du Midi, à la vitesse maxi, les bateaux, ils avancent comme toi quand tu marches à reculons. Résultat, c’est les autres qui m’attendent à l’écluse.

A peine je débarque, y’a un camping-car qui s’apprête à quitter la berge. Je le course en gesticulant. Une famille allemande. J’amène le père à l’arrière de sa cariole, désigne les vélos et propose cent euros pour qu’il me vende une chaîne. OK, qu’il fait.

Il détache la première bécane et la retourne en appui sur la selle et le guidon. Je débâte la mienne pour faire pareil. L’éclusier qui a suivi notre petit manège d’un œil distrait s’approche.

– Lui, c’est du 6.5 et vous, c’est du 9, qu’il dit.
– C’est-à-dire, que je fais ?
– C’est-à-dire que tous ses vélos ont 30 vitesses et que le vôtre en a 21, con ! Ses maillons sont trop étroits pour les dents de vos pignons, ça n’ira jamais.

Je me tourne alors vers le teuton. J’y dis dans un vague espéranto : «200 euros pour ta bécane et on n’en parle plus». Il sourit tout géné. Je dis 300. Il dit 1000, genre que c’est le prix qu’il a payé. J’y dis merde en montrant mes poches vides, ce qui est une traduction mimée un peu lâche, je vous l’accorde.

– Ce qu’il vous faut, c’est un maillon rapide ou un démonte-chaîne, rattaque l’éclusier.
– Et on trouve ça où, un jour de fête nationale ? que je fais.
– Tout est fermé. Votre seule chance, ce serait de tomber sur un passionné de vélo. Mais ils sont tous en train de regarder le Tour de France pour le moment.

Je vous passe le suspense qu’il m’a fait : il m’a requinqué ma chaîne en trois tours de bitoniot, il a regraissé celles de tout mon équipage et nous a filé de la confiote de vin rouge faite par sa femme en personne.

Magnifique, cet homme.

Juste, il «est» Front National et si on avait été arabes, il nous aurais crevé ou les pneus ou les yeux, il l’a dit. Et expliqué. En détails. Avec un S, comme dans nausée.

Tu fais quoi d’un gros connard qui sauve ta mise quand t’es dans la mouise la plus complète ?

Je lui ai serré chaleureusement la main de trois secousses rythmée sur ces trois syllabes, hurlées dans le silence de ma tête : « GROS CON-NARD ! ». Et j’ai dit merci, je suis un type poli.

Le soir, à Carcassone, au terme d’une rude étape de 87 km, nous regardons l’époustoufflant feu d’artifice du 14 juillet en dévorant au petit doigt louché, la meilleure confiture de vin rouge de la création.

Que sommes-nous prêts à accepter de ce monde ?

***

Le concert ? Le plus beau de ma vie. Au début, j’ai cru qu’on s’était gourés. Juré, j’ai vraiment demandé. C’est bien ici ? C’est bien aujourd’hui ? Où c’est qu’il est ? Imagine. Tu vas voir la messe à Saint-Pierre le jour où c’est le pape qui la dit et pendant une demi-heure, c’est des curetons qui causent… Avoue que tu t’interroges.

Puis il est entré, nabot magistral, génialissime.

Prince en concert à Montreux, c’était… y’a pas de mots. Et je le prouve : ________

***

Le Phœnix et Descartes
Le premier renaît de ses cendres, le second de son prénom.

***
1 juin 2007

Premier matin à Munich

Je quitte Ludwig Strass et m’engage sur les pelouses de l’Englischer Garten. Je fais à peine cent pas qu’une femme nue court vers moi, radieuse, réjouie, élastique. Précédée d’un frisbee en fin de vol.

Non loin, deux hommes nus couchés sur le dos, les jambes au ciel, cul à cul, ouvrent leurs jambes en V puis les redressent en II et poursuivent leur sémaphore heptaïque : VIIVIIVIIVII.

A l’ombre d’un saule, trois femmes nues et un homme nu (qui sait manifestement parler aux femmes nues) s’enivrent de cannabis en tétant à gros bouillons les tentacules d’un narghilé .

Derrière un talus, quelques surfeurs relativistes font défiler sous leur planche un ruisseau magique.

J’entends des cris, je me dévoie vers l’extérieur du parc. Une Mercedes noire longue comme un pont promène Justin Timberlake dans le piétonnier à travers des grappes de gamines qui mouillent leur mouchoir et, de toute évidence, leur fri-fri.

A l’angle, une mémé aux cuisses musculeuses emporte deux touristes dans son pousse-pousse.

Plus tard, dans le train vers le mémorial de Dachau, au terme d’un petit échange qui, j’en ai ma petite idée, ne vous laisserait pas indifférent –mais ne nous dispersons pas inutilement–, une mousmée constate à tâtons inspirés l’effet rigidifiant qu’ont sur moi les transports en commun.

A l’intérieur du camp de concentration, une employée du carmel me fait du gringue, rapport à mes mollets sexys.

Vraiment, je me dis que Derrick ne nous a pas tout dit sur les Teutons.

30 mars 2007

Le pâté aphrodisiaque de tonton pHiLoGrApH

Déçu des recettes aphrodisiaques ? Voici enfin celle qui fout la trique à coup sûr. Je ne rigole pas.

Ingrédients

500 g de dos de lieu noir
300 g de filet de saumon rose sauvage
Deux œufs
3 c-à-s de crème fraîche liquide
Une pointe de curry
Une pointe de gingembre
Une gousse d’ail
Deux cuillerées de moutarde de Meaux

Tchouquez le lieu noir en petits dés et scrawez-le au mixer. Pour faciliter l’obtention d’un flatche homogène, ajoutez-y quelques giclées de crème fraîche.

Montez les deux blancs en neige, jetez un jaune à l’évier et mélangez l’autre à votre bouse de lieu noir. Et comme vous en êtes à mélanger, profitez-en pour introduire subrepticement la pointe de curry, la pointe de gingembre et les deux cuillérées de moutarde de Meaux. A l’aide d’une spatule en bois, métissez doucement les blancs montés en neige et votre mixture de poisson moulu.

Coupez à présent le filet de saumon dans le sens de l’épaisseur. Avec un filet un peu sympa, vous devriez pouvoir obtenir trois belles semelles. Aiguisez votre couteau, gaffe aux paumes !

Aluminisez un contenant du volume d’une brique, frottez-le à l’ail et suintez-le d’huile d’olive. Plaquez une semelle de saumon sur le fond, versez la moitié de votre flatche, hippez-y une deuxième semelle, puis valsez le reste de la flatche et couvrez avec la dernière semelle.

Bazardez le tout au four dans un bain-marie à 200 degrés pendant les 100 prochaines minutes.

Durant cette phase de cuisson, capitale pour l’acquisition des vertus aphrodisiaques de la recette, trouvez-vous une jolie caille sur MSN. Vous faites comme vous voulez mais il est nécessaire qu’avant de sortir le pâté du four, la jolie caille vous ait flashé les petites pommes qu’elle a sous le chemisier ainsi que les rondeurs satinées qui assurent ses arrières. Sans quoi, allez comprendre, la recette prend moins bien.

Dégustez accompagné d’un champagne non dosé. Et d’une blonde bien roulée pour profiter des effets.

4 février 2007

Bien essayé !

Nous avons chacun un coude au zinc. Je vous débarque au hasard dans un moment de la discussion. C’est moi qui cause :

– Divers courants philosophiques, aujourd’hui ? Laissez-moi rire, chère madame ! Des tendances, oui ! Des looks ! Choisir son camp, à l’heure actuelle, c’est choisir sa poudre philosophale : Kalachnikov, Uzi, Colt… Les philosophes actuels actionnent leur moulin à jacter grâce au souffle des bombes et la pertinence de la pensée ne s’évalue plus qu’au décibelmètre ; c’est à celui qui était le plus près de la bombe quand elle a pété. L’unique pondération, c’est le nombre d’heures de marche, de route et d’avion qui séparent le lieu de l’explosion du premier talk-show littéraire. Mais aucune de ces démarches n’ouvre de brèche suffisamment importante dans la pensée pour qu’on doive inventer un mot en -isme. Dandysme et opportunisme existent déjà. Tenez, à propos d’opportunisme, savez-vous qu’en fait les discussions intello me pompent ? Racontez-moi plutôt ce que vous savez faire avec vos mains…

Sécotine fait irruption :

– pHiLo, tu ne vas quand même pas faire à madame le coup de sa main dans ton pantalon…

Sécotine, quand elle était petite, c’est sa mère qui m’en fit un jour le récit, elle a testé toute la chimie domestique pour trouver le liquide dont une seule goutte parviendrait à noyer une fourmi. Tout, qu’elle a essayé : l’eau, la javel, le savon, l’huile, l’éther, la fondue valaisanne etc. « Finalement, ajouta Sécotine il n’y a que l’essence qui marche, et seulement si on y fout le feu. »

Heureusement, je nage bien et je suis ignifugé, héhé :

13 novembre 2006

Immersion

Sortez-moi de mes quartiers et, irrépressiblement, mon premier élan sera de compulser chaque visage, chaque silhouette afin d’élire la poulette la plus baisable du lot, comme d’autres repèrent, par esprit de système ou de survie, les issues de secours dans les grands bâtiments.

Là, au dépouillement, ça se joue serré entre une grande rêveuse qui semble murmurer des mots doux à ses pieds à travers son livre et une petite émaciée dont je parie au premier regard qu’elle a la chatte vive comme un calamar.

En posant mon anus auprès de celui de Miss Calamar après qu’elle m’y ait autorisé, je l’entretiens un instant sur les vertus déridantes de la métonymie avant de causer poulpes et compagnie : quelle saine mise en abîme que d’aborder une inconnue sur ce qu’elle vous inspire, fût-ce par analogie sexuelle aux céphalopodes. Aussi porté-je sous peu mon visage au sien pour mieux la respirer :

– J’avais besoin de humer une seiche, lui dis-je.

Elle a les sourcils qui morphent du tilde au circonflexe puis son franc tombe et libère une rafale de rires hachés menus : pas de doute, cette fille a le diaphragme tonique, ça doit spasmer le gland à mort quand elle a le gong qui gongue ses douze coups.

Le train va son lent roulis des viscères, qui toujours berce les pensées polissonnes. Elle me demande ce que je regarde en premier lieu chez une fille. Ses joues, lui dis-je, argumentant que plus elles sont fines et souples, mieux elles laissent apparaître les contours de la bite en général et de la mienne en particulier, qu’aussitôt je l’invite par ma science occulte de l’à-brûle-pourpoint à loucher d’une main innocente. Ô gens qui me lisez, si vous saviez avec quelle innocence une femme peut vous toucher la queue lorsque vous l’en priez d’un juste mot.

Un café plus tard, allongé il faut le dire d’un petit trait de RER, nous sommes dans un bureau à Jussieu, chahutant tellement le siège à roulettes que ce dernier fait une marque au mur. Plus haut que la grande crue de la Seine en janvier 1910, dites donc, mais ça serait pas mon genre de me vanter.

12 août 2006

Sécotine et pHiLo au pays des rêves d’un fou (suite et prolongement)

Sécotine et moi grillons deux jours de repos sur les plages de Barcelone.

Au retour, quand le chef de gare nous explique qué lé trafic dou traino il est à l’arrêt dans oune quarto dé la France à cause d’oune asino qui a fait tomber lou traino, Sécotine s’exclame :

– Bah, si leurs sardines bouchent les ports, pourquoi leurs ânes ne feraient-ils pas dérailler les trains ?

N’empêche, l’idée de poireauter ne me plait guère, il fait suffocant, le matin vibre déjà, j’ai besoin d’air. D’air ?

– Hep, taxi ! A l’aérodrome le plus proche, par faveur.

Devant un Rally aile basse, un type coiffé d’un bob retroussé nous explique qu’il n’a pas le droit de véhiculer de passagers par delà les frontières et que, de toute façon, il n’a même pas de casques antibruit pour nous. J’y dis que tant pis pour le boucan et, après diplomatie commerciale, il me dit que vamos !

Retour vers les Bouches du Rhône.


(video mpg 3Mo)

La mission du jour comportant un gentil saut de clôture à la limite molle de l’effraction, il m’est contractuellement interdit d’en faire le récit. Butteroil est du genre spépieux, voyez-vous-t-il ? Ainsi soit-ce, il vous faudra me croire sur parole. Mission quatre : cochée !

***

Quand on loue des caisses qui coûtent en fraction de million d’euros, on s’attend à tous les gadgets richards possibles. Et on les a : sièges et volant chauffants, tableau de bord à reconnaissance vocale, pose-tasse réfrigérant, miroirs qui font fiat lux du fond des ténèbres, système de lecture de la pupille pour crier haro sur le pionceur, barillet escamotable armé de quatre parapluies, sono capable de modifier la tenue de route tellement ça kmpoumpfe… Et vous voulez que je vous dise ? Le mp3, c’est un truc de pauvres, y’en a pas dans le super-luxe. Cons de riches ! Et maudit sois-je d’avoir emporté mes galettes préférées en compressé. Maudit ! Car laissez-moi trois jours sans le frifri des jérémiades extracosmiques de Wim Mertens, sans une attaque aux tripes par Alicia Keys plongeant sous les graves, sans la douche électrique des apnées verbiâtriques de Boby Lapointe, laissez-moi donc trois jours sans nourrir mon oreille de ses mets favoris et voilà que la moindre cantatrice électronisée me gallinacie la chair et que la plus médiocre ligne de basse m’emporte le plexus, envers et contre moi-même.

C’était à prévoir : tandis que Sécotine et moi entrons dans la lumière noire du Gogo Nordisco, sur la route d’Ermenonville, je pars en transe free-style sur la piste, secoué par du Diam’s de la pire facture : le genre de musique chiée mille croches à la seconde par des machines à entuber l’amerde. Ainsi tassé-je, sur ce pauvre rap-FM, le menu «du philosophe» revisité tout poisson rien que pour moi et clapé plus tôt à La Table des Poètes. C’te décadence !

Si le bon vin fut pour l’esprit, la vodka-citron est pour le coude. Et vas-y que j’en flanque un petit coup (de coude) à la Pina qui a dû répéter son scénario de fin de soirée en suçant un tube de Gemey rouge. Merde, de près, c’est un cas dermatologique, cette crapaonne ! Si je la branche sur une partie en triangle, Sécotine va passer des heures à lui faire les boutons, je vois d’ici ma branlette, couché au panier. La petite auburn toute sèche, je la sens mieux, tiens. Puis j’ai l’air de l’amuser. Je m’approche au pas du torero. Un déhanché Travolté, trois pas en canard, un pet mimé façon comique troupier et hop ! demi-tour à la Claude François en faisant rebondir mon talon par terre. Sans me débuster, je roule ma tête vers elle : elle s’esclaffe !

Gloire à la rhétorique de l’ellipse qui, au dur labeur de la séduction tarabiscotée et au maintien du thermomètre dans le rouge lors du retour à l’hôtel, substitue deux pressions sur la touche Enter :

– Si tu as mal, dis-le quand même, hein ! que je fais à la fille auburn en écrasant mon gland sur sa rondelle, histoire de lui démontrer que la sodomie bien amenée est, petit a, sans douleur, petit b, nettement plus récréative que «chier à l’envers», selon ses termes.

– Tu devrais faire gaffe, commente Sécotine, avec le temps, ton petit laïus sur l’analgésie anale commence à ressembler aux boniments d’un arracheur de dents.

– Je pense que tu devrais noter la chose, dis-je à la fille auburn, quinze centimètres de ma bite sont dans ton cul et l’équipe de réanimation n’est toujours pas là.

– Laisse voir, qu’elle fait en se contorsionnant. Ah oui, ben chapeau, même pas mal. Le petit a, tu as gagné. Mais j’attends le petit b.

Pour les parties à trois, il faut savoir se concentrer. J’ai beau lui faire gonfler le clito gros comme un cul de boudin de zodiac, elle arrive pas à souffler dans la trompette pour lâcher les chiens, la petite sèche. Foutre au picolitre ! c’est un petit, petit, petit b qui se profile. Sait pas se concentrer, cette belette, voilà tout ! Et le premier qui cille, je mets son IP au ban.

– On change ? que je propose.
– En fait, dit-elle avec un brin d’hésitation mal feinte, ça me plairait de continuer un peu plus dans l’intimité avec Sécotine.
– Sécotine est pour, triomphe ladite telle qu’en soi-même. Le pHiLo n’aura qu’à se faire tout petit dans un coin et filmer en silence. Toc !

Dans le fond, ce que les uns font aux autres, je m’en fais des scoubidous. Et je vous promets que même les gousses qui se trilipotent la polipote, ça ne me travaille pas plus que si c’étaient des mecs. Je me bricole donc une gentille trique de croisière en me disant qu’à la première qui crie jusqu’à Hoût-si-Ploût qu’elle a bon-mon-dju-qu’elle-a-bon, je la culdnappe d’autorité et je la finis à la hussarde.

– Hou, hmm, hou… dit l’une des deux.

Je n’en attends pas plus. Je bondis, saisis la première croupe et me l’accule. Au grand galop des steppes, à la voltige mongole, yahaaaaa !

Mine de rien, elle me plaît bien. Caroline, elle s’appelle. Et ses fesses se remettent en place divinement quand on leur applique beaucoup d’amour à la fois et que ça claque.

Vous savez comment ça va, quand on baise. Y’en a un qui fait ho, l’autre qui fait ha, mais c’est pas ça qui compte. Ce qui compte, c’est la beauté intérieure.

En reconduisant la Miss auburn vers ses pénates perdues dans le petit matin, nous nous déportons vers le Parc d’Ermenonville. A la massette dans le mur désigné par Butteroil, mission cinq : cochée.

Hé, je déconnais pour la beauté intérieure. Ce qui compte, c’est combien de fois on remet le couvert avant de s’être sué à sec, bien sûr.

***

Personne ne lit pour du vrai dans les cafés. Chacun, son livre à la main, se montre lisant. L’être qui lit au café relit sans cesse, d’un coin à l’autre des pages, la même ligne qui crie par les yeux plats du lecteur à celui qui le voit : «Parlez-moi».

Aussi interromps-je la dame qui tient la pose face à un Fred Vargas :

– Ça vous va, vous, toutes ces tentes ?
– Je sais pas, qu’elle mindaude, je suis mitigée. D’un côté, ça permet de se faire une idée de la misère à Paris. D’un autre, ça casse le moral de tout le monde. A terme, ce n’est pas bon. Les Français ne s’émeuvent qu’un temps. Après, ils risquent de finir par détester tous les SDF. Et c’est Le Pen qui va récolter tout ça, c’est le paradoxe. Vous êtes Belge ?

Ils sont un peu élagués, les Français, ils croient que ça fait un sujet de conversation, être Belge. Gnagnagna, on ne vous connaît pas assez, gnagnagna, vous avez plein de gens talentueux, comme l’autre, là, comment déjà, Tintin, et gnagnagna nos amis belges, regnagnagna vous êtes plus pragmatiques que nous pour les drogues et pour l’euthanasie des vieux, et puis vous avez un humour que nous apprécions tellement.

– La réalité, c’est que les Belges sont cent fois moins pète-cul que les Français, madame. Et je ne dis pas cela QUE pour vous, croyez-le bien.
– Hahaha, humouuuur. J’adooore ! qu’elle fait.

Ce que j’aime, avec les Français, c’est que ça les fascine tellement de voir des francophonidés pas pète-cul, qu’il se lâchent plus avec nous qu’entre eux. Le Belge, c’est mieux qu’un ami pour le Français, c’est une thérapie. C’est pour ça que toutes les Françaises veulent se faire sauter par un Belge. Sinon, je n’explique pas pourquoi cette innocente dadame que je relance poliment sur la vie de ses fesses (histoire de causer, quoi), me regarde subitement avec une main dans le décolleté tandis que l’autre fait la houle sur la table.

Hep, hep, hep, c’est que je n’ai pas que ça à foutre, moi. Sécotine a décidé de rester au Victoria pour lire et dessiner, je suis seul pour la triple mission dont je ne vous dirai, une fois encore, que le minimum puisque par deux fois, elle impliqua une (minime) déprédation de monuments historiques.

Je téléphone le soir à Butteroil :

– Succès total, Monsieur Butteroil !

***

Y’a jamais de chute dans la vraie vie. Jamais. Et mal branlés sont ceux qui s’arrêtent avec nostalgie sur l’idée que les meilleures choses ont toujours une fin. Les meilleures choses n’ont pas de fin, elles ont des prolongements, ce n’est qu’une question d’attitude face à soi-même.

Tenez, vous voulez que je vous raconte un prolongement de cette aventure ?

Pendant ces 10 jours d’escapade, j’ai perdu quatre kilos. Si je ne les avais pas perdus, je ne me serais pas empressé de retourner faire un match de boxe pour voir si ma frappe avait gagné en vélocité. Ô si vous saviez quelle découverte ce fut d’entendre craquer ma paupière lorsque d’un crochet préparé sous ma garde, Seigneur Bastos, seul à battre Banania Koukour, m’écrasa son poing dans la gueule.

25 juillet 2006

Sécotine et pHiLo au pays des rêves d’un fou

Je fais un peu de lèche à la vioque, histoire de valoriser mon sale air de lapeur.

– Affaire conclue, que je dis. Dix mauves dans la monnaie du Vieux Continent à transférer sur mon compte, illico.

J’y dis aussi que les frais, ça va coûter le scrotum parce que pour le gîte, le couvert et le carrosse, je ne veux que de la première pression à froid.

– Vous m’enverrez les souches et tout vous sera remboursé, Monsieur pHiLo, qu’elle télétope là.

***

Cette histoire, ça a commencé avec Bébert, ça a fini comme dans un James Bond.

Faut quand même que je vous raconte, le Bébert. Depuis qu’il a 18 ans, il est coiffé comme un genou : comme poils, il n’a plus que ses sourcils et de la moustache à bite. Côté frivolités, c’est presqu’aussi chauve : il sort avec des filles désespérées qu’il travaille aux nerfs jusqu’à se faire jeter. Pas que son ouvrage de sape soit intentionnel, non. Il a juste son idée bien à lui sur ce qu’une fille doit faire et il le fait savoir poliment. Il leur dit tant d’horreurs avec tant de politesse que les pauvres filles s’escriment à le satisfaire jusqu’à l’instant où, sans crier terminus, elles craquent comme des allumettes déjà brûlées.

Des fois, il les anéantit en moins d’une semaine. Après, il est triste, il dit qu’il ne comprend pas pourquoi les filles sont aussi susceptibles. Qu’il oblige personne à faire ce qu’il dit, mais que tant quand on ne fait pas comme il dit, il répète, c’est tout. Heureusement pour lui, il y a un truc qui le console de tout, même de lui-même. La seconde guerre mondiale. Il connaît tout. La bouffe des clébards d’Adolphe, l’étoffe des uniformes de la Wehrmacht, le petit nom de chaque Panzer, tout. Avec un goût prononcé pour ce qui touche à la stratégie, à l’organisation militaire et à l’armement allemands.

Un jour, il se tape une fille qui se disait «à moitié juive» et m’invite à la rencontrer. En caressant le chat de la donzelle à l’apéro, il m’avise et me dit :

– Sais-tu cela, mon cher pHiLo, que les officiers de la Waffen SS, lors de leur incorporation, devaient arracher les yeux d’un chat vivant avec leurs doigts.

Il fait minou-minou au minou avec une compassion foutrement pas feinte et ajoute :

– Ça dit bien combien les SS étaient de méchantes personnes, hein ! Arracher les yeux d’un chat qui n’a rien fait !

– Les 5 millions de juifs exterminés non plus, ils n’avaient rien fait, proteste la demi-juive, c’est peut-être un peu plus significatif que des chats, non ?

Il m’aura fallu quelques années pour le comprendre, l’ami Bébert. C’est pas qu’il s’en burlipette, des juifs, c’est juste qu’il adore vraiment les chats.

En homme de son temps, Bébert est sur tous les forums où ça cause de la dernière guerre mondiale. Les vieux ricains sont fous de lui : tout jeune qu’il est, il leur apprend mille et un détails sur la bataille dans laquelle a péri leur père, leur grand-père, leur copain de régiment. Et à l’occasion, il se fait missionner pour retrouver la tombe de tel ou tel soldat et la prendre en photo. C’est pas compliqué, il y a des bases de données en ligne et avec quelques détails, il est, paraît-il, possible de réduire le champ de recherche à deux ou trois cimetières, même pour un John Smith. Si c’est dans un rayon de deux cents kilomètres autour de Liège, il y va dans son petit coupé sport de serial-célibataire. Sinon, il commande la photo par la poste : tous les cimetières militaires amerlogouins font ça gratos.

Ainsi, his name is Bert… Bé-Bert. Là où ça a vire au James Bond, c’est y’a pas un mois, quand il me demande si je n’ai pas un plan pour faire une photo aérienne d’un champ de bataille ardennais pour un couple de pensionnés dans l’Illinois.

Coup de fil à l’héliport de Saint-Hubert. 400 euros de l’heure. Je transmets à Bébert.

- Si tu veux, me propose-t-il, je te mets en contact avec les américains et tu fais la photo. Moi, l’hélico, pas chaud.

Lorsque j’annonce bigophoniquement à Monsieur et Madame Butteroil (qui s’appellent Butteroil comme moi je m’appelle pHiLo, vous comptez pas les chercher dans le bottin, hm ?) que je n’ai pas de rendez-vous avant septembre pour un hélico, la conversation dérive en un lent fondu au noir par enchaînements d’affabilités creuses.

Et tandis que je complimente le pépère pour sa maîtrise académique du Français, ça fait comme du vent sur la braise :

– Merci, qu’il me fait. Je suis professeur d’histoire des philosophies européennes et passionné de littérature française. Votre ami Bébert m’a dit que vous aviez étudié la philosophie…

– Vouiche, mais c’était pour faire mon Jean-Jacques. J’ai très vite compris que…

– Et il paraît que vous aimez la boxe, aussi, m’interrompt-il.

– En effet… troispetitspoints-je.

– Je me disais que vous étiez peut-être l’homme téméraire que je recherche…

Puis voilà qu’il se raconte, le gars Butteroil. Vous m’en voudrez pas de résumer un brin ? Son père, qui était instituteur dans je ne sais plus quel état du Sud, décide de s’engager pour aller libérer la France. Son idée, c’était que ça irait vite et qu’après il pourrait visiter l’Europe aux frais de l’effort de reconstruction. Le hic, c’est qu’il s’est fait partitionner en deux d’un picotis létal de mitrailleuse.

– Vous comprenez, Monsieur pHiLo, pour moi, l’Europe, c’est un rêve et un cauchemar à la fois. C’est une terre qui m’attire pour la richesse de sa culture. Mais elle abrite aussi toute la douleur de mon enfance, toute l’absence de mon père. Et pour cela, je sais que je n’y poserai jamais les pieds.

– En quoi mon éventuelle témérité pourrait-elle rencontrer vos attentes ?

– J’ai un vieux rêve de posséder quelques reliques de mes auteurs préférés…

– Vous castez un malfrat pour piller des musées ?

– Rien de tout cela, Monsieur pHiLo. Il s’agirait de vous rendre dans les jardins de quelques demeures et de vous approprier quelques éclats tirés des pierres d’angles.

– Des pierres d’angle, écholalie-je.

– Oui, ce sont en général les pierres que l’on numérote pour les remonter à leur place lorsque l’on rénove les bâtisses. Ainsi, je puis espérer tenir un petit bout de chose authentique sur laquelle le regard de mes maîtres se serait posé.

Je vous passe ses envolées chevrotantes sur le sens que cela donnerait à sa vie, sur l’assouvissement fétichiste qu’il en tirerait, sur le caractère initiatique d’une telle entreprise. Mine de rien, j’ai la joue qui chauffe, je suis pris à l’hameçon.

– C’est d’accord, Monsieur Butteroil, je suis votre homme.
– Parfait. Je vous prépare aussitôt un courrier avec toutes les précisions et je vous passe Madame Butteroil pour discuter de vos émoluments. J’y tiens.

Je fais un peu de lèche à vioque, histoire de valoriser mon sale air de lapeur.

– Affaire conclue, que je dis. Dix mauves à transférer sur mon compte, illico. J’y dis aussi que les frais, ça va coûter le scrotum parce que pour le gîte, le couvert et le carrosse, je ne veux que de la première pression à froid.

– Vous m’enverrez les souches et tout vous sera remboursé, Monsieur pHiLo, qu’elle tope là.

***

Sécotine regarde l’employé droit dans les yeux, jusqu’à la couture du slip et, de sa tendre voix rauque, murmure :

– Vous avez été épouvantablement désagréable et désinvolte, Monsieur le préposé à la billetterie. Vous devriez faire un petit stage comme rail de chemin de fer, ça vous assouplirait.

Je me dis qu’ils sont drôlement bien architecturés ces guichets à échange libre. Le comptoir est trop large et trop haut pour que le client puisse atteindre l’employé d’un crochet du droit. Pas con. Je crains qu’un jour, dans un lieu moins ergonomisé, je regretterai d’avoir appris ce rudiment de boxe à Sécotine.

***

Allez savoir si mes couilles commencent à accuser leur kilolitrage ou bien si elles s’embourgeoisent. Toujours est-il qu’à l’instant de lâcher la purée sur Sécotine tendue en X à un mètre du sol dans les chiottes du TGV, je constate qu’une petite voix m’invite à m’en garder sous pression pour des ébats plus confortables.

Mais à quoi bon maculer de foutre ceux qu’on aime si ce n’est pas pour les baptiser d’un amour total, dans un don olympique de soi ? Dieu merci, quand mon animalité doute, ma raison maintient le vice. Ya-ya-yaaaak, ça fait.

Tandis que la climatisation parfumée du train emporte les relans chlorés de ma bite, je fais le compte des instruments de mon vandalisme sur commande. Une massette, deux burins, une hachette de plâtrier, une râpe à marbre, une pointe diamant, une brosse et une ramassette. Coté orientation : le PDA et son acolyte de positionnement à dent bleue, les descriptions de Butteroil, une boussole et le Kamasutra-de-poche.

***

Entre la gare de Genève et l’hôtel Voltaire de Ferney, j’ai l’impression d’une longue apnée dans Jéhovah Land. Tous les gens que j’aperçois par le hublot du van sont habillés comme dans les dessins de la Tour de Garde.

– Dis donc, fait Sécotine, les Suisses, c’est la famille Pécotex, ou bien c’est pour un tournage ?

J’abandonne ce sentiment dans le décolleté fellinien de l’hôtesse qui nous tend les clefs de la chambre et de la guimbarde.

– Quand elle veux, j’aime bien les grosses bien tendues, me glisse Sécotine.
– Z’ont le sens de l’accueil, généralisé-je-quoique.

***

A la faveur d’un concert donné à l’Orangerie en soirée, nous nous dirigeons vers l’angle ouest, selon les plans de Monsieur Butteroil. Problème : à l’ouest, je trouve un pignon, pas un angle : le bâtiment est parfaitement aligné au sud. J’appelle le ricain :

– Dans ce cas, Monsieur pHiLo, choisissez l’angle au plus près d’une porte.

Sécotine rentre son menton comme pour prendre du recul afin d’embrasser le pignon du regard.

– Ce côté-ci, qu’elle dit. Tant mieux, c’est à l’ombre de la lune.

A ces mots, je suis pris d’une séance de waga-waga qui me va des genoux à la mâchoire en passant pas les muscles hérisseurs. Pressé par Sécotine qui me prie de cesser de faire ma chochotte, je dégaine la hachette de plâtrier et, d’un seul coup d’un seul, je parviens à fendre en deux… le manche de la hachette.

Sécotine prend la massette, cogne l’arrête d’un coup sourd. Et une flèche de granit, une ! Première mission : cochée.

***

Les Z3 série M, c’est plutôt le genre pour Sécotine. Ça vire sec, ça accélère ferme, ça freine tendu, c’est une bête tout en tendons animée par la foudre. Moi, je préfère les caisses plus souples, je m’en fiche de sentir le grain de l’asphalte à travers le volant. Par contre, peloter une petite furie bien bandée de partout tandis qu’elle conduit l’engin de ses rêves, je n’ai rien contre.

– Sur ce modèle-ci, ils ont tout axé sur la rigidité du châssis et sur la légèreté des composants, dit Sécotine. Par exemple, pour gagner 25 kg, ils ont opté pour la boîte de vitesse en H alors que tous les concurrents sont au séquentiel à ce prix là.

Quand j’y dis que je l’aime, à Sécotine, elle me dit qu’elle y peut rien.

***

En sortant de la gare d’Arles, je m’en vais faire en extra, hors commande, une petite ponction sur le pied de l’ancien pont de Trinquetaille. Van Gogh, ça plaît à tout le monde, non ?

Nous quittons Arelate Roadsters Rent au volant d’un TT tout chrome en direction du Val d’Enfer. Paraît que l’autre Audi en version gazole, y’a un gars célèbre qui l’avait louée en hiver, mais si : un gars qui est passé à la dernière chez Ardisson, qu’on sait pas ce qu’il fait mais qu’il est dans les journaux. On n’a jamais su qui. Bon, d’accord, c’était l’autre bagnole, mais quand même.

Depuis la Cabro d’Or où nous établissons nos quartiers, nous longeons à pied le Val d’Enfer pour aller en plein jour esquinter une des caves où fut tourné Orphée aux Enfers. Les instructions de Butteroil se résument à une photo du film. Au départ de la Cathédrale d’Images, un circuit fléché indique les divers lieux de tournages. Bingo, le premier est le bon. Anti-bingo, le mur désigné par le ricain a déjà subi de nombreuses amputations. La première partie intacte est à trois mètre de haut. Si je passe sur le plateau taillé dans la roche par le côté, peut-être qu’en sautant… Une fois, deux fois, trois fois. Le maniement de la massette en vol balistique n’est pas chose aisée, croyez-moi. Quatre fois, cinq fois. Bon, je compte plus, mais on repart avec un petit bout quand même. Mission deux : cochée.

Dans la foulée, nous reprenons la TT direction Fontvieille. Paraît que le moulin reconstruit pour les touristes n’est pas celui de Daudet. Le ricain veut soit un bout des fondations de l’original, soit un bout de celui du père Je-ne-sais-plus-qui à qui Daudet rendait visite chaque matin.

La guigne ! Butteroil me fournit les coordonnées du moulin original en degrés et décimales de degrés alors que mon GPS m’affiche la position en degrés-minutes-secondes. Au bâton dans la poussière beige, je fais mon petit calcul : on est à moins de 100 mètres. Je me déplace au hasard et fais le point tous les 20 mètres. J’accroche 12 satellites à la fois : précision 10 mètres.

– Pile ici, on est dans un rayon de 15 mètre, faut regarder au sol, que je dis à Sécotine.

La garrigue colonise chaque accès aux ressources de cette terre sèche, pas facile de repérer l’empreinte de l’homme dans ce fourbi de cailloux et de buissons agressifs. Une dame s’approche.

– You speaking English ?
– Comme vous, que je dis.
– Ah, je croyais que vous étiez allemands. Vous cherchez l’original, n’est-ce pas ? Il était là, venez. Regardez, l’entrée par ici. Le mur circulaire ici, comme ça. Probablement y avait-il une fenêtre, là, et là. Mais ça, c’est par déduction, on n’a pas de témoignage.

Je la remercie mais elle reste plantée là.

– Et vous, c’est la randonnée, dis-je, tentant de la rendre à son chemin.
– La randonnée, c’est un bien grand mot. J’habite à Maussane et je viens à la supérette de Fontvieille par l’ancien chemin des Alpilles.

Sécotine qui voit se profiler la causette interminable s’installe en position du lotus à l’endroit du seuil du moulin et entonne une série de ahoum.

– Bon, bon, je vois que vous êtes occupés, s’inquiète l’indigène, bon séjour la jeunesse …

J’opte pour la pierre la plus émergée. Hgnnn ! Mission trois : cochée. Quant au moulin du père Machin, l’est encore bien debout. Pan dans le linteau ! N’aura qu’à choisir.

(Demain, départ pour la mission quatre. Topo d’ici quelques jours)